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Lisée dénonce le silence de Trudeau et des autres démocrates

Le chef de l'opposition officielle Jean-François Lisée dénonce le silence des démocraties qu'il tient pour partiellement responsables des violences qui ont marqué le déroulement du référendum sur l'autodétermination de la Catalogne, dimanche. M. Lisée réclame maintenant une médiation internationale pour dénouer l'impasse dans laquelle se retrouvent désormais l'Espagne et la Catalogne.

« Hier, on a vu des policiers espagnols matraquer des foules, a déclaré le chef péquiste avec émotion. On a vu les policiers casser les doigts d’une jeune femme. On les a vus faire. »

M. Lisée accuse les démocraties d’avoir cautionné le recours à la violence du gouvernement espagnol en refusant de prendre position, malgré les appels répétés des Catalans. « Les grandes puissances démocratiques n’ont pas dit à Madrid que ce serait inacceptable [de recourir à la violence], a déploré M. Lisée. Le silence des démocrates a donné un chèque en blanc à Madrid. »

« Quelle crédibilité aura demain Justin Trudeau pour reprocher à la Chine ou à la Russie d’emprisonner des dissidents ou de rester muettes devant l’assassinat de journalistes si nous n’avons même pas le cran de dire à un pays démocratique qu’il ne devrait pas user de brutalité contre ses citoyens? » a poursuivi M. Lisée.

« Inacceptable », dit Jagmeet

Le nouveau chef du Nouveau parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, a abondé dans le sens de M. Lisée. Il n’a pas hésité à « dénoncer vigoureusement le gouvernement espagnol » d’avoir brimé les droits de ces citoyens de s’exprimer librement sur leur droit à l’autodétermination.

« C’est complètement inacceptable que le gouvernement fédéral, un gouvernement de l’État, brime les droits de la personne », a-t-il déploré lors de sa première mêlée de presse à Ottawa.

« Un des droits les plus importants pour toutes les personnes, c’est le droit à l’autodétermination », a-t-il poursuivi, contrastant avec le silence du premier ministre Trudeau et de son gouvernement.

La position du gouvernement canadien est « complètement inacceptable, c’est mauvais », a déploré M. Singh. « On doit parler des droits de la personne, on doit être leader à travers le monde ». Le gouvernement canadien a l’obligation « de dire quelque chose », a-t-il conclu.

Présente à Barcelone pour observer le déroulement du scrutin, la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, a également dénoncé, sur Twitter, le silence « assourdissant » du premier ministre Trudeau.

Ottawa peu loquace

Pendant que M. Lisée livrait sa charge contre le gouvernement espagnol, le premier ministre canadien Justin Trudeau et sa chef de la diplomatie, Chrystia Freeland, demeuraient murés dans leur silence. Les deux politiciens ont refusé de répondre aux questions des journalistes lundi matin, se réfugiant derrière une déclaration de l'attaché de presse de Mme Freeland.

Mme Freeland a finalement abordé la question lorsqu'interrogée en chambre sur le silence de son gouvernement. La ministre a simplement réitéré la position de son gouvernement selon laquelle la « violence n’était pas une solution », sans identifier de responsables pour ce recours à la force.

Le premier ministre Trudeau avait déjà refusé, il y a quelques jours, de condamner explicitement les arrestations d'élus catalans et la confiscation de millions de bulletins de vote.

Le chef du PQ demande maintenant à la communauté internationale d’intervenir pour assurer un dialogue entre l’Espagne et la Catalogne. « On ne peut faire confiance au gouvernement espagnol pour établir un dialogue ou pour respecter le peuple catalan, a-t-il souligné. Il vient de faire la démonstration que c’est impossible. »

Des résultats qui « appellent à une action »

Sans proclamer l’indépendance de la Catalogne, son président régional, Carles Puigdemont, a déclaré dimanche que la Catalogne « avait remporté le droit de devenir un État indépendant ».

À l’opposé, le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, a soutenu qu’il n’y avait pas eu de référendum d’autodétermination en Catalogne. Il a précisé que la force déployée par la police nationale espagnole en Catalogne avait été « équilibrée », en dépit du nombre « regrettable » de blessés.

Le chef de l’opposition à l’Assemblée nationale québécoise estime pour sa part que le résultat du scrutin de dimanche, bien qu’entaché par de nombreuses irrégularités, ne peut être balayé sous le tapis.

« Et le non a fait le choix de boycotter, poursuit-il. C’est son choix! » M. Lisée croit que le camp du non ne peut maintenant prétendre que le référendum a été mal organisé ou qu’il n’était pas ouvert à tous. « Au contraire, la commission électorale était ouverte à tous, chacun a pu faire campagne, a-t-il plaidé. C’est le résultat le meilleur possible dans des conditions de répression maximale. »

Sans reconnaître officiellement le résultat du scrutin, M. Lisée estime que « le résultat oblige à une action ». Il souligne que les observateurs internationaux ont indiqué que, sauf pour les cas où les forces policières ont empêché le scrutin de se dérouler, « le scrutin s’est correctement déroulé ».

M. Lisée rejette une éventuelle reprise de la consultation en invoquant que ce serait donner une nouvelle occasion aux policiers espagnols de venir matraquer les électeurs catalans. Il souhaite maintenant que le gouvernement québécois accompagne la Catalogne pour la suite des choses.

Il a indiqué que son parti allait déposer une motion pour que le premier ministre du Québec Philippe Couillard dénonce la violence du gouvernement espagnol contre sa population. La motion devrait également appeler à une médiation européenne ou internationale pour régler le conflit entre les deux camps.

Le Bloc québécois espère, quant à lui, forcer le gouvernement fédéral à sortir de son mutisme en tentant de déposer une motion, lundi après-midi à la Chambre des communes, pour condamner la « répression violente » du gouvernement espagnol. La motion bloquiste stipule notamment que la Chambre « condamne la répression violente orchestrée par le gouvernement espagnol lors du référendum catalan du 1er octobre 2017 ».

Quelque 2,26 millions d’électeurs se sont exprimés dans le cadre du référendum sur l’autodétermination de la Catalogne – qui a atteint un taux de participation de 43 % – malgré les efforts de Madrid pour empêcher la tenue du scrutin. Le gouvernement catalan estime qu’environ 700 000 personnes ont été incapables de voter en raison des interventions policières.

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