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Ottawa n'a pas fait son paiement annuel pour le programme des F-35

Le gouvernement Trudeau n'a pas effectué le paiement de 32 millions de dollars qu'il aurait dû faire au plus tard le 31 mai au bureau américain qui gère le développement des controversés chasseurs F-35, révèle CBC.

Une porte-parole du ministère de la Défense nationale, Jordan Owens, a confirmé que le gouvernement n'avait pas respecté la date limite pour ce versement. Elle a assuré par ailleurs qu'il ne fallait pas conclure que le Canada allait se retirer du programme, qui implique plusieurs pays.

« Nous allons respecter nos engagements financiers », a-t-elle affirmé lundi, alors que le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, était dans un avion le ramenant de Singapour, où il participait à une conférence.

Aucune explication n'a cependant été fournie pour expliquer ce retard de paiement. On ne sait pas davantage quand le Canada versera la somme en question, ni s'il devra payer une pénalité pour ce retard.

Un éventuel retrait du Canada du programme des F-35 serait forcément délicat, car il pourrait entraîner des poursuites.

De 25 à 46 milliards de dollars...

Normalement, le versement de la contribution annuelle doit permettre au Canada d'acheter des F-35 à prix réduit, et permet aux entreprises canadiennes de soumissionner pour des contrats d'approvisionnement.

L'affaire relance toutefois les spéculations sur ce que le gouvernement entend faire pour remplacer les chasseurs CF-18 utilisés par les Forces armées canadiennes depuis les années 80.

Le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait annoncé en 2010 l'achat de 65 avions F-35 pour une somme d'environ 25 milliards de dollars, en 2010. Ces estimations ont depuis été taillées en pièces.

En 2012, un rapport du vérificateur général avait reproché au gouvernement d'avoir sous-évalué les coûts des F-35 et d'avoir pris sa décision sans effectuer les recherches suffisantes.

En décembre 2014, un rapport du ministère de la Défense nationale avait établi le coût des appareils à 45,8 milliards de dollars.

Une promesse électorale qui tarde à se concrétiser

En campagne électorale l'automne dernier, Justin Trudeau s'est engagé à « remplacer les CF-18 actuels par des aéronefs plus abordables que les F-35 », afin d'économiser des « dizaines de milliards de dollars pour les prochaines décennies ». Il disait vouloir lancer un nouvel appel d'offres.

« Ce processus veillera à ce que les soumissions incluent des avantages industriels garantis pour les entreprises canadiennes et nos travailleurs, ce que le plan des conservateurs pour les F-35 à un seul fournisseur ne faisait pas », a-t-il affirmé le 20 septembre dernier.

Selon le quotidien Ottawa Citizen, le gouvernement Trudeau a pris la décision de se tourner vers les chasseurs Super Hornet de Boeing, le concurrent direct du F-35, piloté par Lockheed Martin. « Ils ont pris leur décision et travaillent sur une explication pour la justifier », mentionnait un haut responsable cité par le quotidien lundi.

Le Citizen avance que le gouvernement présenterait cette décision comme une mesure « intérimaire » visant à s'assurer que l'armée ne se heurtera pas à un « déficit de ses capacités ».

Jusqu'à récemment, les libéraux soutenaient, à l'instar des conservateurs, que les CF-18 pouvaient continuer à voler jusque dans les années 2020, après que le gouvernement Harper eut investi des centaines de millions de dollars pour une mise à niveau. Ce discours change depuis quelques semaines.

Lors de la période de questions à la Chambre des Communes mardi, Justin Trudeau a d'ailleurs émis un doute quant à la fiabilité des F-35. « Les conservateurs [...] se sont accrochés à un avion qui ne fonctionne pas et qui est loin de pouvoir fonctionner », a répondu M. Trudeau à l'opposition qui lui reprochait de vouloir choisir un autre appareil que le F-35. « C'est un problème dont nous avons hérité et que nous allons régler », a-t-il promis.

Justin Trudeau a ajouté que la désuétude des F-18 faisait en sorte que les Forces armées canadiennes « sont dans une situation où elles ne peuvent honorer leurs engagements auprès de l'OTAN et du NORAD ».

Le mois dernier, le ministre Sajjan a déclaré que les CF-18 « doivent être remplacés maintenant ». Selon lui, « le fait qu'ils n'ont pas été remplacés signifie que nous devons faire face à un déficit de capacités pour les années à venir ».

À la Chambre des communes lundi, le secrétaire parlementaire à la Défense, John McKay, a déclaré la même chose. « Un déficit de capacités se développe et doit être géré, a-t-il dit. Nous avons des obligations envers l'OTAN. Nous avons des obligations envers NORAD. »

« Le PM ne comprend pas les forces armées. Il a retiré nos chasseurs contre Daesh (le groupe armé État islamique) et réduit les dépenses militaires. Comment les Canadiens peuvent-il avoir confiance qu'il va choisir les meilleurs avions quand il ne comprend même pas la valeur qu'ils apportent au combat », a ajouté la chef de l'opposition officielle, Rona Ambrose.

L'opposition décrie un possible contrat avec Boeing

Les députés de l'opposition ont vivement critiqué le fait que les libéraux songent à opter pour un contrat à fournisseur unique afin d'acheter des appareils Super Hornet de Boeing.

« Depuis février, des représentants de Boeing ont eu 10 rencontres avec des gens du gouvernement et du cabinet du premier ministre. Pourquoi les libéraux ont-ils truqué le processus et laissent passer Boeing avant les autres? » a demandé le député conservateur de Selkirk-Interlake-Eastman, James Bezan.

Un rapport, remis en décembre 2015 à Services publics et Approvisionnement Canada, mettait justement en garde le gouvernement libéral contre les contrats à fournisseur unique pour des équipements militaires, dont les avions de chasse. En l'absence d'une véritable concurrence, les coûts risquent d'augmenter significativement, avertissait le rapport, obtenu par La Presse Canadienne.

Le choix d'une seule entreprise pour fournir de l'équipement devrait être une « option secondaire », afin de ne pas dépenser inutilement l'argent des contribuables, concluait le rapport.

Les députés néo-démocrates et conservateurs ont exigé un appel d'offre transparent. « Les libéraux ont planté les conservateurs pour avoir acheté des F-35 sans appel d'offre et les libéraux s'apprêtent à faire la même affaire », a reproché le député néo-démocrate de Rosemont-La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice.

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