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Les parcs-nature fantômes de Montréal ouverts au public, à condition de les trouver

EXCLUSIF - Des parcs-nature sont officiellement ouverts au public, mais les Montréalais n'y ont que difficilement accès. Il n'y parfois pas d'aménagement, pas toujours de sentiers ou encore aucune adresse sur Internet, malgré des millions de dollars dépensés par la Ville pour acquérir ces terrains.

Un texte de Bahador Zabihiyan

Connaissiez-vous le Parc-nature du Bois-d’Anjou? N’essayez pas de le chercher sur Google, il n'est pas évident de le repérer. N’essayez pas non plus d’en trouver l’entrée en passant par le golf qui longe le terrain, vous risquez de vous faire expulser par un employé de l’endroit, comme cela a été le cas pour l’auteur de ces lignes.

Et si vous vous rendez sur place, il n’y a pas vraiment d’entrée, pas de panneaux, pas de sentiers balisés ou de chalet pour recevoir les visiteurs, mais plutôt beaucoup de ronces et de feuillage qui rendent impossible la promenade. Pourtant, pour le service des communications de la Ville de Montréal, il s’agit d’un « parc-nature » ouvert au public, mais qui n’est pas aménagé. Une information contredite par la suite par l’agente du service 311 que nous avons contactée par téléphone, qui indique que ce parc « n’est pas ouvert au public ». La Ville a dépensé 11,5 millions de dollars en 1992 pour acquérir les terrains sur lesquels se trouve ce parc.

Parc-nature jamais aménagé

À Pierrefonds-Roxboro, se trouve un autre parc ouvert au public, mais sans aucun aménagement. Il s’agit du Parc-nature des Rapides du Cheval Blanc. Montréal avait annoncé la « création » de ce parc en 2009. Huit ans plus tard, il ne compte aucun aménagement. Le site se trouve au bord de la rivière des Prairies, et lors de notre passage, il y avait des dizaines de chaises de jardin, des détritus et du fil de pêche sur le bord du cours d’eau.

Les barils faisant office de poubelles débordaient aussi. Le public y avait tout de même accès grâce à des sentiers qui passent dans la végétation et longent le fleuve.

Entre 2006 et 2015, la Ville avait dépensé 3,5 millions de dollars pour acheter les terrains formant ce parc. L’information fournie au public par la Ville prête aussi à confusion. Le 311 nous a indiqué au téléphone que le parc n'est pas ouvert au public. Le service des relations publiques de la Ville nous a dit le contraire. Sur place, nous avons été capables de nous rendre dans le parc et de marcher le long de la rivière, d’où la vue est imprenable.

Le maire de l'arrondissement, Jim Beis, ne sait pas pourquoi le parc-nature n’est pas encore aménagé. Il nous a référés à Réal Ménard, l’élu responsable du dossier des espaces verts, qui ne nous a pas accordé d’entrevue dans le cadre de ce reportage.

À Sainte-Anne-de-Bellevue, un autre parc porte à confusion : il s’agit du Parc-agricole du Bois-de-la-Roche. Le site fait presque deux kilomètres carrés, soit la superficie du Mont-Royal. Le service des relations avec les médias de la Ville nous a indiqué qu’il est ouvert au public, mais encore une fois, le 311 nous a dit le contraire.

Sur le site Internet de la Ville, il est écrit que le parc va faire l’objet d’un aménagement dans les « prochaines années », sans fournir d’échéancier. La Ville avait acquis ces terrains en 1991, pour 6,5 millions de dollars. Encore une fois, il n'y a pas de sentier balisé ou de chalet pour accueillir les visiteurs, mais des parcelles cultivées et de la machinerie agricole sur une partie du parc.

« Des activités agricoles sont réalisées au Parc-agricole du Bois-de-la-Roche dans le cadre d'un programme de réinsertion », précise la Ville.

Selon l'administration municipale, le Parc-nature du Bois-d’Anjou, le Parc-agricole du Bois-de-la-Roche et le Parc-nature des Rapides-du-Cheval-Blanc « sont des parcs-nature, des espaces verts protégés en milieu urbain, acquis par la Ville de Montréal. […] Bien qu’ils soient ouverts au public, ils ne sont pas aménagés ».

La Ville de Montréal intervient de façon régulière pour s’assurer que la biodiversité y est conservée et que la fréquentation humaine n’interfère pas avec l’état des lieux, précise la porte-parole de la Ville, Gabrielle Fontaine-Giroux.

« Ça fait plusieurs années que je dénonce le fait qu’on a collectivement acquis, des fois très chers, des milieux naturels. […] Les citoyens ne se sont même pas appropriés ces parcs, ils ne savent même pas qu’ils existent », déplore Sylvain Ouellet, responsable des parcs à Projet Montréal.

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