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Marathon de porte en porte des candidats dans Saint-Boniface

À une semaine de l'élection partielle de Saint-Boniface, les quatre candidats au poste de député sillonnent les rues du quartier winnipégois pour convaincre les indécis. Radio-Canada Manitoba les a suivis dans l'exercice incontournable du porte-à-porte.

C’est la dernière ligne droite avant le scrutin du 17 juillet. Et pour les candidats en lice, il ne s’agit pas d’un sprint, mais bien d’une course de fond.

En cette fin de semaine où les températures ont allègrement dépassé les 30°C, la néo-démocrate Blandine Tona, qui en est à sa première campagne, ne perd pas le rythme.

« Physiquement, je ne m’attendais pas à cela, dit-elle. Je marche un minimum de 10 kilomètres par jour, j’ai même fait jusqu’à 18 kilomètres en une journée. C’est ma [directrice de campagne], ma boss, qui me dit quand manger, quand boire, quand m’arrêter… Tous les détails de ma vie sont organisés. »

Si toute la stratégie a été définie en amont, elle confie que, la première fois qu’elle a frappé à une porte, elle s’est retrouvée intimidée, sans savoir quoi dire.

« Mais j’avais le chef de notre parti [Wab Kinew] avec moi, il m’a présentée, et la dame a compris que je n’avais jamais cogné aux portes. Ensuite, la courbe d’apprentissage est rapide », explique-t-elle.

« On apprend des personnes, des défis qu’ils ont, on écoute leurs idées. Il y a ceux qui connaissent les dossiers, d’autres qui sont sceptiques, ajoute-t-elle. Quelle que soit la réponse, j’y vais avec la même approche, parce que si je suis élue, je représenterai tout le monde. »

Elle explique toutefois qu’elle n’a encore rencontré personne d’hostile.

« À la fin de la journée, tout ça, c’est des relations humaines. »

Quadriller le quartier en famille

Dougald Lamont, le candidat du Parti libéral, peut compter sur ses enfants pour l’accompagner de rue en rue.

Lui n’en est pas à sa première opération de porte-à-porte. En 2003, il était déjà candidat dans la circonscription de Saint-Boniface.

« Mais entre-temps, tout a changé [...], et aujourd’hui, je suis le chef du Parti libéral du Manitoba. »

Une responsabilité qui, pour lui, change toute la dynamique de cette élection.

Il raconte d’ailleurs une anecdote qui lui est arrivée pendant la campagne.

« Il y a quelqu’un qui m’a demandé : “Mais qui est le chef du Parti libéral?”. J’ai répondu que c’était moi, et il m’a dit : “Ah, mais c’est fantastique, je veux que tu rencontres ma mère!” »

Pour Dougald Lamont, le porte-à-porte est la meilleure façon de parler avec les gens de ce qui les inquiète, quels que soient leurs penchants politiques.

« Il ne faut ignorer personne, même s’il y a une pancarte pour un autre candidat devant une maison. C’est ce qu’on dit à nos bénévoles : les pancartes ne votent pas. Il ne faut pas s’arrêter à cela. Ce qu’il faut, c’est frapper aux portes, frapper aux portes, et frapper aux portes. »

Replacer l'humain au cœur des échanges

C’est cette méthode qu’applique aussi Françoise Therrien Vrignon, la candidate du Parti vert.

« Je cogne à toutes les maisons et j’organise des réunions avec plusieurs groupes, parce que je représente les intérêts de tout le monde », dit-elle, en confiant beaucoup aimer cet exercice.

« Cela permet de se rencontrer, d’avoir des discussions, de donner aux gens l’occasion de développer leur point de vue. Venir à leur porte, c’est leur dire : “Je suis là pour vous écouter” », ajoute-t-elle.

Cet échange avec les électeurs est, pour Françoise Therrien Vrignon, la meilleure des façons de replacer les questions politiques sur un plan humain.

« Cela permet de faire comprendre qui tu es, ce que tu représentes, et cela casse les barrières. Que les gens voient que la personne pour qui ils votent, c’est un être humain. Prendre le temps de parler avec eux des enjeux à Saint-Boniface, c’est ça qui fait toute la différence, puisqu’il s’agit d’une élection locale. »

La candidate y consacre d’ailleurs la majeure partie de son temps, et des énergies des bénévoles qui l’entourent.

« Même à l’ère des réseaux sociaux, le porte-à-porte, le contact humain, c’est le plus important. Surtout dans une élection partielle, en été, c’est là qu’il faut redoubler d’efforts sur le terrain, pour dire aux gens d’aller voter. »

Élection estivale, mobilisation maximale

Cet aspect particulier de l’élection partielle n’a pas échappé à Mamadou Ka, le candidat progressiste-conservateur.

« Après un long hiver, beaucoup de gens n’ont pas envie de parler politique, d’autres sont en vacances, ou au chalet, alors il faut revenir, et revenir encore, frapper aux portes. Et puis c’est une élection partielle, alors aucun des quatre candidats que nous sommes n’a toute la force de mobilisation d’un parti derrière lui ou d’une élection générale, cela repose sur nous », analyse-t-il.

S’il s’agit de la deuxième campagne du candidat PC, selon lui, les exigences sont toujours les mêmes.

« Il s’agit de rencontrer le plus de gens possible, d’expliquer les enjeux, les objectifs que l’on a pour la communauté. »

Et d’après lui, les habitants de Saint-Boniface sont très au fait des dossiers qui attendront la ou le député élu(e) le 17 juillet.

« Les électeurs savent exactement ce qui se passe, et ils savent pour qui voter. »

Ce défi d’aller séduire y compris des électeurs d’autres tendances politiques est ce qui motive Mamadou Ka dans les derniers jours de la campagne.

« J’aime échanger avec les gens, c’est ce qui me pousse à revenir. Ce n’est pas pour le pouvoir que je cherche à devenir député, c’est l’interaction avec les autres qui m’attire. »

Avec des informations de Camille Gris-Roy et Rémi Authier

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