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Pont Champlain : la longue hésitation d'Ottawa a coûté 500 millions $ aux contribuables

Les retards du gouvernement fédéral, qui a longuement tergiversé avant de se décider à remplacer le pont Champlain, ont entraîné des dépenses « évitables » de plus d'un demi-milliard de dollars. Dans un rapport incisif déposé mardi aux Communes, le vérificateur général du Canada Michael Ferguson dénonce avec vigueur la « culture » actuelle au gouvernement, qui provoque des « échecs incompréhensibles » dans une multitude de dossiers, allant du système de paye Phénix aux difficultés socio-économiques chez les Premières Nations.

Un texte de Fannie Olivier

Bien que des problèmes structurels graves menaçaient le pont Champlain depuis des années, ce n'est qu'en 2011 qu'Ottawa a décidé d'aller de l'avant avec son remplacement, un projet évalué à 4,2 milliards. Or, selon Michael Ferguson, un nouveau pont aurait pu être mis en service dès 2015 si la société d'État responsable de l'entretien de l'infrastructure avait tiré la sonnette d'alarme plus tôt.

La facture aurait par ailleurs été moins salée si Ottawa avait décidé plus tôt de remplacer le pont au lieu d'entretenir la vieille structure. Le gouvernement a dû payer 306 millions en réparations majeures du pont actuel et 235 millions au partenaire privé pour des restrictions de charges. Et l'addition est en réalité encore plus élevée, car « ces chiffres ne tiennent pas compte des répercussions financières de la fermeture d'une partie du pont actuel sur les usagers et les entreprises », écrit le vérificateur général.

Le chien de garde du gouvernement déplore par ailleurs que le gouvernement ait présumé que la formule de partenariat public-privé (PPP) était la moins chère pour les contribuables. Ainsi, Infrastructure Canada a terminé son analyse des modèles d'approvisionnement deux ans après l'annonce du gouvernement de Stephen Harper que le nouveau pont serait construit selon la formule PPP.

« Si le ministère avait analysé en profondeur les modèles d'approvisionnement possibles pour le projet, il aurait constaté que le partenariat public-privé pouvait s'avérer plus coûteux que le modèle traditionnel », lit-on dans le rapport.Le vérificateur général note par ailleurs que la décision du gouvernement de Justin Trudeau d'éliminer le système de péage dans le plan de conception « avait eu des répercussions importantes sur le projet ».

Il s'inquiète par ailleurs pour la durabilité du pont, alors que le gouvernement fédéral « n'a obtenu aucune assurance que le nouveau pont serait fonctionnel pendant sa durée de vie prévue, soit 125 ans, au moment de la signature avec le partenaire privé ».

Enfin, il fait preuve de peu d'optimisme quant au respect du budget et de l'échéancier. « À notre avis, le projet ne sera pas mené à bien dans le respect du budget original. Même si des ressources supplémentaires étaient affectées aux travaux de construction ou si de nouvelles méthodes de construction étaient utilisées, le respect de l'échéance révisée du 21 décembre 2018 semble très ambitieux », signale-t-il.

Une culture à changer

Le vérificateur général profite du chapitre d'introduction de son rapport pour dénoncer une culture gouvernementale qui se perpétue, peu importe le parti élu à Ottawa.

« Je crois que la culture du gouvernement a engendré une fonction publique docile qui craint les erreurs et les risques. Sa capacité à exprimer les vérités difficiles s'est amoindrie, et la volonté des cadres supérieurs de les entendre s'est aussi érodée », conclut-il.

Il déplore qu'au fil des gouvernements, les ministres se confinent à une vision à court terme.

« L'appétit des ministres pour le court terme explique d'ailleurs pourquoi le dossier autochtone a si peu progressé », se désole-t-il.

Dans son chapitre sur les écarts socio-économiques dans les réserves des Premières Nations, Michael Ferguson note que Services aux Autochtones Canada ne mesurait pas de façon adéquate les progrès accomplis, se limitant à l'Indice du bien-être des collectivités, sans tenir compte de la santé, de l'environnement, de la langue et de la culture.

Parmi les exemples les plus frappants de ces lacunes, on retrouve les erreurs dans les rapports en matière d'éducation chez les Autochtones. Les calculs du vérificateur général révèlent que 24 % des étudiants des Premières Nations obtenaient un diplôme d'études secondaires entre 2011 et 2016, contrairement à 46 % comme l'avançait le ministère. En réalité, la méthode de calcul du gouvernement excluait le décrochage précoce, entre la 9e et la 11e année.

Dans les autres chapitres de son rapport, Michael Ferguson dénonce la gestion « médiocre » d'Ottawa dans l'installation du système de paye Phénix de la fonction publique. Les cadres responsables « ont donné priorité à certains aspects, comme les limites du budget et du calendrier, au détriment d'autres aspects essentiels tels que la fonctionnalité et la sécurité », explique-t-il.

Il met aussi le doigt sur des problèmes de gestion des biens gouvernementaux, vendus à un prix inférieur au deux tiers de leur valeur, selon lui.

Il tape par ailleurs sur les doigts d'Affaires mondiales, qui n'a pas toujours prêté assistance aux Canadiens détenus à l'étranger de façon adéquate.

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