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MARTINE BIRON - Lisée, la laïcité et Québec

Quand le nouveau chef du Parti québécois a annoncé la composition de son cabinet fantôme, on savait tous qu'il y aurait des gagnants et des perdants. C'est que la moitié du caucus péquiste a misé sur le mauvais cheval en se rangeant derrière Alexandre Cloutier. Qui donc du groupe « des perdants » allait réussir à s'imposer comme l'émissaire de la réconciliation? Jean-François Lisée a choisi Agnès Maltais. Un choix habile.

Martine Biron

  Une analyse de Martine Biron

Lisée a donné à cette joueuse d'équipe un dossier majeur, le dossier qui l'a aidé à gagner la direction du parti, celui de la laïcité. On voyait bien, à son sourire, qu'elle était ravie.

Bien sûr, on y voit d'emblée un geste de réconciliation à l'issue d'une course particulièrement acrimonieuse. Agnès Maltais ne l'avait d'ailleurs pas ménagé, le candidat Lisée, quand il a présenté l'idée d'interdire dans l'espace public burqas et niqabs, ces grandes robes, avait-il précisé, qui peuvent cacher les armes des terroristes.

Maltais l'a accusé de clientélisme en répétant qu'il voulait « faire peur au monde pour gagner des votes ». Elle n'avait probablement pas tort, puisque, la course finie, Lisée annonce qu'il veut « rééquilibrer » sa position sur la laïcité. Maintenant que les militants péquistes, plus vieux et plus à droite, ont été séduits, Lisée doit s'intéresser à la population générale en vue du scrutin de 2018.

En bonne soldate, Agnès Maltais sera sous les feux de la rampe rapidement, puisque les travaux sur le projet de loi du gouvernement Couillard sur la neutralité de l'État débutent demain. Parlementaire aguerrie et expérimentée elle devra manœuvrer pour mener à bien la « nouvelle stratégie » de son parti.

Jean-François Lisée souhaite l'adoption rapide de ce projet de loi, qui propose que les services de l'État soient donnés à visage découvert. Il badine déjà avec l'idée d'un affrontement Québec-Ottawa dans le contexte où Justin Trudeau a permis une cérémonie de citoyenneté à visage couvert.

Le PQ entend d'ailleurs alimenter la dispute en martelant que le gouvernement ne va pas assez loin, qu'il écarte la recommandation de Bouchard-Taylor sur l'interdiction des signes religieux aux officiers de l'État. « On verra à le modifier plus tard », a dit le nouveau chef péquiste.

Il faut probablement comprendre que le chef de l'opposition officielle entend en faire un enjeu électoral. La « discussion » concernant l'interdiction de la burqa dans l'espace public sera visiblement aussi dans sa plateforme électorale.

Voilà donc des enjeux qui pourraient faire une différence dans la région de Québec, où la seule péquiste, à part Pauline Marois dans Charlevoix, capable de s'y faire élire depuis plus d'une décennie est Agnès Maltais.

En coulisses, l'ex-première ministre Pauline Marois a souvent répété que le Parti québécois ne réussirait jamais à diriger un gouvernement majoritaire sans la région de Québec. Elle a d'ailleurs fait plusieurs efforts pour tenter de séduire la région, et cela, au péril de son leadership. On se souvient tous du dossier de l'amphithéâtre, qui a profondément divisé son caucus. On l'a accusée de virer à droite pour plaire aux électeurs de la CAQ.

Jean-François Lisée, qui siégeait avec elle, en est très conscient et il tentera lui aussi sa chance à Québec. C'est ainsi qu'il pourra compter sur l'ascendant d'Agnès Maltais sur la région pour porter ce dossier délicat.

Sans référendum, les militants péquistes ont donné une seule mission à Jean-François Lisée, celle de gagner les élections de 2018. Il est déjà à l'œuvre.

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