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Mission contre l'EI : plus cher, plus long, plus dangereux

Justin Trudeau devait convaincre les Canadiens que son gouvernement ne recule pas dans la guerre contre le groupe armé État islamique. Il est arrivé accompagné de trois ministres. Le plan est aussi simple que complexe : plus cher, plus long, plus dangereux.

  Un texte de Emmanuelle Latraverse

Une « nouvelle approche pour faire face aux crises en cours en Irak et en Syrie et atténuer les répercussions sur la région environnante ».

Croyez-le ou non, c'est le titre du communiqué de presse du bureau du premier ministre pour annoncer la nouvelle mission. Beaucoup de mots pour éviter de dire que le Canada demeure dans la guerre contre l'EI et pour éviter le terme réducteur de « mission militaire ». C'est en mettant l'accent sur l'ensemble de l'action canadienne dans la région que les libéraux espèrent faire la preuve que le Canada ne recule pas et qu'il en fait plutôt davantage.

Les trois D : défense, développement, diplomatie

Quand le ministre de la Défense nationale parlait d'apprendre des erreurs de l'Afghanistan, c'est de cette approche pangouvernementale qu'il parlait. Il s'agit ici de développer une mission où l'action militaire s'imbrique dans l'action humanitaire, et les deux sont appuyées par d'intenses efforts diplomatiques.

C'est ainsi que le Canada enverra quelque 200 militaires pour former et conseiller les forces kurdes du nord de l'Irak.

Cependant, une fois que les territoires sont reconquis des mains du groupe État islamique, il faut que les autorités locales puissent les conserver, puis que les habitants puissent y refaire leur vie. Pour ce faire, il faut une aide au développement et déployer d'importants efforts diplomatiques pour espérer améliorer la gouvernance de l'Irak et aider à mettre fin à ses déchirements sectaires.

Et surtout, pendant que la guerre se prolonge, il faut s'assurer que les États voisins, le Liban et la Jordanie, ne soient pas déstabilisés par cette guerre, son extrémisme violent et son flot incessant de victimes.

Le gros prix

Il est donc là, le gros prix : 1,6 milliard de dollars sur trois ans, au moins deux ans d'intervention militaire pour les 200 membres des Forces canadiennes qui veilleront à l'entraînement des forces kurdes et irakiennes et aux 600 autres en appui à la mission et aux sorties des avions de ravitaillement et de surveillance.

Le gros prix, c'est aussi l'ampleur du danger. Le chef d'état-major des Forces canadiennes le reconnaît : « Des morts et blessés sont possibles », dit-il.

Car les militaires canadiens travailleront dans un environnement très dangereux, aux côtés principalement des peshmerga. Ils intensifieront aussi leurs efforts afin d'identifier les cibles pour les frappes aériennes, explique le général Jonathan Vance.

Contribution significative des CF-18?

Alors la question se pose : si le Canada intensifie ses efforts pour assurer des frappes aériennes plus efficaces, s'il aide à ravitailler les avions de chasse de la coalition qui effectuent ces bombardements, pourquoi avoir retiré nos propres avions de l'effort?

La question est d'autant plus pertinente que le livre de breffage remis au ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion, obtenu en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, souligne plutôt l'efficacité des CF-18. On peut même y lire que le Canada est au « premier rang » des efforts de la coalition et que les frappes aériennes ont permis d'accomplir des « progrès importants ».

Pourquoi donc abandonner cette contribution qui sert les intérêts du Canada? Est-ce que le Canada ne pouvait pas élargir la mission tout en maintenant les avions de chasse?

Un choix financier ou politique?

Le premier ministre n'a pas expliqué les raisons derrière ce choix, pas plus qu'il n'avait été capable de le faire lorsqu'il a lancé l'idée de retirer les CF-18 canadiens de la coalition en mars dernier.

Son chef d'état-major a tenté d'être un peu plus précis en affirmant qu'il s'agit du « bon moment dans la mission » pour redéployer les ressources canadiennes auprès des forces de sécurité locales.

Finalement, au-delà des qualités de cette vaste approche militaire, humanitaire, diplomatique dans la région, au-delà de la réception positive des Américains, Justin Trudeau et ses ministres n'arrivent pas à dissiper l'impression que le retrait des CF-18 relève avant tout d'un choix politique, celui de se différencier de Stephen Harper en mars dernier et d'en faire une promesse électorale.

Tout le reste découle de là.

Mission de combat ou pas, défaire l'EI ne suffit plus, il faut stabiliser toute la région. Cela prendra plus de temps, cela coûtera plus cher, et ce sera plus dangereux.

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