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Les sondages en campagne électorale, à quoi bon?

Les sondages sur les intentions de vote sont de plus en plus critiqués par les commentateurs politiques pour leur inexactitude et leur impact potentiel sur l'électorat. Devrait-on s'y fier?

Un texte de Benoit Clément

En 2013, durant une importante partie de la campagne électorale en Colombie-Britannique et jusqu'à sa toute fin, la majorité des sondages donnait le Nouveau Parti démocratique d’Adrian Dix gagnant. Mais, à la surprise générale, le Parti libéral de Christy Clark a remporté la majorité des sièges.

Après l'élection, les maisons de sondages ont dit qu’elles devraient revoir certaines de leurs pratiques pour éviter une situation semblable.

Depuis, les sondages ont correctement prédit l’issue du scrutin provincial en Alberta en mai 2015, puis les élections fédérales en octobre 2015, mais se sont trompés pour le vote sur le Brexit et la montée en popularité de Donald Trump.

Les défis des sondages modernes

Les sondages d’opinion ont bien changé depuis l’arrivée d’Internet. Les maisons de sondage estiment qu’à la fin des années 80 jusqu’à 85 % des personnes contactées à la maison par téléphone acceptaient de mentionner leurs opinions politiques. Le taux de réponse est maintenant de moins de 20 %.

C’est pourquoi les sondeurs se sont tournés vers les sondages en ligne et les panels Internet. Mais les sondages en ligne sont souvent vus comme moins crédibles que les sondages au téléphone. Mario Canseco, le porte-parole de la firme Insights West, admet que les sondages sont devenus plus compliqués à produire et à interpréter, notamment en raison des nouvelles technologies, mais aussi parce qu’il est difficile de déterminer qui ira vraiment voter.

« Nous avons commencé à étudier l’historique électoral des répondants. Si un répondant n’a pas voté aux deux ou trois dernières élections, il y a une forte possibilité qu’il n’ira pas voter cette fois-ci non plus », explique Mario Canseco.

Les grands oubliés des sondages

Pour tenter d’améliorer la crédibilité des résultats, les firmes utilisent donc un modèle d’électeur probable. Ce modèle disqualifie automatiquement certains répondants, parce qu’ils n’iront vraisemblablement pas voter ou que leur réponse n’est pas fiable.

Mais, selon François Pétry, un professeur associé au département des sciences politiques de l’Université Laval, les maisons de sondage tombent ainsi dans un autre piège.

« Le modèle n’a pas marché en 2016, parce qu’on n’avait pas prévu que les gens qui, normalement, ne répondaient pas aux sondages, les non-répondants, étaient très attirés par la candidature de Trump. Ces gens-là sont passés complètement sous le radar des maisons de sondage », explique M. Pétry.

Il croit que la même situation s’est produite dans le cas du Brexit. L’attirance de certains électeurs pour les arguments pour le Brexit est largement passée inaperçue, selon lui, parce que ces électeurs sont généralement ignorés par les sondages.

Impact sur le vote final

Les experts semblent d'avis partagés pour ce qui est de l’impact réel des sondages sur le choix des électeurs et le résultat du vote. Une étude française publiée en 2012 par la firme Mediamento conclut, par exemple, que dans 25 % des cas, un électeur modifiera son vote s’il croit qu’il va perdre l’élection, en faveur du candidat favori dans les sondages. À noter toutefois que ces résultats proviennent d’un sondage auprès de 1000 personnes interrogées en ligne.

D’autres critiquent aussi la montée du vote stratégique. Patrick Préville, le président d’une firme de relations publiques au Québec, affirme dans un billet en ligne que les sondages encouragent cette pratique et sont dangereux pour la démocratie.

L’analyste politique Éric Grenier, fondateur du site ThreeHundredEight.com, croit lui aussi que les sondages peuvent avoir un impact, même si c’est surtout pendant la campagne électorale.

« Il y a l’effet bandwagon, où les gens vont choisir le parti qui est le mieux positionné pour gagner. C’est ce qui s’est passé aux élections fédérales. Le NPD a perdu beaucoup d’appuis au Québec assez tôt dans la campagne, parce que le Parti libéral était si populaire dans les sondages » explique-t-il.

Toutefois, M. Grenier note que les sondages ont leurs limites et peuvent parfois se tromper. Selon lui, c’est à chaque électeur de décider s’il veut courir le risque de modifier son vote.

La faute des médias?

François Pétry est d’avis que les sondages peuvent être utiles pour suivre l'évolution de l'opinion publique, à condition d'être bien utilisés.

« Les sondages peuvent vous dire, au [mieux], qu’au moment précis du questionnaire, tel candidat a tant de chances d’être en avance sur tel candidat », explique le professeur.

Toutefois, selon lui, leur utilisation à des fins sensationnalistes dans les médias pose un problème.

François Pétry explique que les journalistes ont tendance à ignorer, ou à sous-estimer, la marge d’erreur, pour donner du punch à leurs histoires. « Si les journalistes rendaient compte fidèlement de la marge d’erreur, les trois quarts des contests entre candidats seraient dans la marge d’erreur et, donc, il n’y aurait pas de gagnant ou de perdant [prévisible] », croit-il.

Et les partis politiques?

Ni l’un ni l’autre des deux principaux partis politiques en Colombie-Britannique ne veut dire s’il prend les sondages externes au sérieux ou comment il les intègre dans sa stratégie de campagne.

Jen Holmwood, une porte-parole du NPD, explique ce qu'il en est : « Le parti ne s’attarde pas aux sondages. Nous préférons élire des candidats forts et un chef qui peut représenter tous les Britanno-Colombiens. »

Même son de cloche du Parti libéral. Emile Scheffel, le porte-parole du parti, affirme : « Le seul sondage qui compte est l’élection, et c’est sur ça que nous nous concentrons. »

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