Un discours devant le Club économique, l'embauche de spécialistes des relations publiques, plusieurs dizaines de rencontres avec des élus et des hauts fonctionnaires depuis janvier : Airbnb mène à Toronto une « campagne de lobbying très énergique ».

Texte de Michel Bolduc; infographies de Vincent Wallon

C’est la façon dont le politologue Myer Siemiatycki de l’Université Ryerson décrit l'actuelle campagne de charme du géant américain, en prévision du dévoilement en juin d'une proposition de nouvelle réglementation sur les locations de courte durée.

En décembre dernier, le conseil municipal a voté en principe en faveur d’une taxe de 4 % pour les hôtels et d’une surcharge pouvant atteindre 10 % pour Airbnb.

Aucune autre ville du monde a un taux de taxation différent entre les hôtels et le partage du domicile.

Alexandra Dagg, porte-parole d'Airbnb

En revanche, Airbnb est prête à « payer sa part » et à collecter auprès de ses utilisateurs une taxe de séjour pour Toronto, comme c’est déjà le cas dans des dizaines de villes aux États-Unis et en Europe.

David contre Goliath?

Airbnb fait valoir que la « vaste majorité » de ses hôtes sont « des gens ordinaires qui ne font que partager leur maison trois ou quatre fois par mois pour gagner un modeste revenu supplémentaire ».

« On voudrait voir [une réglementation] qui ne place pas nos hôtes injustement en concurrence contre de gros hôtels corporatifs », ajoute la porte-parole Alexandra Dagg.

Terry Mundell de l’Association des hôteliers de la région de Toronto et Tony Elenis de l’Association des restaurants, hôtels et motels de l’Ontario réfutent ce portrait d'une lutte à la David contre Goliath. Ils accusent plutôt des dizaines d’hôtes d’Airbnb d’exploiter des « hôtels illégaux ».

Selon M. Elenis, près du quart des logements à louer sur Airbnb au centre-ville appartiennent à des propriétaires qui ont trois annonces ou plus sur le site web.

[Ces hôtes] ne paient pas d’impôts commerciaux, pas de TVH.

Tony Elenis, président de l'Association des restaurants, hôtels et motels de l'Ontario

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Problèmes

Toronto estimait en 2015 qu’il y avait 9460 logements à louer dans la ville sur Airbnb. Le nombre d’annonces est maintenant de plus de 15 000, selon la compagnie.

Airbnb fait valoir que ses utilisateurs ont dépensé 417 millions de dollars à Toronto en 2016. Le politologue Myer Siemiatycki de l’Université Ryerson affirme, toutefois, qu’il y a aussi des « aspects négatifs » à la compagnie, incluant :

  • Moins de logements disponibles pour les résidents, ce qui peut aussi faire grimper les loyers.
  • Problèmes liés au bruit et aux fêtards.
  • Concurrence aux hôtels qui offrent des emplois stables et qui sont importants pour l’industrie des congrès.

Le professeur de géographie Steven Tufts de l’Université York et membre de la coalition Fairbnb croit, tout comme les hôteliers, que Toronto devrait bannir les hôtes d’Airbnb aux annonces multiples, en plus de taxer davantage ses utilisateurs.

« Le taux de taxation devrait être plus élevé pour les locations de courte durée [que pour les hôtels], dit-il, parce qu’actuellement, [ces hôtes] ne paient rien. »

Le maire reste vague

Le maire John Tory soutient la proposition de taxe hôtelière, soulignant que « Toronto est l’une des seules grandes villes du monde » à ne pas en avoir une.

Toutefois, il attend de voir les recommandations des fonctionnaires en juin avant de prendre position sur une future réglementation d’Airbnb.

Le maire croit que les règles du jeu devraient être équitables entre les hôtels et les fournisseurs de location de courte durée.

Don Peat, porte-parole du maire Tory

M. Peat ajoute ceci au nom du maire : « Une taxe sur l’hébergement est une façon juste et raisonnable d’indemniser la Ville pour l’utilisation des infrastructures municipales par les visiteurs. »

Selon le politologue Siemiatycki, il serait « dangereux » politiquement pour le maire « d'apparaître trop généreux » à l'endroit d'Airbnb, compte tenu de l'impact de la compagnie sur le secteur hôtelier et les locataires, notamment.

De son côté, le conseiller municipal Joe Cressy pense qu’une taxe n’est qu’un « morceau » du nouveau cadre réglementaire que Toronto devrait mettre en place, sans vouloir en dire plus lui non plus avant le rapport en juin.

Veto provincial?

Toronto doit obtenir l’autorisation du gouvernement provincial pour imposer toute surcharge sur les chambres d’hôtel et les locations d’Airbnb.

L’Association des hôteliers de la région de Toronto presse les libéraux de rejeter une taxe hôtelière, affirmant que les marges de profit de ses membres sont déjà très minces. La preuve dit l’Association, il y avait moins de chambres d’hôtel à Toronto en 2015 qu’en 2000, les nouveaux hôtels étant construits en banlieue.

Le gouvernement, lui, se contente de dire qu’il « étudiera attentivement » toute requête de Toronto, si ses élus vont de l’avant avec la proposition d’une taxe de séjour.

Tout plan de la Ville ainsi que tout changement législatif ou réglementaire nécessaire devront refléter les résultats de discussions avec les groupes touchés pour qu’on réponde aux besoins financiers de la Ville avec l’appui d’un secteur hôtelier énergique et concurrentiel.

Jeff Costen, porte-parole du ministère du Tourisme

Le politologue Siemiatycki ne pense pas, toutefois, que la première ministre Kathleen Wynne dira non à une taxe de séjour, comme elle l'avait fait pour le péage sur les autoroutes DVP et Gardiner. Dans ce cas-ci, dit-il, la plupart de ceux qui paieraient la note sont des visiteurs de l'extérieur, pas des électeurs dont Mme Wynne a besoin pour gagner ses élections en 2018.

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