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Ottawa consulte la population pour élaborer sa nouvelle stratégie militaire

En ordonnant l'arrêt des bombardements canadiens en Syrie, le gouvernement Trudeau a envoyé le signal d'une réorientation de ses missions militaires. Le Canada veut en effet élaborer une nouvelle stratégie de Défense d'ici la fin de l'année, à laquelle la population est invitée à contribuer activement.

Un texte de Michel Marsolais

Les militaires n'ont pas l'habitude de prendre les conseils des civils pour élaborer leurs stratégies. C'est pourtant ce que fait le ministre Harjit Sajjan, désireux de revoir la politique canadienne en matière de Défense en consultant la population.

À l'École nationale d'administration publique, des dizaines d'experts sont venus discuter samedi des nouvelles façons de faire pour le pays en matière militaire. Le ministre de la Défense nationale refuse de dire pour l'instant s'il privilégie certaines orientations.

Stéphane Roussel, directeur du Centre interuniversitaire de recherche sur les relations internationales du Canada et du Québec (CIRRICQ), salue cette initiative. « On a un nouveau gouvernement qui amène un certain nombre d'idées différentes, qui tranchent avec le gouvernement précédent et qui est à la recherche de manière d'appliquer ses idées ou ses visions du monde ».

Les Forces canadiennes disposent d'un budget de 19 milliards de dollars et de 68 000 soldats. Les changements de stratégie pourraient avoir un impact marquant sur la structure de l'armée, les besoins en personnel et en matériel, par exemple sur l'achat des chasseurs F-35.

Pour le colonel à la retraite Remi Landry, les Forces armées sont encore mal intégrées et les ressources trop inégalement réparties.

« On n'a jamais complété l'unification des Forces armées canadiennes et je me dis qu'on a beaucoup à gagner en regardant la structure militaire. On a une Marine qui est dans une situation de désuétude fort inquiétante », estime l'ex-militaire qui enseigne maintenant à l'Université de Sherbrooke.

Le Canada dépend encore beaucoup de sa relation avec les États-Unis pour la Défense de son territoire. Cette relation est à réexaminer, selon plusieurs experts.

« Quand le Canada élabore sa politique de Défense, sa politique étrangère, le rôle des États-Unis, le poids des États-Unis est majeur; ça, c'est incontournable. Ceci étant dit, le Canada peut dire non aux États-Unis sans s'exposer à de graves sanctions », croit Thomas Juneau, professeur adjoint à l'Université d'Ottawa.

L'humanitaire et la francophonie au cœur de la future stratégie?

Les missions humanitaires pourraient tenir le haut du pavé à l'avenir, de même que la contribution du Canada aux opérations de paix francophones.

« Quel sera le rôle des Forces armées canadiennes dans le monde dans 5 ou 10 ans ? C'est maintenant qu'il faut le construire », estime pour sa part François Audet, directeur de l'Observatoire canadien sur les crises et l'aide humanitaire.

Les résultats de cette consultation devraient être connus début 2017. Mais certains reprochent déjà à l'exercice d'être beaucoup trop large pour influencer réellement la politique de Défense canadienne.

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