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Politique : un chercheur perce une partie du « mystère Québec »

Pourquoi la région de Québec vote-t-elle plus à droite qu'ailleurs dans la province? Le « mystère Québec » a maintenant un début d'explication : les citoyens les moins fortunés de la Capitale-Nationale n'ont pas les mêmes attitudes politiques que dans les autres régions, démontre une nouvelle étude.

Un texte d’Alexandre Duval

Que ce soit l’Union nationale, le Crédit social, le Parti conservateur du Canada, l’Action démocratique du Québec ou la Coalition avenir Québec, les partis politiques davantage associés à la droite connaissent un succès indéniable dans la région de Québec depuis plus de 40 ans.

Le doctorant en science politique et chercheur associé au Centre pour l’étude de la citoyenneté démocratique Jean-François Daoust a récemment découvert qu’il s’agirait d’une question de classes sociales.

« Si on distingue de façon très grossière les riches et les pauvres, dans l’ensemble du Québec comme dans beaucoup de sociétés en Occident, les riches votent davantage à droite et les pauvres votent davantage à gauche », illustre-t-il.

Or, en utilisant des données tirées de deux sondages électoraux, M. Daoust a constaté que les citoyens qui ont un revenu familial de moins de 100 000 $ dans la région de Québec ont des réflexions politiques qui se rapprochent de celles de la classe la mieux nantie.

Dans l’ensemble du Québec, les citoyens plus pauvres sont globalement moins favorables aux baisses de taxes et plus favorables à la redistribution de la richesse. Ce n’est toutefois pas le cas dans la région de Québec.

Une différence s’observe aussi concernant l’importance accordée aux sentences criminelles. Tout comme la classe la plus aisée, les citoyens moins nantis de la Capitale-Nationale ont tendance à favoriser des peines plus sévères tandis que ce n’est pas le cas ailleurs au Québec.

Des hypothèses écartées

Ce phénomène lié à la classe sociale des électeurs étonne M. Daoust. Les résultats de son étude remettent aussi en question certaines hypothèses persistantes au sujet du « mystère Québec ».

Par exemple, l’idée souvent reçue que l’ensemble de la région de Québec est plus conservatrice n’a pas passé le test des données de M. Daoust.

Sur une échelle de 0 à 100, les résidents dans la Capitale-Nationale ne se positionnent que 4 points plus à droite que le reste de la province, indique le chercheur.

L’idée selon laquelle les citoyens de Québec seraient plus cyniques que dans les autres régions s’est aussi avérée infondée, affirme le chercheur.

« Au niveau d’à quel point les citoyens pensent qu’ils ont un impact sur le gouvernement, qui est une forme de cynisme, on n’a aucune différence significative entre le reste du Québec et la région de Québec. »

Une partie du mystère encore floue

Malgré ces résultats, une partie du « mystère Québec » demeure : pourquoi les citoyens les moins nantis de la Capitale-Nationale adoptent-ils cette posture idéologique proche de celle des riches, contrairement à leurs semblables ailleurs en province?

« C’est là où le mystère persiste un peu! » admet le politologue, conscient que davantage de recherche sera nécessaire.

Le chercheur Simon Langlois a déjà avancé l'idée que les citoyens aux revenus modestes à Québec se trouvaient déclassés par rapport aux nombreux fonctionnaires bien rémunérés dans la capitale.

M. Daoust croit néanmoins qu’il faudra colliger plus de données sur cette frange de la population pour mieux comprendre leurs réflexions politiques.

Son étude, note-t-il, permet à tout le moins de mettre en lumière une réalité qui pourrait s’avérer utile pour certaines formations politiques.

« Si Québec solidaire veut faire une percée à Québec pour telle ou telle raison, Québec solidaire sait maintenant quelle tranche de la population est la plus réfractaire. »

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