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« On n'ouvre pas la Constitution », répond Trudeau à Couillard

« Le Canada ne se résume pas à la personne du premier ministre du Canada », a déclaré Philippe Couillard, interpellé par Jean-François Lisée sur le refus catégorique de Justin Trudeau de rouvrir la Constitution, quelques heures à peine après que l'intention de Québec de relancer le débat constitutionnel eut été rendue publique.

À son arrivée au parlement à Ottawa ce matin, le premier ministre Justin Trudeau a en effet été sans appel : « Vous connaissez mon opinion sur la Constitution, on n'ouvre pas la Constitution ».

« Le premier ministre du Canada, d’une façon inélégante, en chemise, en marchant, en répondant à une question sans s’arrêter, a dit au premier ministre de la nation québécoise : "Il n’en est pas question" », a insisté le chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale. « J’aimerais entendre le premier ministre sur ce mur de refus de dialogue. Cette absence de reconnaissance que quelque chose doit être réparé ».

Le premier ministre Couillard ne s'est pas laissé démonter par la réaction de son homologue fédéral, rétorquant plutôt qu’il fallait laisser aux gens le temps de lire document énonçant la position de son gouvernement qui a nécessité deux ans de travail.

« Je pense qu’il mérite le respect d’une lecture par tous et toutes approfondie et respectueuse », a ajouté M. Couillard.

Toujours en Chambre, le premier ministre Couillard a précisé que son gouvernement voulait amorcer une « démarche de reprise du dialogue entre les peuples qui ont formé ce pays » et non une « démarche constitutionnelle », une étape qui demeure néanmoins « la destination ultime ».

M. Couillard a profité de la tribune offerte par la période des questions pour donner un avant-goût du document, intitulé Québécois, c'est notre façon d'être Canadiens.

« Notre allégeance fondamentale, c’est d’être Québécois et Québécoises, a-t-il expliqué. C’est la conscience de cette allégeance au Québec qui me permet d’y ajouter l’appartenance canadienne. C’est d’ailleurs le choix d’une majorité de Québécois et de Québécoises qui nous permet de dire haut et fort qu’être Québécois, c’est notre façon d’être Canadien ».

M. Couillard a souligné que la nation québécoise avait existé bien avant la fondation du Canada en 1867. « Notre nation est démocratique et libre de ses choix, qu’elle a déjà exercés à quelques reprises, elle est à majorité francophone, bien sûr, c’est son caractère principal, mais elle donne toute la place aux Québécois et Québécoises de langue anglaise dans le plus grand respect de leurs droits, leur contribution historique, leurs institutions ».

M. Couillard a précisé que les Premières Nations auraient dû être inscrites dans la Constitution à titre de peuple fondateur du Canada, tout comme le sont les peuples de langue anglaise et française.

« Un constat de l’échec canadien à reconnaître la nation québécoise », selon Lisée

« Philippe Couillard reconnaît aujourd'hui que les Québécois se sentent exilés au sein de leur propre pays », avait plus tôt déclaré le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, en commentant la décision du premier ministre de relancer le débat constitutionnel canadien pour faire reconnaître le Québec comme société distincte.

M. Lisée a félicité Philippe Couillard de reconnaître que l’absence du Québec dans la Constitution canadienne « constituait un réel problème » qui avait un impact négatif sur la province, notamment sur le plan économique.

« On ne l’avait jamais entendu reconnaître que ça avait un impact massif dans la vie québécoise de ne pas être reconnu », a ajouté M. Lisée au cours d’une conférence de presse à Québec.

Le chef du PQ croit que l’accumulation d’échecs du gouvernement Couillard « dans sa tentative de dialogue avec le gouvernement fédéral et les autres provinces » a conduit le premier ministre vers cette prise de conscience.

M. Lisée a rappelé l’échec du gouvernement québécois dans les dossiers des transferts fédéraux en santé, de l’obtention pour Montréal du siège social de la banque d’infrastructure, de même que son échec à convaincre le gouvernement fédéral d’investir massivement dans Bombardier et à faire nommer rapidement 14 juges à la Cour supérieure pour enrayer les impacts négatifs de l'arrêt Jordan.

« Ces échecs répétés de M. Couillard au sein de la fédération l’ont peut-être conduit à constater qu’il y avait un problème de fond, un problème structurel, a-t-il ajouté. La non-reconnaissance de la nation [québécoise] dans la Constitution canadienne lui enlève du pouvoir. »

Le chef du PQ attend maintenant de connaître les solutions que proposera M. Couillard. « On a hâte de l’entendre sur son calendrier, ses propositions », a-t-il dit.

Un écran de fumée, d'après Québec solidaire

Le député de Québec solidaire (QS), Amir Khadir, estime pour sa part que le premier ministre Couillard tente de faire diversion en lançant son projet de discussion sur la Constitution canadienne.

« Personne ne peut reprocher à M. Couillard de vouloir aller vers quelque chose qui, de son point de vue, est positif, parce qu’on ne vous cachera pas qu’il est un peu dans le pétrin après toutes ces révélations qui s’accumulent semaine après semaine », a déclaré M. Khadir en entrevue à la radio de Radio-Canada.

Le député solidaire estime toutefois que si le premier ministre souhaite parler de Constitution canadienne, il doit également parler d’indépendance et d’une éventuelle constitution du Québec. « Quand on parle de constitution, il faut, à notre avis, que tous les éléments soient sur la table », avance M. Khadir. « Il y a une option importante qui est devant le peuple québécois depuis 50 ans, c’est son indépendance, et les Québécois ont le droit d’envisager cette possibilité également ».

« Il est donc difficile de compter sur M. Couillard », estime M. Khadir en précisant que ce dernier provient d’une culture élitiste, ce qui se reflétera sur son projet de constitution. « Chez les libéraux, on pense ces questions-là toujours par le haut, institutionnel », déplore M. Khadir.

Ce dernier estime que le peuple québécois est pourtant suffisamment instruit et informé pour participer à la rédaction de sa propre constitution.

« Ça fait 35 ans qu’on se demande ce qu’il faut faire », avance M. Khadir. « Remettons le destin du peuple entre les mains du peuple. Une [assemblée] constituante. Ça se fait à l’époque moderne. Ça s’est fait tout récemment en Europe. Ça s’est fait en Islande. Il est temps que ce soient les gens qui décident de la constitution, de l’avenir politique du Québec. »

M. Khadir croit que la population sera emballée de participer à la redéfinition des pouvoirs au sein de la société afin de changer les rapports avec les banques, les pétrolières, les autres nations, de même que pour se développer des politiques en matière de justice sociale et d’environnement.

« Québécois, c'est notre façon d'être Canadiens »

Après l’avoir évoqué il y a quatre ans, soit en 2013, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, tente de relancer les négociations constitutionnelles entre le Québec et le Canada.

Dans un document intitulé Québécois, c'est notre façon d'être Canadiens qui constitue sa politique d’affirmation du Québec, Philippe Couillard vise la reconnaissance de la nation québécoise au sein de la fédération et celle de son statut distinct en vue d’une éventuelle adhésion à la Loi constitutionnelle de 1982. Une loi que le Québec, alors dirigé par René-Lévesque, avait refusé de signer.

Philippe Couillard entend profiter de la prochaine année pour faire valoir ses idées auprès des autres gouvernements provinciaux afin de créer les conditions favorables à la reprise d'éventuelles négociations constitutionnelles.

Philippe Couillard promet cependant de ne pas faire de compromis sur les revendications historiques du Québec.

Dans son document, il fait siennes les cinq conditions préalables fixées par le gouvernement de Robert Bourassa en 1986 pour une intégration du Québec à la loi constitutionnelle canadienne.

  • Reconnaissance du Québec comme société distincte;
  • Limites au pouvoir fédéral de dépenser;
  • Garantie d'une représentation québécoise à la Cour suprême;
  • Droit de veto sur les modifications constitutionnelles;
  • Pouvoirs accrus en matière d'immigration.

Une oeuvre politique, qui, une fois complétée, peut-on lire, ferait en sorte « que les Québécois ne se sentiraient plus exilés au sein de leur propre pays ».

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