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Négociations en santé: Barrette menace de claquer la porte

Le ministre de la Santé du Québec menacé de quitter la rencontre des ministres fédéraux et provinciaux des Finances et de la Santé sur les transferts fédéraux si Ottawa ne modifie pas l'offre « irresponsable » présentée vendredi. Les provinces semblent liguées contre la proposition du ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, qu'elles considèrent comme un ultimatum.

« La proposition de Bill Morneau est une réduction du financement en santé qui entraînera une diminution de l’accès aux soins sur une période de dix ans, à un moment où les besoins d’accès en maintien à domicile et en santé mentale sont croissants », a tonné Gaétan Barrette à son arrivée au Château Laurier à Ottawa où se déroulent les négociations.

Il n'y a aucun doute que le Québec, si la proposition reste telle quelle, va quitter la table. Aucun doute.

Gaétan Barrette

En vertu de la dernière entente fédérale-provinciale, les transferts fédéraux en santé ont augmenté de 6 % au cours des dernières années, mais ils doivent être limités à 3 % dès l’an prochain, au grand dam des provinces, qui doivent offrir les services à leurs citoyens, à l'heure où le vieillissement de la population se fait sentir.

Selon des déclarations faites dimanche soir par le ministre Barrette et le ministre britanno-colombien des Finances, Michael de Jong, M. Morneau aurait proposé des augmentations fermes de 3,5 % par année, assorties d'investissements dédiés de 8 milliards de dollars sur 10 ans pour les soins de santé à domicile et la santé mentale, en plus de 1 milliard sur quatre ans dans les infrastructures reliées aux soins de santé à domicile.

Le ministre fédéral est demeuré circonspect à son arrivée à la rencontre. Il a dit s'attendre à une « bonne discussion », vantant « l'offre fédérale très significative pour améliorer les soins en santé mentale et les soins à domicile ».

Lorsque les journalistes lui ont demandé s'il pensait pouvoir parvenir à une entente, il s'est contenté de répondre : « on verra, je vais parler avec mes homologues ».

S'exprimant en milieu d'avant-midi, la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott a défendu l'offre « transformatrice » présentée par Ottawa. « Ce qui est le plus important, ce ne sont pas les pourcentages. Ce qui est important, ce sont les gens », a-t-elle fait valoir.

Québec outré sur le fond et la forme

En entrevue au Réseau de l’information, un peu plus tôt, le ministre Barrette avait durement critiqué la proposition, qu’il avait déjà qualifiée d'« indécente » et d'« irresponsable » dans des messages envoyés dimanche sur son compte Twitter.

« Vendredi dernier, [le ministre Morneau] nous envoie une proposition à la dernière minute, sans avoir négocié pendant un an de temps, et il nous dit : ''c’est un ultimatum, c’est à prendre ou à laisser'' » a-t-il. Or selon lui, la proposition fédérale « va diminuer la part du financement du fédéral de 23 % au Canada à moins de 20 % sur 10 ans. »

M. Barrette propose plutôt de maintenir la hausse des transferts en santé à 6 % pour l’année 2017, et d’entreprendre des négociations pour parvenir, dès l’an prochain, à une entente pour les années subséquentes. À défaut d'une entente bonifiée, dit-il, les provinces ne pourront pas développer les services espérés pour le maintien à domicile et la santé mentale. « On ne peut juste pas le faire », a-t-il déclaré.

On a pris une année pour négocier les changements climatiques et on prend une journée pour la santé, c’est ridicule! En plus, on a un ultimatum.

Gaétan Barrette

Le ministre québécois des Finances, Carlos Leitao, a livré exactement le même message en arrivant au Château Laurier. Selon lui, l’objectif ultime est de convaincre le gouvernement fédéral de hausser sa contribution à 25 % des coûts des soins de santé. La proposition actuelle fait plutôt en sorte « qu'on va s’éloigner du 25 % » souhaité, dit-il.

« L’offre fédérale n’est pas particulièrement généreuse, même avec les fonds additionnels » pour les soins à domicile et les soins en santé mentale, a souligné le ministre Leitao. En outre, « les fonds spéciaux, on ne sait jamais quand ils vont prendre fin », a-t-il ajouté, en soulignant que les transferts en santé offrent une base de financement « beaucoup plus solide ».

M. Leitao soutient que les négociations s’annoncent « très difficiles », et se montre peu optimiste qu’une entente puisse être conclue aujourd’hui. « Je ne suis pas plus optimiste que je l’étais hier », a-t-il laissé tomber.

Tout le monde est mécontent du processus et, clairement, l’offre qui est sur la table ne nous plaît pas du tout.

Carlos Leitao

Un pessimisme répandu

Le Québec n'est pas la seule province à protester contre l'approche fédérale. Le ministre britanno-colombien Michael de Jong doute lui aussi de la possibilité de parvenir à une entente satisfaisante dès aujourd'hui. « Je suis très pessimiste », a-t-il dit à son arrivée au Château Laurier. « Nous allons voir à quel point cette approche de collaboration du gouvernement fédéral est réelle. »

M. de Jong avait également fait part de son désaccord en se présentant à un souper de travail avec le ministre Morneau dimanche soir. « Le gouvernement fédéral dit : "voici l’accord, take it or leave it." Ce n’est pas agréable, ce n’est pas acceptable. »

Le ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick, Victor Boudreau, ne dit pas autre chose. « Les discussions sont mal parties dimanche soir. Il ne semble pas y avoir beaucoup de volonté du fédéral de vouloir bouger sur sa position », a-t-il déclaré en entrevue à l’émission Le Réveil Nouveau-Brunswick. « Ça va être une longue journée j'ai l'impression. »

Il y a eu une époque où le fédéral payait 50 % de la facture. Présentement au Nouveau-Brunswick, le fédéral paie environ 19 % de la facture. Alors il y a quand même un gros écart.

Victor Boudreau

Selon lui, les premiers ministres des 10 provinces et des trois territoires présentent un front uni sur la question. « On demande 5,2 %. C’est ce qui est nécessaire pour maintenir notre système », a-t-il indiqué. Un chiffre repris lundi matin au Château Laurier par le ministre de la Santé de la Nouvelle-Écosse, Leo Glavine.

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