Dans un dossier comme celui de Bombardier, il y a deux dangers pour un politicien. Le premier est de trop faire monter les enchères, le second est de ne pas avoir des amis fiables.

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi info

Or, depuis l’annonce de l’imposition de droits compensateurs de 220 % sur les avions de la C Series de Bombardier par le département américain du Commerce, le premier ministre Philippe Couillard se promène allègrement entre ces deux dangers.

Depuis mardi soir, il souffle sur les braises de sa vertueuse colère. Il gagnera sans doute le titre de la citation de la semaine quand il a dit que « pas un boulon, pas une pièce, pas un avion » de Boeing ne devait entrer au Canada tant que ce conflit ne sera pas réglé.

Ce qui a fait dire à son collègue du Manitoba, Brian Pallister, qu’il ferait bien de baisser le ton. Évidemment, puisque Boeing est l'un des trois plus grands employeurs privés de sa province, soit 1600 emplois.

M. Couillard peut faire tous les beaux discours qu’il voudra, y compris avec quelques jurons qu’il n’emploie guère d’habitude, ses colères seront – et non sans raison – assimilées à celles d’un premier ministre qui entre dans une année électorale.

L’ennui, c’est que, dans ce dossier, M. Couillard n’est rien de plus qu’un spectateur intéressé, même si son gouvernement a investi 1,3 milliard de dollars dans la C Series. C’est le gouvernement fédéral qui représentera Bombardier et les contribuables québécois devant les instances américaines du commerce.

Ce qui nous amène au deuxième danger : la fiabilité des amis de M. Couillard.

Évidemment, avant la décision du département américain du Commerce, le premier ministre Justin Trudeau avait fait, lui aussi, de grands discours indignés. Il avait même brandi la menace de ne plus acheter les avions militaires de Boeing, un contrat de 6 milliards de dollars pour l’achat de 18 Super Hornet.

Les Super Hornet

« Boeing ne devrait pas s’attendre à ce qu’on leur achète des avions s’ils attaquent Bombardier », disait M. Trudeau il y a tout juste deux semaines.

Depuis la décision des autorités américaines, le gouvernement fédéral fait bien attention de ne pas répéter ces propos. Tout ce qu’on peut tirer du ministre fédéral du Commerce international, François-Philippe Champagne, par exemple, c’est que le Canada « considère toutes ses options ».

Disons simplement qu’on ne sent pas ici une volonté ferme de ne plus acheter les avions de Boeing. On sent plutôt un gouvernement qui cherche un moyen de se mettre en marche arrière...

Après tout, Boeing et Bombardier savent toutes les deux jouer le jeu des retombées économiques. Et prendre fait et cause pour Bombardier aurait inévitablement des conséquences politiques. Au Manitoba, par exemple, Boeing, avec 1600 employés, est le troisième employeur privé de la province.

Brian Mulroney, 30 ans après, pourrait encore témoigner du prix politique qu’il a payé pour avoir donné un contrat d’entretien d’avions militaires à Montréal plutôt qu’à Winnipeg.

Et, enfin, il y a le ton et la manière. Depuis que la décision du département américain du Commerce a été rendue, on ne reconnaît plus M. Couillard. Il semble s’être trouvé un ton populiste qu’on ne lui connaissait pas... et qui ne lui ressemble pas. Il veut peut-être se montrer plus populiste ou prouver qu'il est vraiment fâché, mais ça ressemble plus à un personnage qu'au premier ministre que les Québécois pensaient connaître.

Or, s’il y a quelque chose que les citoyens sentent instinctivement, c’est lorsqu’un politicien sonne un peu faux. Quand M. Couillard dit que « chaque avion qui sort d’ici est un message à Boeing et à M. Trump », il continue de faire monter les attentes dans un dossier sur lequel il n’a aucun contrôle.

Même en année électorale, c’est le genre de discours qui peut rapidement se retourner contre son auteur. Surtout quand le gouvernement du Québec n’aura, à terme, que bien peu de moyens de soutenir ce qu’il avance aujourd’hui.

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