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Mandy Gull, nouvelle chef adjointe du Grand Conseil des Cris

Abel Bosum n'est pas le seul à faire son entrée par la grande porte à la direction du Grand Conseil des Cris (GCC). Le nouveau grand chef sera accompagné de Mandy Gull, actuelle chef adjointe de la communauté de Waswanipi, qui siègera désormais à ses côtés à titre de chef adjointe du GCC.

Un texte de Vanessa Destiné

Mandy Gull a remporté de justesse les élections pour le poste de chef adjointe lundi avec 51,74 % des voix devant John Matoush, ancien représentant des jeunes de Mistissini.

Mme Gull est ainsi devenue la deuxième femme à accéder à ce poste en près de 40 ans d’existence du Grand Conseil des Cris.

« Je suis contente, même si je suis un peu encore sous le choc. J’ai été élue [lundi] et j’ai dû entrer en poste le lendemain », raconte-t-elle en évoquant une rencontre régionale entre dirigeants autochtones et non autochtones de la baie James.

Malgré cette entrée précipitée dans l'arène politique régionale, Mandy Gull soutient qu’elle est prête à assumer ses fonctions, rappelant qu’elle s’implique dans sa communauté depuis trois ans en plus de cumuler plusieurs années d’expérience dans le domaine de l’administration publique.

La nouvelle chef adjointe du GCC est aussi très connue pour son implication dans la cause environnementale ayant mené plusieurs campagnes de sensibilisation pour la protection de la forêt boréale et des cours d'eau de son territoire.

Durant son mandat de quatre ans, Mandy Gull compte se concentrer sur la récente entente signée avec Ottawa qui confère davantage d’autonomie aux Cris du Québec.

« Je dois encore m’asseoir et discuter avec le grand chef Abel Bosum pour avoir une idée des orientations, mais le gros de mon mandat sera d’être présente directement sur le terrain, d’être à l’écoute des gens », explique l'élue.

L'élection de Mandy a d'ailleurs été saluée par Abel Bosum qui a affirmé « avoir hâte de travailler avec [Mandy] car elle pourra amener du sang neuf et de nouvelles approches, de façon à renforcer le leadership au sein de la classe dirigeante crie ».

La victoire de Mandy Gull a également été soulignée par le ministre québécois des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley.

« Faire une plus grande place pour les femmes [en politique] est un enjeu partout. [L’élection de Mandy Gull] est un exemple pour les communautés autochtones, mais aussi pour l’ensemble de la province. Nous avons très hâte de travailler avec elle », a-t-il déclaré.

Encore peu d'élues

Avant Mandy Gull, il y avait Violet Pachanos. Mme Pachanos est devenue en 1989 la première femme à accéder au poste de chef adjointe au GCC.

L’élection de Mandy Gull est vue d’un très bon œil par son aînée. « J’étais contente quand j’ai su qu’elle avait été élue, c’est très bien qu’une autre femme accède à ce poste », raconte Violet Pachanos qui connait personnellement Mme Gull.

Mandy Gull devra toutefois se préparer à faire face à plusieurs défis, prévient-elle. « Ce n’est pas un boulot facile. C’est un milieu dur, particulièrement quand vous êtes une femme. Les gens vous surveillent davantage, juste pour voir comment vous faites votre travail ».

Violet Pachanos rappelle que les femmes sont sous-représentées dans les sphères décisionnelles de la communauté crie; pour l’instant il n’y a que deux autres femmes chefs au sein du GCC.

L’ex-chef adjointe se désole de constater que peu de femmes osent faire le saut en politique, mais dit comprendre leur réticence qu’elle associe avant tout à la pression qui pèse souvent sur les élus.

Mandy Gull dit être consciente qu’il existe une certaine pression, mais elle croit que les femmes peuvent y faire face.

« Il y a beaucoup de femmes très fortes dans la communauté crie et je sens que mon élection à ce poste, en tant que femme, sera bien accueillie autant du côté des élus que de celui de la communauté », affirme-t-elle.

Mme Pachanos espère de son côté que les femmes se sentiront inspirées par l’arrivée d’une nouvelle joueuse. « Beaucoup des décisions qui sont prises au sein de nos communautés concernent directement les femmes. Pourtant, il n’est pas rare de constater qu’au moment de débattre et d’adopter des mesures il n’y aucune femme à la table de travail », rappelle-t-elle.

La pionnière aurait-elle des conseils à donner à celles qui voudraient suivre ses traces et celles de Mme Gull?

« Vous devez être honnête et vraie envers vous-même et être consciente de ce pour quoi vous vous battez, vous devez parler au nom des gens pour les aider à maintenir leurs valeurs et leur héritage cris », martèle Violet Pachanos.

Mandy Gull presse pour sa part ses concitoyennes à s’intéresser à la politique. « Trop souvent on doute de nos capacités en tant que femme, mais lancez-vous! Soyez consciente de votre pouvoir, soyez consciente que vous avez les habiletés pour servir votre communauté et que celle-ci est prête à vous recevoir », conclut-elle.

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