Alstom confiera la construction des 212 voitures du futur Réseau express métropolitain (REM) à son usine en Inde, a confirmé le géant français jeudi, en marge de la première pelletée de terre du projet.

Cette décision a été prise « afin de répondre aux spécifications de l'appel d'offres et de soumettre une offre compétitive avec le meilleur produit et au meilleur prix », a précisé Michelle Stein, directrice des communications d'Alstom.

L'entreprise fait partie du consortium Partenaires pour la mobilité des Montréalais (PMM), retenu pour la fourniture du matériel roulant, des systèmes et services d'exploitation et de maintenance.

Alstom compte quand même investir 67 % du contrat au Québec, entre autres pour un centre de contrôle, des portes palières et 30 ans de services d’exploitation et de maintenance.

« La construction des voitures [en Inde] représente une centaine d'emplois pendant un an, a minimisé le pdg Henri Poupart-Lafarge, jeudi après-midi, lors de la conférence de presse qui a précédé la première pelletée de terre. Il faut mettre ces emplois en rapport avec les milliers d'emplois qui vont être créés par le projet. »

Le géant français établira aussi à Montréal un centre d’expertise mondial dans la recherche et le développement des systèmes intégrés de contrôle en mobilité urbaine.

« Ce centre regroupera environ 100 professionnels qui auront pour mission de faire avancer notre expertise en s’appuyant sur le savoir-faire montréalais en technologies numériques avancées et en intelligence artificielle », a expliqué Alstom par communiqué. « C’est dans ce centre que seront développées les technologies de pointe qui serviront à de nombreux projets d’Alstom à travers le monde. »

Alstom emploie actuellement plus de 400 personnes sur ses sites canadiens.

L'événement de jeudi avait été organisé pour marquer le lancement officiellement des travaux du REM, un mégaprojet pour lequel « les coûts de construction finaux de 6,3 G$ ont de nouveau été confirmés », écrit la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) dans son communiqué officiel.

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, le président de la CDPQ, Michael Sabia, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, et le ministre des Transports du Canada, Marc Garneau, étaient notamment présents, de même que les représentants des consortiums choisis par CDPQ Infra, soit NouvLR et PMM.

En tout, une centaine de personnes étaient réunies au New City Gas, une salle de spectacle de Griffintown située sur le trajet du REM, près de la gare Centrale et de l'autoroute Bonaventure.

La conférence de presse, qui a commencé vers 15 h, a été suivie de la traditionnelle pelletée de terre – un exercice largement symbolique, puisque sur le terrain, les travaux devraient plutôt s'amorcer dans les prochaines semaines, le long du tracé sur la Rive-Sud. De même, le service sera bientôt suspendu les week-ends sur la ligne Deux-Montagnes afin de permettre la réalisation de travaux préparatoires.

Le projet de loi permettant à la CDPQ de développer le REM ne comprend aucune exigence de contenu local, ce qui avait valu plusieurs critiques au gouvernement Couillard.

SNC-Lavalin grands projets, Dragados Canada, Groupe Aecon Québec, Pomerleau et EBC ont été retenus pour l'ingénierie, l'approvisionnement et la construction des infrastructures. Ce consortium a été baptisé « NouvLR ».

Pour la fourniture du matériel roulant, des systèmes et services d'exploitation et de maintenance, le consortium retenu, « PMM », est formé d'Alstom transport Canada et SNC-Lavalin O & M. Le contrat qu'il a remporté, d'un valeur de 2,8 milliards de dollars, prévoit notamment la fabrication de 212 voitures de métro, ou 106 rames de 2 voitures. La part du groupe ferroviaire français est estimée à 2,2 milliards de dollars, alors que celle de SNC-Lavalin est évaluée 600 millions de dollars.

PMM a été retenu au détriment de Bombardier Transport, qui aurait pu construire les voitures du REM à son usine de La Pocatière. La Coalition avenir Québec s'est d'ailleurs engagée à renégocier ce contrat.

« Au final, nous avons un projet qui amène 65 % de contenu local, de contenu québécois, a néanmoins fait valoir Michael Sabia, jeudi. C'est quatre milliards de dollars investis dans l'économie locale. C'est 34 000 emplois pendant la période de construction [et] plus de 1000 nouveaux emplois permanents. »

Par ailleurs, le gouvernement Couillard a dû se défendre plutôt dans la journée de s'être ingéré politiquement dans les décisions de la Caisse de dépôt pour prolonger le REM dans l'ouest de l'île de Montréal.

À l'Assemblée nationale, l'opposition péquiste a baptisé les éventuelles stations du REM « Leitao », « Coiteux » et « Kelley », du nom des ministres libéraux qui représentent les circonscriptions où passera le train léger dans le secteur visé – un tronçon que le Parti québécois a surnommé « la ligne rouge », en référence à la couleur généralement associée au Parti libéral du Québec.

Le chef péquiste Jean-François Lisée – qui n'avait pas été invitée à la première pelletée de terre – a aussi rappelé un article de La Presse qui faisait état des interventions des ministres Carlos Leitao, Martin Coiteux et Geoffrey Kelley afin que le REM se rende plus loin que Dorval, comme ce qui était prévu dans la première ébauche du projet.

PQ affirme que le coût du tronçon – évalué à 1,2 milliard de dollars – est plus élevé que ce que l'achalandage justifie pour l'antenne du REM qui couvrira ce secteur, alors qu'un système rapide par bus (SRB) ou un tramway aurait été plus approprié et aurait coûté beaucoup moins cher.

Le premier ministre Couillard a balayé les prétentions de son adversaire péquiste, laissant entendre que l'opposition s'en prenait à cette portion du REM parce qu'elle allait servir à des populations à fortes proportions anglophones.

« Nous, on traite tous les citoyens de toutes les origines de la même façon », a-t-il plaidé.

« En fait, dès le début, et les gens de la Caisse vous le confirmeront, on a laissé entière liberté de décider, un, s'ils acceptaient ou pas de participer au projet, et de planifier eux-mêmes le projet, a ajouté M. Couillard lors de la conférence de presse qui a précédé la pelletée de terre. La seule chose qu'on leur a demandée, [c'est] : l'aéroport, le pont Champlain, la Rive-Sud, et de couvrir le plus possible du territoire de l'île de Montréal. »

Le projet du REM est malmené depuis plusieurs semaines, en raison notamment des privilèges qu'il a obtenus, mais aussi du manque de transparence et des risques d'explosion des coûts pour les municipalités.

Une entente encore confidentielle, mais dont La Presse canadienne avait obtenu copie, prévoit de vastes zones de monopole et de territoires de « rabattage », dans les couronnes et à Montréal. Par ailleurs, les villes de Longueuil et de Laval s'inquiètent du mécanisme de tarification.

Le PQ a été particulièrement véhément dans ses critiques. S'il forme le prochain gouvernement en octobre, il propose un contre-projet, censé répondre aux besoins de toute la région, notamment l'est de l'île de Montréal et la Montérégie, qu'il juge mal servis par le tracé de la Caisse de dépôt.

Un projet titanesque

Le REM est un projet de train de banlieue de 67 kilomètres mené par la Caisse de dépôt, mais également financé par le gouvernement du Québec, le fédéral et Hydro-Québec. Il comprend une grande ligne qui va de la couronne Nord (Deux-Montagnes) à la Rive-Sud (Brossard) en passant par l'île de Montréal, ainsi que deux segments vers l'ouest de l'île, pour un total de 26 stations.

Les travaux doivent commencer en avril et se terminer en 2021.

« Cet engagement rigoureux à respecter les échéanciers visant une mise en service du REM en 2021 est un signe indéniable que le projet est mené avec leadership par une organisation sérieuse qui se préoccupe des enjeux de mobilité dans la métropole », a déclaré Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, en réaction à la première pelletée de terre de jeudi.

Selon un sondage commandé par la Caisse de dépôt, 78 % des répondants de la région métropolitaine ont une bonne opinion sur le projet; 13 % expriment un point de vue contraire.

Le sondage, dont les résultats ont été dévoilés jeudi, a été réalisé en avril auprès de 1000 personnes. À l'aide des données de Statistique Canada, les résultats ont été pondérés selon le sexe, l’âge, les régions et la langue maternelle afin de rendre l'échantillon représentatif de l'ensemble de la population à l’étude. Certains segments de la population ont été suréchantillonnés à la demande des mandataires, mais la firme Léger estime que les résultats globaux demeurent représentatifs de la région métropolitaine de Montréal.

Avec la collaboration de Benoît Chapdelaine et Julie Marceau

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