La scène est classique. Elle se déroule dans le faste du salon rouge de l'Assemblée nationale. Un ou plusieurs députés sont assermentés ministres. Immanquablement, ils s'avanceront au micro, souvent excessivement fiers, et promettront de tout faire pour être à la hauteur de la tâche qu'on leur délègue.

Martine Biron

  Une analyse de Martine Biron

On peut présumer qu'en coulisse, dans l'entourage du premier ministre, on leur donnera un petit cours de « ministre 101 ». On les avisera des pièges qui leur seront tendus. On insistera sur les attentes, énormes, de l'opinion publique. On les invitera à l'introspection, ce qui leur permettra de rassembler leurs idées, d'évaluer ce qu'ils pourront faire et surtout ce qu'ils ne pourront plus faire. Quand on est ministre, respecter la bienséance devient la norme.

Prenez Rita de Santis. C'est une femme brillante. Une avocate émérite choisie en 2009 parmi les 100 Canadiennes les plus influentes. Sa feuille de route est impressionnante. Quand elle a été élue en 2012, l'entourage de Jean Charest estimait qu'elle « était difficile à gérer ». L'adage a été repris avec Philippe Couillard, qui a toutefois fini par changer d'idée et l'a nommée ministre à la fin janvier. En trois mois et demi, la ministre responsable de l'accès à l'information et à la réforme des institutions démocratiques a réussi à mettre son gouvernement dans l'embarras à deux reprises. Pour des étourderies.

Vendredi dernier, dans un discours, l'immigrante se rappelle son professeur du primaire qui lui a dit en 1966 : « Tu ne vas pas réussir dans la vie avec ton accent italien ». Visiblement marquée par ce moment, elle ajoute : « Toute personne qui parlerait à un enfant comme elle m'a parlé devrait être tuée, massacrée, jetée je ne sais pas où. »

Cette déclaration s'ajoute à une autre, tout aussi controversée, il y a un peu plus d'un mois sur le financement politique. Mme de Santis affirmait qu'un objectif de financement de 150 000 $, « c'est des peanuts » à comparer à ce qui se fait ailleurs au pays.

Il ne s'agit pas de scandale politique. Rien qui ne compromettra la gestion des affaires de l'État. Mais cette attitude laisse une impression d'amateurisme et de désinvolture. Être ministre demande un peu de décorum et aussi une bonne dose de discernement.

D'autres exemples

Si c'était le seul cas, on passerait. Mais ce type de gaffes, depuis le début de la session, s'accumule.

La vice-première ministre Lise Thériault, nouvellement nommée ministre de la Condition féminine, incapable de nommer une figure féminine d'envergure; la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, qui invente une nouvelle notion du mariage, « l'union spirituelle »; ou encore Sam Hamad, relevé de ses fonctions au Conseil des ministres tout en conservant ses privilèges, qui décide d'aller se reposer en Floride pendant que ses collègues reprennent le collier.

Comment expliquer de tels comportements? Les ministres ont-ils déjà oublié leurs premiers vœux? Sont-ils studieux, vaillants, professionnels? Ce gouvernement dirige-t-il de manière étourdie?

Poser la question, c'est un peu y répondre. Le premier ministre doit y voir.

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