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Les nouveaux Sherbrookois ont-ils vraiment fusionné avec leur nouvelle ville?

Encore aujourd'hui, de nombreux résidents de Sherbrooke s'identifient toujours à leur ancienne municipalité. Hockey Sherbrooke a pris plus de 10 ans pour réussir à regrouper toutes les associations du territoire sous une même entité. La Chambre de commerce de Fleurimont (aujourd'hui appelée ODACE) et celle de Sherbrooke n'ont jamais réussi à s'entendre. Quinze ans après les fusions municipales qui ont mené à la création de la grande ville de Sherbrooke, est-ce que les résidents des anciennes municipalités entretiennent encore des préjugés envers les habitants des autres? Peut-on dire mission réussie au niveau du sentiment d'appartenance des Sherbrookois?

Il n'est pas rare d'entendre des citoyens du secteur Rock-Forest affirmer « qu'ils ont besoin d'un passeport pour passer à l'est » ou des résidents du secteur Fleurimont dire « qu'il n'y a pas plus ennuyant que Rock-Forest ». Mais qu'en est-il dans les faits?

Le président de la Chambre immobilière de l'Estrie, David Bourgon, assure que ces histoires appartiennent au passé. « Nos clients ont beaucoup moins de préjugés qu'avant sur certains secteurs de la ville. C'est très rare qu'il y ait des objections sur des quartiers à cause de vieux préjugés. Les gens n'ont peut-être pas les moyens d'acheter à tel endroit plus cher, c'est différent. » Ce dernier avance toutefois que les gens des anciennes villes affirment toujours habiter Fleurimont, Saint-Élie d'Orford ou Lennoxville et non pas Sherbrooke.

Celui qui était à la tête de la ville de Rock Forest au moment de la fusion, Benoît Charland, se rappelle que plusieurs citoyens entretenaient des préjugés à l'égard de la gestion municipale de Sherbrooke et étaient totalement contre le regroupement imposé par Québec. « C'était l'époque des scandales de la corruption, d'autres disaient qu'il y avait trop de personnel à l'hôtel de ville, que ça coûterait trop cher de taxes si on fusionnait. »

Mais bien peu de gens, selon M. Charland, avaient des préjugés envers les Sherbrookois comme tel. « C'est bien plus eux qui en avaient! Ils disaient que nous étions des banlieusards qui usaient les infrastructures de la grande ville sans rien payer et que nous voulions faire de l'argent sur leur dos. Nous avions beau leur dire qu'ils se trompaient, qu'on payait notre part, mais ils ne le comprenaient pas. »

Une rivalité liée à un pont?

Le directeur de la Société d'histoire de Sherbrooke, Michel Harnois, croit que cette rivalité pourrait venir du fait que Sherbrooke a longtemps compté qu'un seul pont sur son territoire. « Jusqu'en 1949, il n'y avait que le pont Aylmer qui permettait de rejoindre l'autre rive. Il y avait très peu d'échanges entre les deux secteurs ce qui aurait permis aux populations de mieux se connaître. Par exemple, les enfants n'allaient pas à l'école de l'autre côté. Aussi, pendant l'époque du tramway (1897-1931), il n'y avait qu'une ligne qui traversait dans l'Est et elle s'arrêtait au terrain de l'Exposition (le plateau Sylvie-Daigle aujourd'hui). »

Les deux secteurs de Sherbrooke avaient aussi des vocations différentes ce qui a pu contribuer à la division de la population, suppose M. Harnois. « L'Est de la ville était, à cette époque, très agricole alors que le secteur du Petit Canada (situé dans le secteur des rues Dorval et Saint-Louis) accueillait plus des ouvriers qui travaillaient à la Paton et à la Kayser. Aussi, dans le quartier qu'on appelle le Vieux-Nord, c'était beaucoup les cadres, les contremaîtres des usines qui y vivaient. C'étaient des gens qui avaient plus d'argent et qui pouvaient se payer de plus grosses maisons. »

Toutefois, le directeur de la Société d'histoire n'a pas trouvé d'événements particuliers qui aient pu contribuer à créer une rivalité entre l'est et l'ouest. « C'est la somme de plein de petites rivalités, le peu d'échanges et de communication entre les deux secteurs qui a amené ces différences, je crois. »

Fusion d'organismes difficile

Au-delà de ces préjugés qui émanent plus de guerres de clochers que de faits réels, reste que les différentes fusions d'organismes ne se sont pas faites en criant ciseau. Pour Hockey Sherbrooke, il a fallu 10 ans de dures négociations pour y arriver. « Nous avons été la première association à regrouper ses activités. Nous avons commencé à travailler là-dessus en 2006. Il y avait cinq associations au début (chaque ex-municipalité avait son club) », raconte le président de l'organisme, Jean Desrosiers.

Dans un premier temps, il y a eu la création de deux associations de hockey : le Shermont (Fleurimont et Sherbrooke) et les Mineurs (Brompton, Lennoxville et Rock Forest) qui était chapeauté par un organisme, Hockey Sherbrooke. « Pour les bénévoles, de tout regrouper en une seule association d'un seul coup, c'était une trop grosse bouchée à avaler. L'idée, au départ, c'était vraiment d'échanger sur les bonnes manières de faire de part et d'autre et de s'assurer que les tarifs étaient fixes pour tous les Sherbrookois », dit-il.

En 2014, Hockey Sherbrooke a entrepris un nouveau virage : la création d'une seule entité de hockey mineur à Sherbrooke. « On n'a pas eu le choix de s'entendre. Chacun avait ses façons de faire, ça n'allait plus si bien. On a vraiment travaillé fort pour y arriver. Finalement, il n'en ressort que du positif », assure Jean Desrosiers qui rappelle que Hockey Sherbrooke regroupe 2000 joueurs.

Au niveau des affaires, les deux chambres de commerce présentes sur le territoire, ni même leurs membres n'ont jamais réussi à accorder leurs violons. « Il n'y avait pas d'intérêt à fusionner. Nous ne représentons pas le même type d'entreprises. Ça va vraiment au-delà du clivage de la rivière qui sépare la ville », illustre le nouveau président d'ODACE, Patrick Pinard.

En mai 2016, la Chambre de commerce de Fleurimont s'est dissoute pour devenir ODACE et pour mettre fin au conflit qui l'opposait à la Chambre de commerce de Sherbrooke. « En enlevant le nom chambre de commerce, on voulait arrêter les conflits. Nous sommes maintenant une association de gens d'affaires. Nous ne représentons pas le même type d'entreprises. La plupart de nos membres ont pignon sur rue et ne sont pas de grosses entreprises comme à la Chambre de commerce de Sherbrooke », ajoute M. Pinard.

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