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Les femmes autochtones rencontreront annuellement le premier ministre Trudeau

Le premier ministre Justin Trudeau a rencontré mercredi à Ottawa une délégation de l'Association des femmes autochtones du Canada (AFAC). Une tradition qui deviendra annuelle.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

La présidente de l'AFAC, Francyne Joe, était contente d'apprendre de la bouche du premier ministre que son organisation aurait l'occasion de lui exposer « au minimum une fois par année », les questions qui lui tiennent à coeur, comme elle le réclamait.

« Il a exprimé son accord avec le fait que les femmes autochtones doivent avoir une voix spécifique et forte », a-t-elle indiqué à Espaces autochtones, au cours d'une entrevue téléphonique.

Mme Joe espérait cependant recevoir un laissez-passer pour être à la même table que l'Assemblée des Premières Nations (APN), l'Association inuite Tapiriit Kanatami et le Ralliement national des Métis (RNM), que le premier ministre doit rencontrer chaque année. Il en avait fait l'annonce en décembre dernier, à l'occasion d'une rencontre sur la réconciliation avec les peuples autochtones, à laquelle des représentants des trois organisations étaient conviés, mais dont avaient été exclus l'AFAC et le Congrès des Peuples autochtones (CPA).

Mardi, le chef national du CPA, Robert Bertrand, a d'ailleurs dénoncé cette exclusion à l'issue d'une rencontre avec le premier ministre.

Je pense que c’est pour l’Association des femmes autochtones du Canada l'occasion de travailler avec le gouvernement canadien vers des buts communs qui vont apporter des changements positifs et la dignité pour les femmes autochtones.

Francyne Joe, présidente de l'AFAC

« Le fait que nous ne pourrons pas participer aux rencontres bilatérales avec les trois groupes autochtones est malheureux jusqu’à un certain degré, admet Mme Joe. Cependant, en même temps, pour le moment, ça pourrait être plus bénéfique pour nous, l’Association des femmes autochtones du Canada, de nous assurer que notre voix sera clairement entendue dans une réunion en tête-à-tête avec le bureau du premier ministre. »

Un vent d'optimisme

Cette première rencontre annuelle, à laquelle ont participé cinq représentantes de l'AFAC, « s’est très bien déroulée », estime Mme Joe, vantant la réceptivité du premier ministre sur la majorité des dossiers.

La présidente de l'AFAC s'est par ailleurs réjouie de la présence de la ministre des Affaires autochtones et du Nord, Carolyn Bennett, et de celle qui vient tout juste d'être nommée à la Condition féminine, Maryam Monsef.

Avant la réunion, M. Trudeau a salué « la force » et « le leadership » démontrés par l'organisme pour mettre en lumière l'importance d'un partenariat entre le gouvernement et les peuples autochtones. L'AFAC a « toujours mis de l'avant la voix des personnes qui, trop souvent, ne sont pas entendues dans les sphères du pouvoir », a-t-il déclaré.

Il a ajouté qu'il était particulièrement important pour les communautés autochtones, compte tenu des problèmes auxquels elles se heurtent, d'accorder des pouvoirs aux femmes.

Encouragée par le soutien exprimé par le premier ministre, la présidence de l'AFAC s'est montrée optimiste pour l'avenir : « Je pense que nous aurons une relation couronnée de succès. »

L'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées au centre des discussions

La réunion a notamment permis à l'AFAC de réitérer sa demande d'être incluse dans le processus lié à l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, présidée par la juge Marion Buller. La commission compte d'ailleurs parmi ses commissaires l'ancienne présidence de l'AFAC, Michèle Audette.

L'organisation a également exprimé sa déception devant la lenteur des progrès de l'enquête. La commission, annoncée par le gouvernement Trudeau en décembre 2015, ne devrait commencer à entendre ses premiers témoins qu'au printemps 2017.

« Fondamentalement, le premier ministre était d’accord pour dire que l’enquête ne va pas aussi vite que nous l’espérions, indique Mme Joe. Par contre, il nous a assuré qu'il préférait essentiellement faire un travail adéquat et ne pas précipiter le processus. Il veut s’assurer que les familles seront protégées dans l’information qu’elles partageront avec les commissaires. »

La semaine dernière, dans une première évaluation trimestrielle, l'Association des femmes autochtones du Canada estimait notamment que la commission n'en avait pas fait suffisamment pour communiquer avec les familles des victimes et réclamait un calendrier plus détaillé.

L’AFAC a longtemps milité pour la mise sur pied de cette enquête publique, une requête à laquelle le gouvernement Harper n’avait pas donné suite.

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