La Ville de Montréal a un budget de plus de 5 milliards de dollars. C'est un montant considérable, qui n'a cessé de croître au cours des dernières années. Est-ce qu'on emploie cet argent à bon escient?

Un texte de Ximena Sampson

1. La rémunération des employés

La majeure partie du budget de la Ville de Montréal sert à payer les 22 000 employés de la Ville.

En 2017, la rémunération des cols bleus, cols blancs, pompiers, policiers, etc. coûtera 2,3 milliards de dollars en 2017-2018. Le service de la dette, pour sa part, accaparera 888 millions de dollars. Le reste sert à payer différents biens et services.

Est-il normal qu’une si grande partie du budget de Montréal soit consacrée à la rémunération des employés? Pas vraiment, pense Jonathan Deslauriers, directeur adjoint du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC et coauteur du Palmarès des municipalités du Québec.

« Quand on compare Montréal à Québec, les gens sont payés plus cher à Montréal et les pressions exercées par la rémunération et les avantages sociaux sont plus fortes à Montréal », affirme-t-il.

Selon les données du Centre sur la productivité et la prospérité, l’augmentation de la rémunération globale des employés de la Ville est responsable de la moitié de la croissance des dépenses entre 2010 et 2013.

Pourquoi une telle augmentation? C’est dû essentiellement aux effets de la crise de 2008 sur les caisses de retraite, qui a entraîné des pertes à combler et des déficits actuariels.

En 2007, avant la crise économique, l'ensemble des régimes municipaux était capitalisé à plus de 100 %, et leur poids dans les finances des municipalités était relativement modeste.

À Montréal, la charge des régimes de retraite des employés municipaux équivalait alors à 4,2 % des revenus de la Ville. En 2013, ce fardeau avait atteint 12,48 % des revenus municipaux.

La situation est semblable dans l’ensemble des municipalités québécoises.

Cependant, croit Danielle Pilette, professeure au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), c’est un problème qui est en voie de se résorber, grâce à la Loi sur les régimes de retraite municipaux. Adoptée en décembre 2014, cette loi impose un refinancement à parts égales, entre employés et employeur, des déficits passés et futurs des régimes de retraite.

« Les conditions avantageuses des régimes de retraite municipaux ont été ramenées à quelque chose de plus raisonnable », soutient la chercheuse.

La Ville négocie actuellement des conventions collectives avec plusieurs groupes d’employés et la question de la rémunération globale (salaire et avantages sociaux) est au coeur des discussions.

2. La sécurité publique et les transports en tête de liste

Si on regarde plutôt les dépenses par fonction, on observe qu’une partie importante du budget est consacrée à la sécurité publique, soit le corps de police et le service des incendies. Montréal y alloue près de 1 milliard de dollars par année. Viennent ensuite les transports (entretien du réseau routier et transports en commun), puis l’administration municipale.

Montréal ne sort pas du lot dans ce domaine. La répartition de ses revenus est semblable à celle des autres municipalités québécoises, selon une étude publiée l’automne dernier par le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO).

Mais en avons-nous pour notre argent? Sans l’ombre d’un doute, croit Danielle Pilette. « Les Montréalais en ont absolument pour leur argent, si on les compare aux habitants des autres villes », soutient-elle. « Ils sont très privilégiés. »

Selon l’Observatoire de la Communauté métropolitaine de Montréal, en 2014, Montréal était 32e sur 82 municipalités avec un taux global de taxation uniformisée de 1,015.

Mme Pilette estime que les Montréalais tirent profit d’un taux de taxation plutôt élevé pour les immeubles non résidentiels, qui rapporte des revenus importants à la Ville et permet donc de maintenir le taux de taxation résidentiel à un niveau plus bas que dans les municipalités environnantes.

Le coût des services

Le son de cloche est tout autre du côté du Centre sur la productivité et la prospérité de HEC.

Dans le Palmarès des municipalités de 2016, Montréal est 677e sur 762. Les services municipaux y sont 46 % plus coûteux que dans les municipalités de taille semblable.

Jonathan Deslauriers tient cependant à nuancer ces données, qui se basent sur une série d’indicateurs fournis par les municipalités. « Ce n’est pas vrai que sur la base des données financières ou des indicateurs de gestion on peut évaluer la performance [d’une municipalité] de manière objective et complète », affirme-t-il. « C’est beaucoup plus complexe que ça. »

Il cite en exemple le cas des banlieues montréalaises qui profitent des services de la métropole. « Combien de personnes partent de la Rive-Sud ou de la Rive-Nord et prennent les transports en commun pour venir à Montréal? Même s’il y a des ententes et des transferts du gouvernement provincial, une bonne partie de la charge d’exploitation est assumée par les Montréalais. »

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