La bonne foi se présume, aimait à dire l'ancien premier ministre Bernard Landry. Et quand on a vu le visage de Pierre Karl Péladeau quand il a démissionné en invoquant le fait qu'il voulait rester « un modèle pour [ses] enfants », il est un peu inutile de chercher une autre raison que celle qu'il a invoquée.

Michel C. Auger

Une analyse de Michel C. Auger
animateur de Midi Info

 

Rien ne permet de douter que ces « raisons familiales » sont réelles et légitimes, et on ne peut que ressentir de la sympathie pour ce qui est, avant tout, une situation très personnelle et très difficile.

Reste que s'il faut faire un bilan de cette année de Pierre Karl Péladeau à la tête du PQ, il faut conclure que rien ne s'est passé comme prévu. Même s'il savait que la politique allait exiger de lui une transition qui est toujours compliquée, il en avait sans doute sous-estimé toute la difficulté.

D'abord, parce que, sur le plan personnel, ce que demande la politique est infiniment plus exigeant qu'être à la tête d'une grande société du secteur privé. La politique est le secteur d'activité qui rend illusoire toute conciliation travail-famille.

C'est dans ce contexte qu'on peut examiner les montagnes russes de sa vie personnelle au cours des derniers mois. Il est entré en politique au printemps de 2014, quelques semaines à peine après avoir annoncé sa séparation avec Julie Snyder.

Quelques semaines plus tard, ils se réconciliaient, puis annonçaient leurs fiançailles presque au moment où commençait officiellement la course à la direction du PQ. Le mariage, très médiatisé, eut lieu en été et, moins de six mois plus tard, c'était une nouvelle rupture. Tout cela a eu, bien entendu, des effets sur sa vie professionnelle et politique.

Une année difficile comme chef

Sur le plan plus strictement politique, l'année de Pierre Karl Péladeau à la tête du PQ a été difficile. Les choses allaient un peu mieux ces dernières semaines, mais l'apprentissage comme chef de parti a été difficile. Il était loin de dominer les débats de l'Assemblée nationale et devait souvent laisser les projecteurs à ses députés plus au fait des dossiers que lui.

M. Péladeau était très apprécié des militants péquistes - qui l'ont toujours vu comme celui qui allait les conduire à l'indépendance - mais il a été loin de créer un très fort engouement dans la population en général.

Il y a eu une très brève lune de miel dans les sondages après l'annonce de sa candidature à la direction du PQ, mais très rapidement, les électeurs ont déchanté. Les derniers sondages montraient un PQ qui ne réussissait pas à s'approcher des libéraux et qui était désormais talonné par la Coalition avenir Québec dans le vote francophone.

Difficile alors de parler d'un grand succès, d'autant que la performance du gouvernement libéral lui avait ouvert bien des portes.

Quant à la convergence souverainiste, force est de constater que le passé de patron et de « roi des lock-out » de Pierre Karl Péladeau a servi de repoussoir pour quelque rapprochement que ce soit avec Québec solidaire, la seule formation souverainiste qui ait un certain poids.

Et il restait des dossiers non réglés, comme ses liens avec Québecor. Ses actions dans un mandat avec trois fiduciaires ne remplissaient pas, selon beaucoup d'observateurs, les exigences du code d'éthique de l'Assemblée nationale. M. Péladeau ayant refusé toute concession sur ce point, il était loin d'être certain que le dossier n'allait pas rebondir avant la prochaine campagne électorale. Chose certaine, c'était une épée de Damoclès au-dessus de la tête du chef du PQ.

Et, enfin, il y a toujours cette question qui se pose pour quiconque s'engage dans une carrière politique : a-t-il vraiment aimé ça? Les exemples sont nombreux, surtout parmi les politiciens issus du monde des affaires, de gens qui ont trouvé que la politique est un monde où il y a trop de lenteurs et de compromis pour être le métier idéal pour ceux qui sont habitués à prendre des décisions.

Aujourd'hui, Pierre Karl Péladeau part donc en laissant un Parti québécois nécessairement affaibli et qui devra se trouver un nouveau chef rapidement, le prochain rendez-vous électoral étant dans deux ans à peine. Une course à la direction qui risque d'être encore plus porteuse de division que l'élection de PKP, qui avait, rappelons-le, remporté la majorité absolue des voix dès le premier tour de scrutin.

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