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Nouvelle-Écosse : un budget équilibré, et des surplus dépendants du cannabis

Le gouvernement libéral de la Nouvelle-Écosse a présenté mardi un troisième budget équilibré consécutif, marqué par des investissements en santé et s'appuyant fortement sur les revenus anticipés de la légalisation prochaine du cannabis afin de dégager des surplus.

La province prévoit un surplus de 29,4 millions $ pour l'exercice financier 2018-2019. De cette somme, environ les deux tiers, ou 20,8 millions $, seraient subordonné à la légalisation du cannabis, selon le gouvernement.

« Il y a toujours beaucoup d’inconnus » au sujet du cannabis, a reconnu la ministre néo-écossaise des Finances, Karen Casey.

Le budget présenté par la ministre Casey, le second depuis la réélection du gouvernement libéral de Stephen McNeil, prévoit des dépenses de 10,78 milliards $ et des revenus de 10,81 milliards $ au cours de l'exercice financier à venir. Les revenus de la province devraient augmenter de 236 millions $.

La pénurie de médecins au coeur des préoccupations

Le gouvernement provincial poursuit ses efforts pour alléger les effets de la pénurie de médecins qui touche la Nouvelle-Écosse. Le premier ministre McNeil annonçait lundi, à la veille de la lecture du budget, un investissement de 19,6 millions $ additionnels dans le cadre du plan pour recruter de nouveaux médecins de famille et retenir dans la province ceux qui y pratiquent. En plus d’une hausse de leur rémunération, les médecins se voient offrir certaines primes.

Selon le budget, le programme d'équipes collaboratives dans le milieu médical recevra 8 millions $ supplémentaires. Il y a présentement 57 équipes du genre en Nouvelle-Écosse, et le gouvernement espère que la province en comptera 70 à la fin du présent mandat des libéraux.

Le gouvernement propose maintenant d'alléger la dette d'études des nouveaux médecins jusqu'à hauteur de 120 000 $ si les finissants s'engagent à établir leur pratique en région rurale.

Une somme de 5 millions $ sera injectée pour répondre au défi des services ambulanciers présentement débordés en Nouvelle-Écosse.

Le gouvernement s’engage à ce que 350 chirurgies supplémentaires de la hanche et du genou soient pratiquées dans la prochaine année, pour un objectif de 4200 au total. Les listes d’attentes sont longues pour ce type d’intervention : dix-huit mois pour un remplacement de la hanche, et parfois plus de deux ans pour une opération au genou.

Santé mentale et crise des opioïdes

La part du budget consacré à la santé mentale passe à 287 millions $ annuellement avec des investissements supplémentaires de 2,9 millions $. De ce montant, près d'un demi-million sera consacré à l'implémentation d'outils en ligne pour répondre aux problèmes de santé mentale chez les étudiants de niveau postsecondaire.

« On a besoin de plus que ça », regrette Chris d’Entremont, le député progressiste-conservateur d’Argyle-Barrington. « À tous les jours, on entend que quelqu’un peut pas avoir des services en santé mentale. »

Les progressistes-conservateurs ont fait de la santé mentale l’un de leurs chefs de bataille ces dernières années. « On aurait aimé voir plus que ça, 5 millions, 10 millions, pour vraiment aider les personnes qui [en] ont besoin », dit M. d’Entremont, qui souligne le manque de personnel « pour offrir les services de base », à plus forte raison lorsque les spécialistes en santé mentale sont débordés dans certaines régions.

Par ailleurs, le gouvernement a annoncé un ajout de 3 millions $ à son plan d'action pour répondre à la crise des opioïdes. Ce plan possède un budget de 5,7 millions $ sur deux ans.

Petite enfance et éducation

Le budget provincial fait état d’un investissement, annoncé plus tôt ce mois-ci, de 17,6 millions $ pour 130 nouvelles classes de prématernelle dans les écoles de la Nouvelle-Écosse. De ce nombre, une trentaine de classes accueilleront des élèves francophones, dans toutes les écoles du Conseil scolaire acadien provincial (CSAP).

Le gouvernement souhaite ajouter 1000 places de plus dans les services de garde réglementés et rendre 1600 enfants de plus éligibles à des subventions. La part du budget prévu à cette fin est de 15,5 millions $.

Aidan McNally, la présidente de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiantes en Nouvelle-Écosse, déplore en revanche l’absence d’investissements dans l’enseignement postsecondaire, alors que la province a des frais de scolarité parmi les plus élevés au Canada. Selon Mme McNally, les timides investissements présents dans le budget provincial de l’année dernière ne pallient pas aux compressions budgétaires des années précédentes.

Selon Statistique Canada, les frais de scolarité en Nouvelle-Écosse ont augmenté de 5,6 % en 2016-2017, une hausse deux fois plus élevée que la moyenne canadienne.

Hébergement des personnes handicapées

Le gouvernement libéral promet au ministère des Services communautaires une somme additionnelle de 16,2 millions $ pour diriger des personnes handicapées présentement en institution vers des foyers de soins dans la communauté. La somme de 2,1 millions $ servira à créer 8 nouveaux foyers.

La Commission des droits de la personne examine ces jours-ci à Halifax si la Nouvelle-Écosse fait preuve de discrimination en gardant des patients handicapés dans des institutions comme des hôpitaux, plutôt que de leur permettre de vivre dans des foyers de soins établis dans la communauté. Certains d'entre eux attendent depuis des années d'être sortis des institutions.

Le gouvernement prévoit aussi 12,4 millions $ pour améliorer le logement social.

Lisa Roberts, la députée néo-démocrate d’Halifax Needham, n’est pas impressionnée par cette annonce, qu’elle estime insuffisante.

« Ce n’est même pas un investissement, ils donnent de l’argent aux propriétaires » avec le supplément au loyer, dit-elle. Le gouvernement débute cette année un plan de trois ans qui visent à injecter 9 millions $ additionnels pour le supplément au loyer.

Pour Mme Roberts, cette proposition n’augmente pas l’offre de logement social. « Le gouvernement n’a pas un déficit », illustre la députée, « nos communautés ont un déficit ».

La Fédération acadienne attend de voir la suite

La Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse se réjouit de l’investissement annoncé de 120 millions $ pour l’internet à haute vitesse dans les régions rurales.

« À première vue, ce budget provincial est positif puisqu’il est équilibré. Par contre, le financement d’un bon nombre d’initiatives dépendent d’annonces à venir et par conséquent ne se retrouvent pas dans le budget », a indiqué Marie-Claude Rioux, directrice générale de la Fédération acadienne. « Les prochaines mois nous permettront donc de mieux mesurer l’impact de ce budget ».

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