Retour

Peut-on devenir membre d’un parti politique à notre insu?

La réponse n'est pas aussi claire qu'elle n'y paraît, mais elle se pose très certainement depuis qu'Alexandre Taillefer a affirmé qu'il était membre du Parti québécois, malgré lui. L'homme d'affaires a effectué un don pour la course à la direction de Jean-François Lisée, mais il ne comprend pas pourquoi il se retrouve aujourd'hui avec une carte de membre. Il n'est pas le seul.

Un texte de Véronique Prince, correspondante parlementaire à Québec

Elle n’est pas du tout d’allégeance libérale. Elle ne s’intéresse pas vraiment à la politique. Pourtant, à sa grande surprise, Brigitte (qui veut taire son nom de famille) a reçu une carte de membre du Parti libéral du Québec par la poste.

En ouvrant l’enveloppe, elle s’est souvenue du petit cinq dollars dans le fond de sa poche qu’elle a tendu à un jeune candidat voulant remporter l’investiture de la circonscription d’Hochelaga-Maisonneuve. Il disait vouloir s’impliquer pour les jeunes familles du quartier, une cause tout à fait noble aux yeux de Brigitte.

Il a récité son discours pendant quelques minutes, avant qu’elle ne l’interrompe. Elle était pressée, mais voulait l’encourager. Il lui a indiqué où signer sur le formulaire, afin qu’elle puisse remettre son cinq dollars en bonne et due forme. Elle l’a fait, sans trop regarder le document. C’était seulement cinq dollars après tout. On peut donc, en quelque sorte, devenir membre d’un parti un peu à son insu, si l'on n’est pas attentif.

« Je trouve que ce n’est pas acceptable. On devrait avoir le libre choix de faire un don pour encourager les gens, sans devenir membre. C’était mon intention de l’encourager. Il voulait aider les gens du quartier », affirme-t-elle.

Don ou adhésion?

Les sites web des quatre partis représentés à l’Assemblée nationale invitent les électeurs à leur faire des dons.

En se prêtant à l’exercice sur les sites du PLQ, du PQ, de la CAQ et de QS, un clic sur l’onglet « je donne » nous redirige sur le site web du directeur général des élections (DGE). Il n’est inscrit nulle part sur ce formulaire qu’on peut devenir membre.

« Ces questions-là tiennent de la régie interne des partis politiques. Le DGE n’a pas à intervenir en cette matière. On a un rôle à jouer par rapport à l’autorisation officielle des dons, mais pas vis-à-vis des règles entourant le membership », indique la porte-parole Alexandra Reny.

Pour devenir membre d’un parti, il faut donc remplir un formulaire différent sur le site web de ce dernier. Comment alors Alexandre Taillefer a-t-il pu devenir membre automatiquement, à son insu, en effectuant son don, comme il le prétend?

S’il a assisté à des activités de financement, un cocktail par exemple, il a payé son entrée. Encore une fois, la contribution est enregistrée au DGE. Sur les lieux de l’événement, il aurait dû remplir un formulaire en papier officiel du DGE sur lequel on retrouve une petite case à cocher si l'on veut devenir membre.

L’aurait-il cochée par inattention? Les partis politiques la cochent-ils à l’avance? Bonne question. Ça devient un peu la parole de l’un contre celle de l’autre.

Brigitte et Alexandre Taillefer, même combat, même imbroglio?

Brigitte n’a pas regardé le document qu’on lui a fait signer, elle l’admet. Peut-être qu’on ne saura jamais vraiment le fond de l’histoire, autant celle de Brigitte que celle d’Alexandre Taillefer. Chose certaine, à l’avenir, Brigitte s’est promis de prendre deux minutes de plus, même si elle est pressée, pour lire les documents des partis politiques qui la sollicitent… même si c’est juste pour un petit cinq dollars.

Alexandre Taillefer, lui, devrait expliquer ses allégeances passées, la semaine prochaine quand sa nomination comme président de la campagne électorale du PLQ sera officialisée.

Plus d'articles