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Lloyd Axworthy demande au fédéral de suspendre l’Entente sur les tiers pays sûrs

L'ancien ministre libéral des Affaires étrangères, Lloyd Axworthy, a appelé le gouvernement Trudeau à suspendre l'Entente sur les tiers pays sûrs avec les États-Unis, à la suite d'un rassemblement devant le Palais législatif à Winnipeg, au Manitoba, mercredi soir. Les participants dénoncent le fait que les États-Unis sont devenus un endroit dangereux pour les migrants et leurs enfants.

« Plus ils entendront les revendications du public, plus ils verront qu’il ne s’agit pas simplement d’une affaire politique, mais qu’il est question de défendre nos droits », a affirmé le ministre à CBC.

M. Axworthy, qui est maintenant président du Conseil mondial pour les réfugiés, concède que le retrait d’un accord est difficile, mais pense qu’il est grand temps que le Canada agisse.

L’Entente sur les tiers pays sûrs, un accord controversé, stipule que les demandeurs d’asile doivent s’adresser au premier pays « sûr » dans lequel ils arrivent. Elle vise à éviter ce qu’on appelle le magasinage d’asile.

Depuis l'entrée en fonction de Donald trump en 2017, des critiques ont affirmé que les États-Unis ne constituent plus un pays sûr pour les réfugiés et que le Canada devrait laisser les demandeurs d’asile faire valoir leur cause à la frontière, ce qui leur éviterait de se faufiler illégalement dans le pays.

Risquer sa vie pour se faufiler au Canada

« Que ça nous plaise ou non, les réfugiés arrivent d’une manière ou d’une autre. [Certains] ont traversé la frontière par moins 40°C et dans la chaleur torride de l’été », a affirmé Micaela Crighton, un étudiant de l’Université de Winnipeg qui a aidé à organiser le rassemblement.

M. Crighton faisait références à Razak Lyal dont l’histoire a fait les gros titres puisqu’il a perdu tous ses doigts en traversant la frontière canadienne au plus froid de l’hiver, en 2016, dans une tentative d’obtenir l’asile.

« On avait peur qu’en y arrivant (à la frontière canadienne), ils nous fassent faire demi-tour et qu’on doive retourner en prison ou dans un centre de détention aux États-Unis », a expliqué Razak Lyal, qui a vécu dans un centre de détention aux États-Unis en attendant que sa cause soit entendue.

En 2013, sous l’administration Obama, Razak Lyal a personnellement vécu le traitement réservé aux demandeurs d’asile aux États-Unis. Il a dû porter une combinaison orange, comme les condamnés, et payer des milliers des dollars pour être relâché.

Il dénonce la séparation récente des enfants migrants de leurs parents.

Environ 75 personnes, dont des enfants, ont participé au rassemblement. Elles ont placé des jouets sur les marches du Palais législatif pour représenter les enfants migrants séparés de leurs parents aux États-Unis.

Des bouts de papier en forme d’enfants contenaient des pétitions destinées au ministre canadien de l’Immigration, Ahmed Hussen. Certaines personnes brandissaient des panneaux d’Amnistie Internationale appelant le gouvernement à arrêter de séparer les enfants, d’autres des affiches sur lesquelles on lisait : « Pouvez-vous entendre les enfants pleurer? #KeepFamiliesTogether ».

Humaira Jaleel est venue au rassemblement avec ses quatre enfants et son mari. « Je voulais que mes enfants sachent que des enfants comme eux et des familles comme nous ont traversé beaucoup d’épreuves, a-t-elle dit. Et parce qu’on est au Canada, on vit bien, et c’est notre responsabilité de nous lever pour ceux qui ne peuvent pas s’exprimer. »

Les papiers en forme d’enfants seront déposés au bureau du ministre Jim Carr dans l’espoir qu’il fasse passer le message à Ottawa.

Selon le ministre Hussen, le gouvernement tente de déterminer les conséquences de l’administration Trump sur les migrants. Il concède que si l’entente des tiers pays sûrs, vieille de 14 ans, est dans l’intérêt des Canadiens, elle devrait toutefois être modernisée.

Avec des informations de la CBC

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