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Pour se faire réélire, Maxime Bernier mise sur lui-même

Est-ce un signe que la campagne électorale des conservateurs va moins bien que prévu? Le ministre Maxime Bernier a décidé de mener sa campagne en l'orientant sur son propre bilan plutôt que celui de son gouvernement. Même en Beauce, où les conservateurs ont la cote depuis près d'une décennie, le défi est plus ardu pour les troupes de Stephen Harper.

Un texte de Julie Dufresne

Il a ses propres affiches et son propre slogan : « Votez Maxime Bernier. Un gars qui nous ressemble. »

Ces mots, qu'il a lui-même choisis, apparaissent aussi sur la voiture à bord de laquelle Maxime Bernier sillonne la circonscription où il est député depuis 2006.

Depuis lundi matin, sur les ondes des radios locales en Beauce, sa publicité de 30 secondes joue en boucle. Une publicité hors du commun pour un candidat, qui de plus est député et ministre sortant.

Sur un air enjoué, des hommes et des femmes chantent : « Faites comme nous et votez Bernier. Maxime Bernier, notre député. C'est un gars qui nous ressemble, c'est un gars qui nous connaît. Avec lui on est confiant, avec lui on va de l'avant! Faites comme nous et votez Bernier, Maxime Bernier! »

Une campagne centrée sur lui

Le député sortant ne s'en cache pas : il mène une campagne unique au Québec, peut-être même au pays. Une campagne dans laquelle il est clairement plus en vedette que son chef ou son parti. « Je veux que les Beaucerons soient conscients qu'avant tout en Beauce, on va élire le député qui va les représenter pour les quatre prochaines années, et la campagne est orientée effectivement sur moi. [...] Les gens me connaissent », explique-t-il.

« Quand on dit "c'est un gars qui nous ressemble, un gars qui nous connaît", c'est basé sur les faits et sur l'expérience que j'ai avec les Beaucerons », ajoute le candidat.

Le photographe Yvon Thibodeau accompagne Maxime Bernier pratiquement partout depuis ses premiers pas en politique. En prenant ses clichés, il entend les préoccupations de ses concitoyens.

« Il y a des gens qui m'ont dit : on va voter pour Maxime, mais ça ne veut pas dire qu'on est pour le gouvernement Harper », indique-t-il.

Une affaire de famille

Une centaine de bénévoles mettent la main â la pâte pour essayer de le faire réélire pour une quatrième fois. Parmi eux, son père, lui-même ex-député conservateur puis indépendant, et ancien ambassadeur du Canada à Haïti. Ici, la politique est affaire de famille. 

Gilles Bernier est fier de la campagne que mène son fils. Mais il est plus critique à l'égard du chef du parti qu'il représente.

La crise des migrants s'invite dans la campagne

Gilles Bernier estime que la crise des migrants en Europe donne du fil à retordre aux conservateurs. Stephen Harper, juge-t-il, doit « démontrer son humanisme », même s'il est d'accord sur l'approche qu'adopte le chef conservateur.

« On ne suivra pas la tendance libérale ou autre, qui font de la surenchère avec les migrants. On veut attirer la sympathie des gens, faire pleurer des gens à la télé. Moi je ne trouve pas ça correct », souligne-t-il.

Mais c'est justement cette attitude qui dérange certains électeurs croisés au hasard à Saint-Georges-de-Beauce. La photo du garçon sur la plage a profondément bouleversé une citoyenne qui a voté conservateur par le passé. 

« [Le premier ministre] a mal réagi, je trouve », dit-elle. Elle voudrait que Stephen Harper « ouvre grande la porte pour ce monde-là, chez nous, au Canada, peu importe la province. »

Du même souffle, elle glisse que Maxime Bernier pourrait perdre son vote en octobre.

Laisser les portes ouvertes en cas de défaite 

Ainsi, dans une circonscription où les conservateurs ont la faveur des électeurs depuis presque 10 ans, la bataille n'est pas gagnée. Conscient que le vent pourrait tourner, Maxime Bernier multiplie les poignées de mains sur le terrain.

Le conservateur a tout de même ses fidèles. Après tout, il été le député qui a récolté la plus grande majorité au Québec, tous partis confondus, en 2006 et en 2008.

Et que ferait-il advenant une défaite des conservateurs? Aurait-il de nouvelles ambitions? Il ne peut réprimer un sourire. « On ne sait pas ce que l'avenir peut nous amener. La première ambition que j'ai, c'est d'être député de Beauce. Mais j'aime les débats d'idées, j'aime la politique et on verra! Il est trop tôt pour parler de ça! », dit-il, laissant bien ouvertes toutes les portes.

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