Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair accueille à bras ouverts l'appui stratégique que lui offrent de grandes centrales syndicales comme la FTQ et la CSN dans les circonscriptions où son parti est considéré comme le plus susceptible de défaire un candidat conservateur.

Interrogé à ce sujet lors d'une visite dans une usine de Mascouche destinée à mettre en relief son plan d'aide aux PME du secteur manufacturier, M. Mulcair a souligné le « travail acharné » accompli par les syndicats depuis un siècle pour réduire les inégalités.

« C'est ça qui va nous permettre d'aller au-delà de notre base traditionnelle, de rassembler les progressistes au Québec, de travailler avec les progressistes de partout au Canada et, le 19 octobre, pour la première fois, de former un gouvernement social NPD », a-t-il poursuivi.

Évoquant le modèle social de l'Allemagne, où le dialogue syndical-patronal est souvent érigé en exemple de partenariat constructif, M. Mulcair a en outre affirmé qu'il compte travailler en collaboration avec les provinces en matière de formation de la main-d'œuvre s'il est élu.

« C'est ça la clé de la réussite. C'est pour ça qu'il faut travailler avec les provinces et les territoires, qui sont responsables de la formation. [...] Moi, je vais travailler avec le Conseil de la fédération », a-t-il lancé.

Le chef néo-démocrate a aussi lancé une autre pointe au chef conservateur Stephen Harper, en faisant référence à une annonce que ce dernier a faite dans une entreprise de Laval, la semaine dernière.

Le premier ministre sortant avait alors profité de l'occasion pour accuser M. Mulcair de planifier « ses "gros" programmes avec les "boss" des syndicats » parce qu'il veut « gonfler la taille de l'État ».

« J'ai noté avec intérêt que M. Harper a attaqué le mouvement syndical dans une usine qui avait été largement financée par le Fonds de solidarité de la FTQ », dont M. Harper est en train de réduire le budget, a commenté le chef du NPD, faisant allusion à l'élimination graduelle du crédit d'impôt pour les actionnaires des fonds de travailleurs décrétée par les conservateurs.

« Donc, Harper parle des deux côtés de la bouche en même temps. D'un côté, il attaque les syndicats avec des lois comme on n'en a jamais vu dans l'histoire du Canada, et de l'autre, il se présente dans usine où le Fonds de solidarité a permis justement la création d'emplois. »

Un appui stratégique de la FTQ et de la CSN

Plus tôt dans la journée, le secrétaire général de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Serge Cadieux, a précisé que sa centrale syndicale n'appuiera des candidats du NPD que lorsque cela servira ses intérêts. Il s'agit d'une « manœuvre stratégique », dit-il, et non pas d'un appui tous azimuts au parti.

« La position de la FTQ, c'est de n'appuyer aucun parti politique en particulier, contrairement aux élections précédentes », a-t-il expliqué en entrevue à ICI RDI.

« Cette année, la position de la FTQ, c'est de défaire les conservateurs, donc d'appuyer le candidat, dans une dizaine de circonscriptions très précises, qui a le plus de chances de battre les conservateurs », a-t-il expliqué.

Il avait précédemment expliqué sur les ondes d'une station de radio privée de Montréal que cela était particulièrement vrai dans les régions de Québec et Chaudières-Appalaches et du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

« À ma connaissance, il y a 2 syndicats sur 37 de la FTQ qui donnent leur appui au NPD et le reste des syndicats travaillent dans le même sens que la position qui a été adoptée par le Conseil général de la FTQ en mai 2014, c'est-à-dire le vote stratégique », a ajouté M. Cadieux.

Selon Serge Cadieux, l'approche du NPD s'explique par « le bilan désastreux » du gouvernement Harper.

« Ce gouvernement a démantelé complètement l'assurance-emploi, refuse d'augmenter les régimes de retraite publics, même si plus des deux tiers des provinces canadiennes demandent d'augmenter les régimes de retraite publics. Ce gouvernement a abandonné l'aide à l'ACDI [Agence canadienne de développement international], l'aide aux groupes les plus démunis de la société », énumère-t-il.

La Confédération des syndicats nationaux (CSN) adopte une approche similaire. Lors des élections de 2008 et 2011, rappelle son secrétaire général, Jean Lortie, la centrale avait déjà invité ses membres à bloquer la réélection de candidats conservateurs. Selon ses statuts, la CSN ne peut appuyer clairement un parti.

« Cette année, on a ciblé un certain nombre de circonscriptions stratégiques [...] où on pense qu'on peut avoir une influence », indique-t-il, en citant par exemple les circonscriptions des ministres Tony Clement et Steven Blaney.

La CSN dit être motivée par le fait que les conservateurs « battent en brèche tous les doits des travailleurs syndiqués », et que leurs années au pouvoir se sont soldées par une « régression sociale et politique », l'isolement du pays sur la scène internationale et une « catastrophe » sur le plan environnemental. 

Duceppe relativise

À Québec, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a accueilli la nouvelle avec un haussement d'épaules. « Il n'y a d'appui à aucun parti », a-t-il commenté lors d'un point de presse à Québec. « C'est une position qu'on connaissait depuis un an déjà. Il n'y a pas de changement avec cette position. »

« C'est bien sûr qu'on souhaiterait toujours avoir des appuis », a ensuite concédé le leader souverainiste, avant de relativiser. « En 2004, c'était la même position, et on a eu 54 députés cette année. »

« Le problème, c'est que ce n'est pas ici que les conservateurs de Harper gagnent, c'est dans le reste du Canada » , a ajouté M. Duceppe. « Moi je dis aux syndicats : "faites votre job ailleurs si vous voulez battre Harper." »

M. Duceppe a affirmé que la décision de la FTQ avait été prise il y a un an, et qu'elle ne pouvait donc pas s'expliquer par une volonté de s'opposer au chef péquiste Pierre Karl Péladeau, qui a eu de nombreux démêlés avec les syndicats en tant qu'actionnaire de contrôle, président et chef de la direction de Québecor.

Il a par ailleurs défendu l'appel de M. Péladeau à voter pour le Bloc québécois le 19 octobre, tout en lançant une flèche à Thomas Mulcair.

« C'est un peu normal », a-t-il dit. « Prenez M. Mulcair : il a voté pour M. Couillard au Québec. Il a demandé à tous ses députés qui avaient des cartes d'autres partis, dont Québec solidaire, de remettre leurs cartes. Il leur a demandé de ne pas voter pour des partis souverainistes. Je comprends. Il est contre l'austérité de M. Harper, mais pour l'austérité de M. Couillard. »

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