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Politique municipale : quand les chicanes poussent les élus vers la sortie

Climat malsain, discorde et intimidation semblent être à l'ordre du jour des réunions de certains conseils municipaux au Nouveau-Brunswick. Depuis deux ans, une dizaine d'élus francophones ont même quitté leurs fonctions en évoquant des conflits internes.

Un texte de Catherine Allard

Tracadie n'est pas la seule à avoir un conseil municipal dysfonctionnel. Plusieurs municipalités francophones vivent ou ont vécu des situations similaires, ce qui a mené au départ de plusieurs élus depuis les dernières élections, il y a deux ans.

De nombreuses démissions

Kedgwick

Trois conseillers de Kedgwick ont démissionné depuis les dernières élections, en mai 2016 : Aurèle St-Pierre, Éric Gagnon et Marc Talbot. Le conseiller Éric Gagnon expliquait notamment son départ par une atmosphère malsaine et un manque de transparence au sein du conseil. Son collègue Marc Talbot avait affirmé que l’expérience lui avait laissé un goût amer.

Bas-Caraquet

À Bas-Caraquet, la conseillère Anne-Marie Jourdain a démissionné en novembre 2017. Elle se dit déçue de la gestion de la crise du verglas et parle d’un manque de leadership et d’un manque de vision de la municipalité. Un mois plus tard, la mairesse Agnès Doiron a quitté ses fonctions après neuf ans à la tête du conseil.

Saint-André

En l'espace de neuf mois, quatre personnes ont quitté l’hôtel de ville de Saint-André. Le maire Allain Desjardins a démissionné de son poste en juin 2017 en évoquant des raisons personnelles. Avant son départ, trois de ses conseillers avaient abandonné le navire : Réginald Ouellette, Paul Poitras et Suzanne Lajeunesse. Le conseil était notamment en conflit avec sa brigade de pompiers. Des centaines de résidents réclamaient la démission de certains conseillers.

Beaubassin-Est

La municipalité de Beaubassin-Est connaît elle aussi son lot de rebondissements. Le maire Ronnie Duguay est absent depuis que des accusations de conflit d'intérêts pèsent contre lui. Au moins 250 personnes ont signé une pétition demandant le départ du maire. Ces citoyens affirment en avoir assez de son « comportement abusif ». Deux conseillères, Michelle Gallant-Richard et Sophie Landry, ont démissionné le mois dernier.

Un problème de gouvernance

Le politologue Roger Ouellette croit que les défis auxquelles fait face la politique municipale au Nouveau-Brunswick découlent de problèmes de gouvernance. « Les [élus] sont mal préparés, ils ne connaissent pas les procédures ou les règles. Ce n’est pas nécessairement de la mauvaise foi ou de l’ignorance », dit-il.

Il explique qu’il y a souvent des incompréhensions quant aux rôles et responsabilités de chacun. « C’est problématique et c’est un travail qui est toujours à refaire. »

Le directeur général de l’Association des municipalités francophones du Nouveau-Brunswick, Frédérick Dion, proposait récemment la création d’un organisme indépendant qui pourrait accompagner les municipalités lorsqu'elles ont des questions ou font face à des difficultés.

21 postes vacants dans les conseils municipaux

Il y a actuellement 21 postes vacants dans les conseils de 15 municipalités au Nouveau-Brunswick. Ces postes seront pourvus lors de l’élection partielle du 14 mai 2018.

Le directeur des communications d'Élections Nouveau-Brunswick, Paul Harpelle croit qu’il y a plusieurs raisons qui expliquent que des élus quittent leur poste, dont les « conflits de personnalité » au sein des conseils.

Il précise cependant qu’il s’agit, selon lui, d’une quantité normale de postes à pourvoir deux ans après les dernières élections.

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