Retour

Les juristes de l’État ne croient plus en la négociation

Les avocats et notaires de l'État québécois (LANEQ) ont présenté dimanche une contre-offre au gouvernement, qui a été rapidement rejetée par le président du Conseil du Trésor, Pierre Moreau. LANEQ déplore l'attitude de M. Moreau, et particulièrement le fait qu'il a annoncé samedi son intention de faire adopter une loi spéciale les forçant à retourner au travail.

Il me semble clair que le gouvernement a déjà pris sa décision.

Jean Denis, président de LANEQ

En conférence de presse, dimanche, la président de LANEQ a indiqué qu’une rencontre entre les négociateurs de LANEQ et du gouvernement était en cours. Il a toutefois affirmé qu’il fondait peu d’espoir sur celle-ci.

M. Denis a mentionné que ses membres respecteraient la loi spéciale si elle est adoptée et qu’ils rentreraient au travail. LANEQ contestera tout de même cette loi devant les tribunaux.

LANEQ a encore une fois rappelé que sa demande principale concerne le changement de son mode de négociation.

C’est le but de notre grève. […] Il n’a jamais été question pour nous de faire la grève pour des raisons monétaires.

Jean Denis, président de LANEQ

LANEQ demande donc au gouvernement qu’en plus de créer un comité pour discuter de la création de ce nouveau mode de négociation, comme proposé par le gouvernement dans l’offre « finale » qu’il a déposée jeudi, il s’engage par écrit à adhérer aux conclusions du comité et à les mettre en oeuvre.

Au sujet de la question monétaire, LANEQ réclame la parité avec les procureurs aux poursuites criminelles et pénales. Pour ce faire, le syndicat propose que les deux parties réalisent un exercice de rémunération globale chacune de leur côté et qu’elles s’échangent leurs études pour en arriver à une entente. Dans le cas contraire, LANEQ demande que la question soit tranchée par l’Institut de la statistique du Québec, « l’expert neutre du gouvernement en matière de rémunération ».

Dans sa dernière offre, le gouvernement Couillard proposait de son côté de faire passer l’augmentation de salaire des juristes de l'État de 2 % à 2,1 % la cinquième année.

Une contre-proposition « inacceptable »

En entrevue à ICI RDI, Pierre Moreau a dit que la contre-proposition de LANEQ « n'est pas acceptable dans le contexte actuel ». LANEQ, a-t-il expliqué, propose de sous-traiter à un tiers tout ce qui concerne la rémunération des juristes et notaires de l'État.

Aucun gouvernement n'a jamais accepté de faire cela. L'Institut de la statistique du Québec n'est pas l'employeur des juristes, tandis que le gouvernement est redevable envers les contribuables. C'est l'objectif même de gouvernement responsable.

Pierre Moreau, président du Conseil du Trésor

Le président du Conseil du Trésor note toutefois des progrès en ce qui a trait au statut des juristes de l'État. « C'est la première fois depuis le début des négociations qu'on voit un mouvement de rapprochement. Je me félicite d'avoir laissé cet espace de négociation », a ajouté Pierre Moreau.

Informée du rejet de la contre-proposition, LANEQ a réagi par voie de communiqué en fin d'après-midi.

« Le rejet de notre proposition, quelques heures à peine après sa présentation et avant même qu’une réponse soit transmise à la table de négociation, est une preuve flagrante que le gouvernement n’a jamais eu l’intention de négocier de bonne foi. L’invitation à négocier du ministre Moreau relève donc plutôt de l’hypocrisie. S’il a le courage de ses convictions, nous l’invitons à reconsidérer notre proposition et à impliquer un tiers neutre et indépendant pour régler les aspects en litige », a déclaré Jean Denis, président de LANEQ.

Reproches à Pierre Moreau et Stéphanie Vallée

Le président de LANEQ est très critique envers la stratégie qu’a adoptée le président du Conseil du Trésor dans cette négociation.

La stratégie du ministre Moreau est celle du fusil sur la tempe.

Jean Denis, président de LANEQ

Quant à la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, « la grande absente dans ce conflit », il lui reproche d’avoir totalement refusé de discuter avec le syndicat.

Si la loi spéciale est adoptée, je crois vraiment qu’elle devrait démissionner.

Jean Denis, président de LANEQ

Un appel à la médiation de la Chambre des notaires

À l'instar du Barreau du Québec, la veille, la Chambre des notaires du Québec a exhorté, par voie du communiqué, « les deux parties à recourir à un médiateur neutre et indépendant » si un accord n'est pas conclu dimanche.

Elle a écarté l'option de la loi spéciale, car son imposition « envenimera le climat de travail et brisera le lien de confiance entre l'État et ses juristes ».

Pour certains d'entre eux, le mal est déjà fait s'il faut en croire Jean Denis. « Il y en a certains, parmi les jeunes, qui ont décidé d'aller travailler ailleurs pendant la grève en raison de l'irrespect du gouvernement », a-t-il observé.

Plus d'articles