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Montréal-Nord : pas de murale en mémoire de Fredy Villanueva

L'arrondissement de Montréal-Nord abandonne un projet de murale pour honorer la mémoire de Fredy Villanueva, un jeune homme de 18 ans tué lors d'une intervention policière le 9 août 2008.

Le projet était dans les cartons depuis 2015, mais les élus ont plutôt décidé de rénover le parc Henri-Bourassa, où le jeune Villanueva est mort, et d’y créer une place de l'Espoir.

Cette décision choque l’artiste Ricardo Lamour, membre du collectif de soutien à la famille Villanueva.

« On tente d’effacer la mémoire de Fredy Villanueva, d’effacer la charge de ce souvenir, d’occulter le fait que la mort du jeune Villanueva a généré des retombées multiples et significatives sur la société québécoise, dont les effets se font encore sentir aujourd’hui », dit-il, en énumérant le rapport du coroner André Perreault, la création du Bureau des enquêtes indépendantes, les consultations publiques sur le profilage racial, etc.

La mairesse de l’arrondissement, Christine Black, est bien consciente du fait que ce choix ne fait pas l’unanimité.

« C’est un dossier qui est très polarisant, très sensible ici à Montréal-Nord. On a des échanges de part et d’autre et on sent bien que d’aller de l’avant créerait plus de désaccord que d'accord. Nous, on souhaitait faire un projet qui allait être le plus rassembleur, mobilisant », dit-elle.

La place de l’Espoir abritera une « capsule temporelle », c’est-à-dire une boîte dans laquelle les citoyens pourront placer des œuvres, des messages, des témoignages, entre la mi-juillet et la mi-septembre.

Le contenu de cette capsule sera dévoilé en 2065 pour le 150e anniversaire de Montréal-Nord.

« Oui, on va se souvenir et je pense que les citoyens ont l’obligation de se souvenir […] dans les mots qui vont être dans ces boîtes de souvenirs », dit Brunilda Reyes, directrice générale des Fourchettes de l’espoir, un organisme qui fournit des repas nutritifs et abordables aux gens du quartier. « Peut-être que ce n’est pas ce que tout le monde voulait, mais je pense qu’une solution collective, ça doit passer par l’espoir, l’engagement et l’acceptation », ajoute-t-elle.

Mais pour Will Prosper, documentariste et fondateur du mouvement citoyen Montréal-Nord Républik, ça ne passe pas.

« On se ramasse à avoir un espace d’espoir et on veut enfermer la parole des gens pendant 47 ans. Ce n’est pas rien! C’est un bâillon qu’on est en train de faire à cette communauté. […] C’est une place du désespoir qui a été créée », lance-t-il.

Près de dix ans après sa mort, l’histoire de Fredy Villanueva ne laisse toujours personne indifférent. La place de l’Espoir – ou du désespoir – en est une nouvelle illustration.

D’après un reportage de Marie-Laure Josselin

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