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Ottawa invité à investir 600 millions pour venir en aide aux Rohingyas

Le Canada devrait investir 600 millions de dollars sur quatre ans pour venir en aide aux Rohingyas du Myanmar et aux centaines de milliers d'autres qui ont trouvé refuge au Bangladesh au cours des derniers mois, estime l'envoyé spécial du Canada pour le Myanmar, Bob Rae.

Un texte de François Messier

Le Canada « devrait jouer un rôle de premier plan dans la réponse à la crise actuelle en intensifiant les efforts d’aide humanitaire et d’aide au développement au Bangladesh et au Myanmar », estime l’ancien chef intérimaire du Parti libéral dans un rapport publié mardi matin.

Cette réponse devrait selon lui être « centrée sur l’aide humanitaire, l’éducation, le soutien aux infrastructures et l’atténuation des répercussions de la déportation violente sur les femmes et les filles rohingyas en offrant un important soutien aux Nations unies et aux organisations internationales travaillant dans les camps et ailleurs ».

En conférence de presse, M. Rae a précisé que la somme qu'il suggère à Ottawa d'investir devrait couvrir non seulement des efforts d'ordre humanitaire, mais aussi des initiatives diplomatiques, dont la mise sur pied de mécanismes visant à assurer que les responsables de la situation actuelle seront imputables.

En s'engageant pour quatre ans, le Canada offrirait « une garantie aux autres pays que nous sommes là pour plus longtemps que pour un an ou deux, que nous sommes plus sérieux que ça », a ainsi plaidé M. Rae, qui planche sur le dossier depuis environ cinq mois.

Depuis la fin août, plus de 671 000 Rohingyas – des musulmans qui sont minoritaires sur le territoire du Myanmar – ont fui leur pays pour se réfugier au Bangladesh voisin. Ils cherchent à se protéger des violences commises par l'armée birmane dans l'État de Rakhine, où ils habitent depuis des générations.

Selon M. Rae, le Canada devrait aussi faire savoir qu'il est prêt à accueillir des réfugiés rohingyas provenant du Bangladesh ou du Myanmar, et inviter d'autres pays à faire de même. Cela « ne diminue en rien les obligations du gouvernement du Myanmar d'accepter ses responsabilités suite à la déportation des Rohngyas loin de leurs foyers dans des circonstances particulièrement violentes », précise-t-il.

Outre la crise humanitaire toujours en cours qui nécessite une « réponse immédiate », l'envoyé spécial du Canada souligne dans son rapport qu'Ottawa doit encourager le processus de réconciliation politique en cours au Myanmar. Il admet cependant qu'« on ne voit pas beaucoup de signes de progrès » sur le terrain.

Bob Rae recommande également au gouvernement canadien de contribuer à s'assurer que des militaires et des civils qui ont trempé dans des exactions soient tenus responsables de leurs gestes et d'encourager une réponse internationale forte à la crise.

M. Rae a toutefois reconnu sans détour qu'aucun effort de la communauté internationale ne permettra de « résoudre » la situation très complexe dans laquelle se trouvent les Rohingyas. Les solutions à la crise ne pourront venir que des pays de la région, a-t-il plaidé.

De la nécessité de comprendre la situation politique au Myanmar

Selon l'ex-chef libéral, le Canada devrait « continuer à mener une politique d'interaction active » avec le gouvernement du Myanmar.

Il propose notamment d'accroître le rôle que joue l'attaché de défense du Canada résidant en Thaïlande « afin d'intensifier le dialogue direct avec l'aile militaire » du gouvernement.

Questionné à plusieurs reprises sur le rôle que peut jouer Aung San Suu Kyi dans le conflit, M. Rae s'est longuement appliqué à faire valoir que la lauréate du prix Nobel de la paix en 1991 est loin d'avoir toutes les cartes dans son jeu, sans l'absoudre pour autant.

« J’entends souvent dire que Mme Aung San Suu Kyi est la cheffe de facto du pays. Mais non! Elle n’est pas la cheffe de facto, elle n’est pas la cheffe de jure. Elle a un rôle qui n’est pas du tout défini par la Constitution », a-t-il tenu à préciser.

« Elle est la cheffe de son parti, elle est la ministre des Affaires étrangères, et naturellement, elle est la personne de son pays la plus connue au monde, mais c’est à nous de découvrir l’architecture politique du pays », a-t-il poursuivi. « Et lorsqu’on voit ça, on voit que ce n’est pas quelqu’un qui gère la machine du gouvernement, la machine militaire. Elle n’a aucune responsabilité pour les affaires militaires du pays. »

M. Rae a toutefois convenu qu'il « regrette beaucoup » que Mme Suu Kyi passe certaines situations sous silence. « J'ai encouragé Madame à parler plus ouvertement de la situation », a-t-il ajouté, disant l'avoir rencontré à deux reprises au cours des derniers mois.

« L'autre chose qui est difficile à dire – mais il faut le dire –, c'est que la position politique de la population rohingya dans l'opinion publique de la Birmanie [ancien nom du Myanmar, NDLR] n'est pas bonne », a encore souligné M. Rae.

Au cours des derniers mois, des responsables des Nations unies et des chefs de la diplomatie de plusieurs pays, dont la Canadienne Chrystia Freeland, ont soutenu que les Rohingyas ont été la cible d'un « nettoyage ethnique » au Myanmar, et M. Rae convient qu'il y a des « signes troublants » que c'est bel et bien le cas.

« Notre job, et le job de beaucoup de monde, c’est d’arrêter un génocide, c’est de prévenir un génocide possible. Et nous devons reconnaître qu’il y a des signes très troublants qu’on a perdu beaucoup de personnes. Des dizaines de milliers de personnes sont mortes, disparues. On ne doit pas avoir peur d’utiliser le mot. Oui, il y a des signes troublants qu’il existe », a-t-il dit.

Ottawa étudiera les recommandations

Dans un communiqué, le premier ministre Justin Trudeau a salué le travail de Bob Rae.

« Au cours des prochaines semaines, nous étudierons les recommandations contenues dans le rapport, et nous présenterons d’autres mesures que nous avons l’intention de prendre », a-t-il dit, ajoutant que depuis un an le Canada a « versé 45,9 millions de dollars à nos partenaires afin qu’ils puissent offrir un soutien vital aux réfugiés. »

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