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Les Montréalais se réveillent avec une hausse de taxes au-delà des promesses

Valérie Plante avait promis en campagne électorale de ne pas augmenter les impôts fonciers au-delà de l'inflation. Or, l'effet combiné de la hausse de la taxe générale, des taxes d'arrondissement et de la taxe de l'eau fera grimper les avis d'imposition municipaux de 3,3 % en moyenne, apprend-on dans le budget 2018 de la Ville de Montréal.

Un texte de Jérôme Labbé

Selon le Conference Board du Canada, l'inflation atteindra 2,1 % en 2018. C'est beaucoup moins que le total des augmentations de la taxe générale (1,9 %), des taxes d'arrondissement (0,3 %) et de la taxe de l'eau (1,1 %) pour le secteur résidentiel présenté mercredi matin.

Cette augmentation aura un effet direct sur le portefeuille des Montréalais. La valeur moyenne d'une maison unifamiliale ayant été fixée à 427 524 $, l'augmentation de 3,3 % représentera une hausse moyenne de 118 $ pour les propriétaires de résidences.

Cette hausse de taxes est en outre deux fois plus importante que celle de l'an dernier, où les avis d'imposition avaient crû de 1,7 %.

Comme l'an dernier, c'est dans l'arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie que les taxes résidentielles enfleront le plus (de 5,6 % au total), suivi de l'arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension (5,4 %). À l'inverse, c'est à LaSalle qu'elles augmenteront le moins (0,7 %), notamment parce que la mairesse Manon Barbe a réduit la taxe d'arrondissement de 2,2 %.

Les commerçants écoperont aussi : pour eux, la hausse combinée de la taxe générale (2,1 %), des taxes d'arrondissement (0,1 %) et de la taxe de l'eau (0,8 %) atteindra 3 %. Plus tôt, lors d'une réunion du comité exécutif, la mairesse Plante a toutefois annoncé avoir mandaté le service des finances de la Ville pour revoir le système de taxation non résidentiel.

L'administration se justifie

Valérie Plante ne considère pas avoir rompu une promesse électorale en imposant une hausse globale des taxes supérieure à l'inflation. « On a toujours été clairs en campagne électorale sur le fait qu'on faisait référence à la hausse de la taxe foncière pour les besoins généraux » et non à l'ensemble des taxes, a-t-elle souligné en conférence de presse.

Après vérifications, il est vrai que le programme de Projet Montréal, adopté en mai 2017, prévoyait de « plafonner les hausses de taxes foncières des propriétaires occupants à la seule inflation ». Toutefois, sa plateforme électorale était beaucoup plus vague et stipulait que « Projet Montréal s’engage à réaliser son programme sans hausser les taxes au-delà de l’inflation ».

N'eût été la hausse de la taxe de l'eau, l'augmentation des impôts fonciers aurait été conforme à l'inflation prévue, a fait valoir l'administration Plante-Dorais. Mais voilà, « les réseaux d'aqueduc et d'égouts montréalais sont vieillissants [et] il est impératif de poursuivre les investissements dans les infrastructures de l'eau pour assurer leur remise en état et leur développement », lit-on dans le communiqué de presse du budget.

Hausse des dépenses de 5,2 %

C'est un budget de 5,4 milliards de dollars qui a été présenté par l'administration Plante-Dorais. Il s'agit d'une somme record, en hausse de 5,2 % par rapport à l'an dernier. L'administration Coderre avait alors déposé un budget de 5,2 milliards, qui avait lui-même grimpé de 2,8 % par rapport à 2016.

Cette hausse des dépenses de 270 millions de dollars s'explique notamment par la fin des mesures transitoires permettant d'étaler le renflouement des régimes de retraite des employés municipaux touchés par la crise financière de 2008 (57 millions), par l'entente « Réflexe Montréal » découlant de la nouvelle Loi sur le statut de métropole (30 millions), par la hausse du service de la dette brute (28,4 millions) et par une hausse des contributions pour le transport en commun (27,7 millions).

Les paiements au comptant des immobilisations augmentent aussi de 40 millions, soit deux fois moins que ce qu’avait prévu l’administration précédente. L’opposition officielle a dénoncé cette décision lors d’un point de presse en début d’après-midi, indiquant que la cote de crédit de la ville pourrait en être affectée.

L'opposition dénonce un « manque de rigueur »

Il s'agit selon le chef de l'opposition, Lionel Perez, d'un budget « qui manque de rigueur », préparé par une administration « déconnectée des réalités commerciale, économique et des résidents de la ville de Montréal ».

« Nous, lorsqu'on compare le budget d'aujourd'hui avec ceux des quatre dernières années, il y avait une rigueur, le respect de la capacité de payer des contribuables... Ce n'est clairement pas le cas ici », a-t-il ajouté.

En ce qui concerne plus spécifiquement les hausses de taxes, l'opposition officielle estime que la mairesse Plante a tout simplement rompu sa promesse.

« Il y a une majorité de Montréalais qui n'auraient pas voté pour l'administration actuelle s'ils avaient su qu'elle augmenterait les taxes au-delà de l'inflation », a indiqué son porte-parole en matière de finances, Alan DeSousa.

Le budget devrait être adopté le mercredi 24 janvier prochain.

La Société de transport de Montréal (STM) a également déposé mercredi son propre budget de 1,3 milliard de dollars, qui prévoit une hausse des dépenses courantes de 1,9 % en 2018. Pour la première fois, cette somme provient de la nouvelle Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) plutôt que de la Ville.

Ailleurs au Québec

La grande majorité des autres grandes villes du Québec ont aussi déposé leur budget pour 2018.

À Québec, le maire Régis Labeaume a décrété des gels et des baisses de taxes foncières résidentielles en fonction des secteurs de la ville. Les taxes non résidentielles seront toutefois relevées de 1,7 %.

À Laval, le cinquième budget de l'ère Demers prévoit une hausse de l'impôt foncier pour les secteurs résidentiel et non résidentiel de 1,4 %. La Municipalité apportera toutefois d'importants changements à sa façon de tarifer le déneigement, ce qui aura un impact à la hausse sur les avis d'imposition de la moitié des résidents lavallois, tandis que l'autre moitié profitera d'une légère réduction.

À Gatineau, le maire Pedneaud-Jobin a ordonné une hausse des impôts fonciers de 1,9 % et une augmentation de 1 % de la taxe destinée aux infrastructures. Son budget a été adopté de justesse.

Enfin, à Longueuil, la nouvelle mairesse Sylvie Parent a présenté un premier budget qui ne prévoit presque aucune hausse de taxes. Dans le secteur résidentiel de un à cinq logements, seuls les propriétaires de l'arrondissement du Vieux-Longueuil verront leur impôt foncier grimper. Et encore, cette augmentation ne sera que de 0,05 %.

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