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Ottawa présente des excuses officielles à Omar Khadr

Le gouvernement du Canada a présenté des excuses officielles à l'ancien détenu de la prison américaine de Guantanamo Bay Omar Khadr et il est parvenu à une entente avec lui pour régler une poursuite en matière de violation des droits, ont annoncé vendredi les ministres de la Sécurité publique Ralph Goodale, des Affaires étrangères Chrystia Freeland et de la Justice Jody Wilson-Raybould.

Ils n'ont cependant pas confirmé le paiement d'une somme de 10,5 millions de dollars, expliquant que « les détails du règlement entre M. Khadr et le gouvernement sont confidentiels ».

« Nous espérons que ces excuses ainsi que le règlement conclu avec le gouvernement l’aideront dans ses efforts visant à entamer un chapitre nouveau et prometteur de sa vie aux côtés de ses concitoyens canadiens », ont indiqué les ministres Goodale et Freeland dans un communiqué.

En conférence de presse à Ottawa, M. Goodale, cette fois accompagné de Jody Wilson-Raybould, a reconnu que toute l’affaire avait suscité un débat très polarisant au sein de la société canadienne, mais il a insisté sur le fait que le règlement porte sur une « question légale bien précise ».

Il est indéniable que, pendant la détention de M. Khadr à Guantanamo Bay, le gouvernement du Canada a manqué aux obligations qu’il avait envers son citoyen en vertu de la Charte des droits et libertés, comme l’ont conclu deux jugements de la Cour suprême, a fait valoir le ministre de la Sécurité publique, en montrant du doigt le gouvernement conservateur que dirigeait Stephen Harper.

« Ça n’a rien à voir avec les gestes qui ont pu être posés sur le champ de bataille en Afghanistan. Ça, c’est une tout autre question », a insisté M. Goodale, en assurant néanmoins avoir beaucoup de sympathie pour les familles éprouvées.

De plus, « les procédures légales en lien avec la poursuite d’Omar Khadr ont déjà coûté aux contribuables près de 5 millions de dollars […] et continuer dans cette veine ajouterait des millions de plus, a-t-il ajouté. Cela n’inclut pas les dommages réclamés de 20 millions de dollars, dans une cause que nous n’avions aucune chance de gagner. S’entendre à l’amiable était la seule avenue raisonnable. »

Au sujet du montant de 10,5 millions de dollars qui a été rapporté dans les médias, le ministre Goodale s'est contenté de dire que « la personne responsable de cette fuite non autorisée devrait réfléchir sérieusement aux conséquences de ses actes ».

L'actuel chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Sheer, a sévèrement critiqué cette décision et le fait qu’elle soit restée confidentielle. « Ça n’est pas seulement une erreur, c’est dégoûtant », a-t-il dit lors d'une conférence de presse à Calgary.

« Les Canadiens sont choqués par la décision de Justin Trudeau de faire un paiement secret de 10,5 millions de dollars au terroriste qui a tué le sergent de l’armée américaine Christopher Speer », a ajouté le chef de l’opposition officielle. « Ce paiement est une gifle en pleine figure aux hommes et femmes en uniforme qui font face à un danger incroyable pour assurer notre sécurité tous les jours. »

M. Scheer a souhaité que les contribuables n'aient pas à « récompenser un terroriste reconnu ». Il a ajouté que le fait qu'Omar Khadr ait été autorisé à revenir au Canada est à ses yeux une réparation suffisante pour les torts qu'il a subis en détention de la part des autorités canadiennes.

De son côté, l’ancien premier ministre du Canada, Stephen Harper, a accusé le gouvernement Trudeau de justifier sa décision en lui faisant porter le blâme. « C’est une décision qui lui appartient entièrement. Une mauvaise décision. Les Canadiens méritent mieux », a-t-il écrit sur Facebook, ajoutant avoir « une pensée toute particulière pour Tabitha Speer et les familles de tous les soldats canadiens et alliés qui ont payé le prix ultime en se battant pour nous protéger ».

En entrevue exclusive à CBC, Omar Khadr a souligné que l’heure n’était pas à la réjouissance et a exprimé de la compassion à l’endroit du soldat américain Chris Speer, tué par une grenade qu'il a lancée en 2002.

Poursuite contre Khadr

Une source avait expliqué à La Presse canadienne que le gouvernement Trudeau voulait agir avant qu'un avocat ne se présente en Cour supérieure de l'Ontario pour réclamer que le versement soit fait à la veuve du soldat Speer et au soldat Layne Morris, blessé par la grenade lancée par Omar Khadr. Mais M. Goodale a nié cette lecture des événements.

Il y a deux ans, Tabitha Speer et Layne Morris ont obtenu gain de cause devant un tribunal de l'Utah afin de poursuivre Omar Khadr pour 134,1 millions de dollars américains. Cependant, des experts estiment que les plaignants auront beaucoup de mal à obtenir de l'argent d'Omar Khadr, qui vit maintenant à Edmonton.

On ignore si l'avocat de Layne Morris et de la veuve de Chris Speer se présentera quand même en Cour supérieure de l'Ontario compte tenu du versement de l'argent à l'ancien détenu.

Omar Khadr avait 15 ans lorsqu'il a été capturé par les troupes américaines lors de la guerre en Afghanistan.

Accusé de crimes de guerre, il a plaidé coupable en 2010 et a été condamné à huit ans de prison, en plus du temps déjà passé derrière les barreaux. Il est rentré au Canada deux ans plus tard pour purger le reste de sa peine et a été libéré en mai 2015 pendant que ses avocats contestaient ses aveux de culpabilité qui, selon le principal intéressé, ont été faits sous la contrainte.

Omar Khadr a passé 10 ans à Guantanamo Bay. Son cas a attiré l'attention un peu partout dans le monde après que certains l'eurent qualifié d'enfant-soldat.

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