Retour

Ottawa s’attend à d’autres « drames » de Washington, mais compte rester calme

Le Canada s'attend à de nouveaux « moments de drame » de la part de Washington, mais il gardera son sang-froid quand ceux-ci se présenteront, a assuré mardi la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland. Justin Trudeau n'a d'ailleurs aucune intention de s'engager dans une guerre de mots avec Donald Trump.

Mme Freeland, qui doit retourner à Washington mercredi, a assuré que le Canada n’avait pas bronché devant les derniers accès de colère du président.

« Dès le départ, nous nous sommes félicités de la possibilité qui s’offrait à nous de moderniser l’ALENA, a-t-elle ajouté. Nous pensons qu'il existe de réelles possibilités de conclure un très bon accord digne du 21e siècle. »

« Et depuis le début, nous avons dit que notre approche serait d'espérer le meilleur et de travailler pour le meilleur résultat possible, mais d'être toujours préparés pour le pire, d'avoir des plans B, C, D, E et F, et peut-être jusqu'à la fin de l'alphabet », a affirmé Mme Freeland.

Son collègue le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos, a pour sa part critiqué la logique économique de M. Trump.

« Ce que M. Trump ne comprend pas – mais que tout le monde comprend –, c'est qu'une guerre commerciale ne bénéficie à personne », a estimé le ministre, lui-même un économiste.

« Une guerre commerciale fait mal à tout le monde, tout le monde perd. Et une fois que cette guerre est terminée, il faut reconstruire les ponts qui ont été détruits », a noté M. Duclos.

L'escalade verbale est hors de question

Quelques heures plus tôt, le président américain s’en était de nouveau pris au premier ministre Trudeau, cette fois en disant que ce dernier allait apprendre de ses erreurs et en ajoutant que celles-ci coûteraient cher aux Canadiens.

Qui plus est, le conseiller de la Maison-Blanche en matière de commerce, Peter Navarro, a quant à lui déclaré qu'une « place spéciale en enfer » attendait M. Trudeau, avant de s’excuser.

Le premier ministre a préféré ne pas répondre directement aux commentaires intempestifs de M. Trump.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh estime que c'est l'approche à préconiser : « C'est inacceptable [que l'administration Trump] continue à attaquer avec des mots et des gestes qui sont incohérents, et on va continuer à répondre de cette façon. Je pense que c'est la meilleure façon. »

Trudeau remercie la Chambre

Lundi, les élus de la Chambre des communes ont voté à l'unanimité en faveur d’une motion, soumise par les néo-démocrates, appuyant le gouvernement Trudeau et rejetant les « déclarations ad hominem désobligeantes faites par des responsables américains qui desservent les relations bilatérales et vont à l'encontre des efforts visant la résolution de ce différend commercial ».

Dans la motion, les députés canadiens se sont opposés « aux tarifs douaniers illégitimes » imposés par Washington et ont approuvé les représailles canadiennes, tout en soutenant le système de gestion de l'offre dans le secteur agricole dans son intégralité.

Cette démonstration d'unité a été saluée par Justin Trudeau à sa première intervention en Chambre depuis la fin chaotique du Sommet du G7.

Les élus l’ont chaleureusement applaudi.

Au même moment où la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) est en perte de vitesse, les États-Unis ont imposé des droits de douane de 25 % et de 10 %, respectivement, sur l'acier et sur l'aluminium qui viennent du Canada, du Mexique et de l'Union européenne. Le gouvernement Trudeau a annoncé qu'il imposera des droits de rétorsion sur ces métaux et divers autres produits américains d'ici le 1er juillet.

De plus, l'administration Trump étudie la possibilité d'imposer des droits de 25 % sur les véhicules automobiles, a rappelé la ministre Freeland, en refusant de s'avancer sur l’« hypothétique » réponse du Canada. « Le Canada est prêt à toutes les éventualités », a-t-elle déclaré.

Elle a jugé « absurde » l'enquête menée par Washington sur l'impact que les importations de véhicules assemblées au Canada par des constructeurs américains ont sur la sécurité nationale des États-Unis.

La ministre a indiqué avoir fait part de ses remarques au représentant américain pour le commerce extérieur, Robert Lighthizer, dimanche, en précisant qu'ils avaient eu « un bon échange ».

Chrystia Freeland rencontrera mercredi le comité sénatorial des relations étrangères des États-Unis et tentera de s'entretenir de nouveau avec M. Lighthizer.

Miser sur les autres interlocuteurs

Frédéric Mérand, professeur de sciences politiques à l'Université de Montréal, a souligné que « ce qui est vraiment nouveau dans la relation canado-américaine, c'est le fait d'avoir aussi peu de confiance mutuelle ».

Pour éviter la surenchère, le gouvernement Trudeau devra miser sur ses relations avec les États, dont un grand nombre ont le Canada comme premier partenaire commercial, de même qu'avec le Congrès américain, a-t-il dit croire.

« À Ottawa, on a depuis longtemps fait une croix sur l'idée que la clé des relations canado-américaines allait dépendre du locataire actuel de la Maison-Blanche », a ajouté M. Mérand.

Plus d'articles