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Politiciens et assurance-emploi : « On n'est pas débarqués de la lune »

Il y a une urgence dans le discours de nombreux travailleurs saisonniers, qui craignent de tomber dans le « trou noir » de l'assurance-emploi et ne plus avoir de revenus, d'ici quelques semaines.

Un texte de René Landry

Pour les députés provinciaux, il y a également une échéance importante qui approche à grands pas : les élections de l'automne prochain. Et les travailleurs saisonniers représentent plusieurs milliers d'électeurs.

Ainsi, on constate également une évolution dans les discours des élus. Ils veulent se montrer proches des travailleurs saisonniers et exprimer qu'ils comprennent très bien ce qu'ils vivent.

Le député fédéral d'Acadie-Bathurst, Serge Cormier, a répété plusieurs fois qu'il les comprend très bien les manifestants, en leur parlant de ce que lui et sa famille ont vécu. « J'ai vécu de l'assurance emploi, a-t-il fait savoir pendant une manifestation. Mon père a vécu de l'assurance-emploi. On a été dans le besoin chez nous. On a vécu le trou noir. On a été sur l'aide au revenu. Si les gens pensent que je ne comprends pas leur réalité... je la comprends à cent pour cent. »

Un discours qui fait des petits

Depuis, des députés provinciaux, qui semblent avoir été inspirés par les propos du député fédéral, ont commencé à lui emboîter le pas en parlant, eux aussi, de leurs liens familiaux avec l'assurance-emploi.

Vendredi dernier, dans une réunion organisée par la Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick, à Inkerman, le député libéral de Shippagan-Lamèque-Miscou, Wilfred Roussel, est monté sur la scène et a raconté une partie de l'histoire de ses parents, des travailleurs saisonniers. « C'est vrai qu'on travaille d'arrache-pied. Moi je suis le fils d'Omer Roussel et Mélinda Vienneau, deux travailleurs d'usine. Je suis allé à l'université, peut-être, parce que ma mère travaillait à la shop et qu'elle m'a aidé. J'ai passé toute ma vie avec ces gens-là. Et cela a fait partie de mon environnement. C'est la même chose que Serge Cormier, un fils de pêcheur. On n'est pas débarqués de la lune puis on est arrivés ensuite dans nos villages, là. On est originaires de là. On est du même coin que vous autres et on vous comprend. C'est vous qui êtes nos patrons. Et ça, on le respecte et on l'a compris. »

Denis Landry : 20 ans de chômage

À son tour, Denis Landry, ministre et député de Bathurst-Est-Nepisiguit-Saint-Isidore et ex-travailleur forestier, a fait un témoignage dans le même sens. « Je comprends ce que vous subissez. On comprend très bien. J'ai eu du chômage [pendant] une vingtaine d'années. Je connais très bien la game. »

Le ministre de la Justice et de la Sécurité publique a franchi un pas de plus, en encourageant les manifestants à continuer de se faire entendre. « Continuez à faire des démonstrations, des manifestations, a-t-il lancé aux travailleurs saisonniers. Parce que nous autres ça nous met de la pression sur le dos pour mettre de la pression sur Serge [Cormier, député fédéral]. Et Serge, ça lui donne la chance d'aller à Ottawa et mettre de la pression sur le ministre Duclos et le premier ministre. »

À chacun son histoire

Jusqu'à présent, les discours des politiciens qui touchent une corde sensible en parlant du chômage et de leur famille n'ont pas semblé émouvoir les protestataires outre mesure. Du moins, pas leur principal porte-parole, Fernand Thibodeau. Il s'est exprimé après avoir entendu le député fédéral Serge Cormier parler de l'histoire de sa famille.

« Il est temps que les choses bougent, insiste-t-il. On ne veut pas entendre tout le temps les mêmes paroles... « Moi aussi j'ai été sur l'assurance emploi, moi aussi j'ai été sur l'assistance sociale, mes parents aussi, mon père était pêcheur ». Nous aussi on a une histoire de vie. Chaque personne a une histoire de vie. Mais, tout de suite, avec notre histoire de vie... il faut aller de l'avant. »

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