Tout est en place pour le deuxième affrontement des chefs des partis fédéraux, qui portera sur l'économie. Les trois chefs des principaux partis politiques sont en Alberta. Nos journalistes qui suivent les caravanes des chefs décrivent dans quel état d'esprit se trouvent les Mulcair, Harper et Trudeau.

Mulcair armé pour le débat

Toujours difficile pour les analystes politiques de prédire les moments décisifs d'une campagne électorale. Si Thomas Mulcair remporte cette course le 19 octobre prochain, plusieurs diront que ça s'est joué mercredi lors du dévoilement du cadre financier de son parti.

Grâce à ce cadre fiscal, le chef du NPD espère entamer le débat sur des assises plus solides. Il espère surtout camper son parti bien au centre de l'échiquier politique. Relisez ma chronique : Mulcair bien au centre.

Le défi qui l'attend ce soir lors du débat des chefs est donc de vendre ce plan aux Canadiens.

Quelques écueils l'attendent :

  • Convaincre que ses prévisions de croissance ne sont pas totalement irréalistes,
  • Convaincre les Canadiens qu'il est légitime d'attendre 2019 pour voir le fruit des réinvestissements qu'il promet dans une foule de programmes sociaux.

Surtout, le chef du NPD doit garder le sourire et réussir à ne pas se fâcher.

Dans cette course pour incarner le changement, il a au moins une attaque toute prête contre Justin Trudeau : « Il est où votre cadre financier? »

Même sur le chemin de la campagne, Justin Trudeau continue, périodiquement, son entraînement à la boxe.

Mais ce soir, c'est une tout autre arène qui l'attend. Ce n'est pas le premier round. Mais pour lui comme pour ses adversaires, les enjeux de ce deuxième débat des chefs sont grands. Très grands. Puisque le débat à Calgary porte exclusivement sur l'économie, l'enjeu numéro un des Canadiens dans cette campagne.

Avant même de penser mettre ses adversaires K.-O., il est sûrement encore plus important de ne pas recevoir le coup fatal, d'éviter de tomber dans un piège. Justin Trudeau doit identifier les pelures de bananes sur lesquelles il risquer de glisser :

  • défendre trois déficits d'affilée. Jusqu'à maintenant, les électeurs ne semblent pas refroidis par cette idée, au contraire. Mais Thomas Mulcair et Stephen Harper pourraient tenter de les faire changer d'idée.
  • ses commentaires sur les taxes et les petites entreprises. Justin Trudeau a affirmé que des Canadiens riches utilisent de petites entreprises pour épargner de l'impôt. Un propos que ses adversaires n'ont pas manqué de lui remettre sous le nez.
  • à quand la publication de son cadre financier? La pression devient de plus en plus forte pour qu'il présente ses calculs et ses chiffres détaillés, surtout depuis que le NPD a mis cartes sur table.

Discours après discours, point de presse après point de presse, Justin Trudeau a répété ses phrases-chocs pour défendre son plan, pour attaquer celui du NPD ou des conservateurs. Mais il s'est probablement gardé quelques nouvelles formules pour envoyer un crochet sur sa droite ou sur sa gauche.

Enfin le deuxième débat!

Stephen Harper, quand il a déclenché les élections le 2 août, a dit que la campagne porterait sur deux choses : la sécurité de l'économie et la sécurité du pays. Cinq jours plus tard avait lieu le premier débat, le débat organisé par le magazine MacLean's. Un débat où le premier ministre sortant a été la cible de toutes les attaques et où il ne s'est pas franchement démarqué.

Sa campagne depuis a souvent été détournée par des questions d'actualité qui ont fréquemment obligé M. Harper à réagir. Mais cette semaine, il a remis de l'avant son message économique, excluant même le message sécuritaire, en route vers ce deuxième débat. Ses arguments économiques, il les a peaufinés jour après jour devant ses militants, et le débat Globe and Mail/Google sera l'occasion de les faire valoir à un public bien plus large.

Stephen Harper va s'y préparer encore toute la journée même si c'est un sujet qu'il maîtrise.

Bien sûr, encore une fois, il devra défendre son bilan, mais il ne sera pas le seul sur la sellette. Le cadre financier des néo-démocrates et l'absence de celui des libéraux alimentent le scepticisme que le chef conservateur tente de susciter quand, dans ses discours, il remet en question la capacité de ses adversaires de diriger le pays.

Son défi? Ne pas imposer son point de vue, mais convaincre ces 7 % ou 8 % d'électeurs dont il a besoin en plus de sa base traditionnelle dans un débat sur un sujet qu'il connaît bien.

Il y a une différence entre faire valoir ses arguments avec force et donner l'impression qu'aucun de ceux qui l'écoutent n'a raison sauf s'ils partagent ses idées.

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