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Les médecins pour les supercliniques, mais les horaires du week-end ne leur plaisent pas

Pendant que les médecins omnipraticiens s'opposent à l'ouverture des cliniques 12 heures par jour les fins de semaine, les infirmières sont déçues du peu de place qui est fait aux infirmières praticiennes spécialisées (IPS) dans le réseau des supercliniques annoncé par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, lundi.

« Ce que l'on trouve malheureux, c'est cette proposition d'ouvrir 12 heures le samedi et le dimanche quand les analyses que, nous, on a faites, nous disent que ce n'est pas la meilleure approche », avance le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), Louis Godin.

Les gens s'y présentent généralement tôt le matin, plaide-t-il. « On est mieux d'avoir une approche de huit heures par jour pour le samedi et le dimanche, quitte à doubler la présence médicale durant certaines périodes plutôt que d'étendre la période sur 12 heures », ajoute M. Godin.

« Souvent, ça va nous amener des consultations à des moments où ce n'est pas le moment optimal de faire ces consultations-là », poursuit-il.

Le président de la FMOQ réagit ainsi à l'annonce, la veille, du ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, de la création d'une cinquantaine de supercliniques d'ici 2018. Le ministre Barrette estime que son projet est le meilleur moyen de désengorger les salles d'urgences des hôpitaux.

Ces mini-hôpitaux seront soumis à plusieurs obligations, la première étant d'offrir au moins 20 000 consultations annuelles et d'ouvrir leurs portes 12 heures par jour, tous les jours. De plus, il devra y avoir un centre public de prélèvements gratuit et un service d'imagerie à proximité ou au sein même de la superclinique.

Loin d'être opposé au projet de réseau de supercliniques, M. Godin soutient que c'était une proposition avancée par son association il y a deux ans.

De son propre aveu, l'ouverture prolongée les week-ends constitue le seul écueil au projet. « Le reste, on peut toujours discuter de certaines allocations faites dans ce programme, mais dans l'ensemble c'est quelque chose avec lequel on est à l'aise », ajoute-t-il.

La décision du ministre de la Santé d'imposer l'ouverture des cliniques 12 heures par jour, 7 jours sur 7, causera des problèmes de recrutement, selon M. Godin.

« Les conséquences de ça, c'est qu'on aura probablement des difficultés à ouvrir toutes ces cliniques-là alors qu'on était déjà en bonne voie de convaincre plusieurs cliniques d'ouvrir de façon étendue leurs heures dans le modèle que nous on proposait, de 76 heures par semaine », explique M. Godin.

Les supercliniques constituaient une promesse électorale de la plateforme libérale lors de la dernière campagne provinciale.

Les infirmières pourraient y contribuer davantage, estime leur ordre professionnel

De son côté, l'Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ) estime que le ministre Barrette devrait faire une plus grande place aux infirmières praticiennes spécialisées (IPS). « L'innovation est nécessaire dans les lieux de pratique au Québec pour permettre aux infirmières cliniciennes et aux infirmières praticiennes spécialisées de mettre à profit leurs compétences auprès des patients », déplore l'ordre par voie de communiqué.

L'OIIQ, dirigée par sa présidente Lucie Tremblay, estime que les services des IPS sont particulièrement appropriés « pour les soins de proximité aux personnes âgées et la prise en charge d'une ou plusieurs maladies chroniques »,

L'OIIQ souligne qu'il existe 300 IPS dans la province et que le gouvernement a promis qu'elles seraient 2000 en 2024.

« Les soins de première ligne, ce n'est pas une affaire de docteurs », critique un chercheur

Damien Contandriopoulos, titulaire de la Chaire de recherche - Politiques, connaissances et santé, ne mâche pas ses mots pour critiquer le modèle retenu par le ministre Barrette.

« C'est un modèle très, très, très centré sur les médecins », a déploré à l'émission 24/60 M. Contandriopoulos, qui est aussi chercheur régulier à l'Institut de recherche en santé publique de l'Université de Montréal.

« La solution, croit-il, c'est des modèles interprofessionnels dans les communautés - des petites équipes ancrées dans leur communauté -, pas juste avec des médecins, mais avec vraiment d'autres professionnels : les infirmières, les travailleurs sociaux, les pharmaciens. »

Le ministre Barrette a avancé que le désengorgement des urgences pourrait être réglé si 60 % de la clientèle de l'urgence était traitée dans ces supercliniques. Un objectif « totalement irréaliste » aux yeux du chercheur. Celui-ci met en cause les « énormes volumes » que cela représente et la capacité à mettre en place des cliniques aptes à les prendre en charge.

Le premier défi, poursuit-il, c'est de « trouver des médecins qui ont envie de travailler beaucoup plus ». Sans oublier que « les médecins ne sont pas une main-d'œuvre bon marché », fait-il valoir.

Le chercheur se montre sceptique devant la création d'une cinquantaine de supercliniques d'ici 2018. « Ce n'est pas parce qu'on annonce 50 cliniques que demain matin on a effectivement la capacité à traiter les gens », souligne-t-il.

Il rappelle que le ministre Barrette a promis d'embaucher 2000 infirmières spécialisées en 10 ans. Il y en a présentement 300, souligne-il, et les 1700 autres, « on ne les aura jamais pendant le mandat de M. Barrette », prédit-il.

Alors des dizaines de supercliniques d'ici deux ans, « on y croira quand on les verra », dit-il.

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