Le projet de gestion de la rivière Moisie par les Innus de Uashat-Maliotenam progresse. Le Conseil des Innus de Uashat-Maliotenam (ITUM) a rencontré la direction de la pourvoirie Moisie-Nipissis pour un éventuel achat.

Un texte de François Robert et de Jean-Louis Bordeleau

Le gérant et copropriétaire de la pourvoirie Moisie Nipissis, Charles Langlois, confirme avoir rencontré des représentants du Conseil de bande, mais assure qu'on est encore qu'au tout début du processus de négociation.

Le responsable du dossier de la rivière Moisie pour le Conseil des Innus de Uashat-Maliotenam, André Michel, précise que le Conseil a mandaté une firme afin de réaliser une évaluation indépendante de la valeur de la pourvoirie, une demande du gouvernement du Québec.

Selon Charles Langlois, les évaluateurs n’auraient pas encore visité les lieux et donc leur rapport ne serait pas sur le point d’être remis. Le conseil de bande souhaite pouvoir faire l’acquisition de la pourvoirie Moisie Nipissis dans les prochains mois.

Cette rencontre découle des fonds débloqués par le gouvernement du Québec pour permettre aux Innus d’acheter une ou plusieurs pourvoiries sur la rivière Moisie à la suite de la conclusion d’une entente sur la gestion de la rivière.

Le gérant et copropriétaire de la pourvoirie Moisie Nipissis confirme aussi que les Innus lui ont manifesté le désir qu’il continue de travailler à la pourvoirie afin d’aider à la transition dans la gestion. Il se montre ouvert, pendant un certain temps, si les conditions sont favorables.

« C’est définitivement l’une des pourvoiries de pêche au saumon parmi les mieux cotées dans l’est du Canada et peut-être même au monde, fait valoir Charles Langlois. Une soixantaine de clients viennent chaque année pour des séjours de trois jours. » Il évalue à 60 % sa clientèle venant du Québec et du Canada, à environ 30 % celle qui vient des États-Unis et à 10 % celle qui vient du reste de la planète.

Deuxième pourvoirie en vue avec vocation spéciale

Une autre pourvoirie plus au nord intéresse aussi le conseil d’ITUM. Sa vocation première ne serait plus la pêche, indique toutefois André Michel.

« La deuxième que l’on vise beaucoup c’est plus la pourvoirie Haute-Moisie, c’est l’extrême nord, mais on veut s’en servir pour faire des activités plus de guérison de la communauté, souligne André Michel. Si on achète la pourvoirie, il n’y aura pas de pêche qui va se faire là. »

En plus d’avoir une vocation liée aux activités de guérison pour lesquelles il y a beaucoup de demandes dans la communauté, insiste André Michel, la pourvoirie Haute Moisie servirait aussi de sanctuaire au saumon pour assurer la préservation de la ressource.

Entente annuelle

Pour l'instant, une entente adminitrative d'un an a été signé avec Québec, selon un document distribué aux membres de la communauté. Les Innus ont cette année le droit de pêcher dans les secteurs près de l'embouchure avec 12 filets, plutôt que 8 , comme c'était le cas auparavant. Les filets peuvent également être installés 24 heures sur 24. Les filets n'étaient autrefois que permis la nuit.

Des discussions ont aussi été entreprises avec l’Association de protection de la rivière Moisie, mentionne André Michel. « Tout le secteur Winthrop-Campbell, où il y a des fosses, nos membres peuvent y aller, ils ont juste à donner leur numéro de membre et ils peuvent avoir accès à ce secteur de la rivière là, mais sans être obligés de payer ce qui est vraiment inconcevable pour les Innus, de payer pour faire leur activité traditionnelle. Maintenant, ils ont juste à donner leur numéro et en fin de compte l’APRM facture à ITUM à la fin de l’année. »

« L’entente que l’on a signée nous force à nous asseoir à la table et continuer de négocier. On vise une entente pluriannuelle », assure André Michel.

Contestation

Pour répondre aux critiques des membres de la communauté, le Conseil de Uashat-Maliotenam a mis de côté le projet de réserve aquatique pour la rivière. Le Conseil de Matimeksh-Lac John a été également invité à signer l'entente annuelle et à participer aux négociations.

Le conseiller Jonathan St-Onge maintient toutefois ses contestations envers la gestion du dossier par le Conseil.

« L'entente [signée pour un an] réduit l'accessibilité de la rivière, critique-t-il. Quand t'as pas une entente avec le gouvernement du Québec, tu peux pêcher sur la grandeur de la rivière parce que t'es pas en train de réduire l'accessibilité de la rivière. »

Il déplore également la lenteur des négociations et le manque de résultats. « Signer un entente avant les élections provinciales, c'est pour calmer la paix sociale », accuse-t-il.

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