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Pétrole d'Anticosti : les libéraux se dissocient du projet

Si le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a fermé la porte à l'exploitation des hydrocarbures de l'île d'Anticosti jeudi, son ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a quant à lui poussé le verrou vendredi.

À entendre le ministre Arcand à son entrée au caucus du Parti libéral du Québec, les hydrocarbures qui se trouveraient dans le sous-sol de l'île d'Anticosti risquent d'y rester encore un bon moment.

S'appuyant sur 64 études réalisées sur le sujet, M. Arcand avance que l'exploitation du pétrole se ferait sur une période beaucoup trop longue - 75 ans - pour s'avérer profitable tant sur les plans économique qu'environnemental. « L'accroissement de la production se produirait en 2040, alors qu'en 2050, on doit réduire nos gaz à effet de serre de 80 %. Est-ce que vous pensez que ça peut avoir beaucoup de sens? » a-t-il demandé aux journalistes qui l'entouraient à son arrivée au caucus.

Le ministre Arcand souligne, pour appuyer son argumentaire, que le baril de pétrole se vend présentement à 29 $ ou 30 $, un prix qui rend l'opération inintéressante sur le plan économique. Il ajoute que l'Iran, avec la fin des sanctions, intégrera le marché pour faire augmenter l'offre de pétrole, une situation qui fera encore chuter le prix du baril.

L'absence d'infrastructure adéquate rend le projet encore plus improbable, selon M. Arcand. « Il y a des projets qui sont faciles, mais le projet d'Anticosti est un projet qui est infiniment plus complexe parce qu'il n'y a aucune infrastructure. Vous êtes sur une île et il n'y a pas d'infrastructure », a-t-il déclaré.

Le ministre Arcand faisait ainsi écho aux propos du premier ministre Couillard qui disait jeudi que l'entente conclue par le précédent gouvernement péquiste avec trois sociétés d'exploration pétrolière, dont Pétrolia, était une « mauvaise décision ».

La CAQ s'inscrit en faux

« Dans "développement durable", il y a deux mots. Développement et durable », a mentionné le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, insistant sur l'importance de ne pas oublier le développement dans l'équation. Il soutient que le gouvernement ne peut renier sa signature de l'entente avec Pétrolia et que le Québec ne peut se priver d'une telle ressource si elle s'avère exploitable.

M. Legault a également reproché au gouvernement d'inciter des groupes de pression à dénigrer le projet d'Anticosti, ce qui nuit, selon lui, aux investisseurs et au développement économique de la province.

L'initiative du projet contestée

M. Arcand a tenté de renier la paternité du projet au PLQ. Il a martelé que c'est le gouvernement du Parti québécois qui, le 31 mars 2014, a signé l'entente autorisant l'exploration d'Anticosti.

Le ministre des Ressources naturelles convient qu'il y a eu « des discussions » sur le sujet sous les libéraux de Jean Charest, mais affirme que le coup d'envoi politique est venu du PQ.

« Il y a eu des discussions qui se sont produites pendant de nombreuses années sur ces questions-là, a-t-il admis. L'exploration d'Anticosti, c'est pas nouveau. Ça date de nombreuses années. Maintenant, l'entente formelle, c'est le 31 mars 2014. »

Selon lui, ces discussions duraient depuis plus de 30 ans au Québec. « Donc, ce n'est pas nouveau, a-t-il ajouté. Anticosti, la Gaspésie, ça a toujours fait partie des endroits à l'intérieur du Québec dans lesquels il pouvait y avoir du potentiel pétrolier. »

« J'ai été ministre de l'Environnement à l'époque [au début de la décennie 2010] et je peux vous dire qu'on n'a jamais discuté de ça au conseil des ministres, a par ailleurs insisté M. Arcand. Il n'a jamais été question de ça. Il y a eu des discussions au niveau d'Investissement Québec, mais pas au niveau politique comme tel. Les éléments politiques sont arrivés sous la gouverne du Parti québécois. »

Le ministre Arcand réagissait à un article du Journal de Québec qui faisait état d'une lettre d'entente, datée du 29 août 2012, dans laquelle deux vice-présidents de Ressources Québec, filiale d'Investissement Québec, proposaient d'acquérir des actions de Pétrolia, Maurel & Prom et Corridor Ressources pour explorer le sous-sol d'Anticosti, un partenariat de 70 millions de dollars.

En conférence de presse à la suite du caucus de son parti, le premier ministre Couillard abondait dans le sens de son ministre des Ressources naturelles. M. Couillard a tenu à rappeler que le gouvernement n'était pas opposé à l'« exploitation responsable des hydrocarbures au Québec ». Il a toutefois réitéré son opposition à la fracturation hydraulique sur Anticosti - une île au milieu du golfe Saint-Laurent - « sans aucune étude environnementale préalable ».

M. Couillard répète que le gouvernement libéral de Jean Charest n'a jamais considéré l'exploration sur Anticosti.

De plus, le ministre de l'Énergie de l'époque, Clément Gignac, avait également amorcé la réflexion sur Anticosti, s'est souvenue la chroniqueuse politique Marie Grégoire sur les ondes d'ICI RDI. M. Gignac avait alors refusé d'imposer un moratoire, afin de faire la lumière sur le potentiel enfoui au coeur d'Anticosti.

La société Pétrolia, responsable de l'exploration sur l'île d'Anticosti, avait elle-même rectifié les faits en décembre dernier. Devant la volonté du gouvernement du Québec de se retirer du projet, la pétrolière rappelait à ce moment que son contrat avait été négocié sous un gouvernement libéral.

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