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Pourquoi Justin Trudeau veut-il danser avec le géant chinois?

À peine revenu d'un voyage en Chine, Justin Trudeau reçoit en grande pompe le premier ministre Li Keqiang à Ottawa aujourd'hui. Froide sous les conservateurs, la relation avec le géant chinois se réchauffe soudainement. Que cherche Justin Trudeau? Qui au Canada profite de ce rapprochement?

Un texte de Louis Blouin

Des forces économiques pèsent lourd sur les épaules de Justin Trudeau pour qu'il consolide ses liens avec l'Empire du Milieu.

« C'est sûr qu'il subit des pressions de certains milieux d'affaires et financiers pour que les relations entre le Canada et la Chine soient beaucoup plus fortes » , fait remarquer le politologue Loïc Tassé. Des entreprises canadiennes des secteurs minier, agroalimentaire ou financier ont beaucoup à gagner.

Des géants comme Bombardier, SNC-Lavalin ou Power Corporation reçoivent certainement des « indications de leurs homologues chinois que plus de respect et d'amitié seraient profitables », mentionne Charles Burton, ancien diplomate canadien en Chine et professeur en science politique à l'Université Brock.

Selon lui, ces entreprises auront tendance à décourager le gouvernement canadien de s'attaquer de front à des questions comme le respect des droits de la personne ou le cyberespionnage pour soigner la relation.

L'influence des Sino-Canadiens

Il y a aussi le poids de la communauté d'affaires chinoise au Canada. « Toutes les associations canado-chinoises ou presque sont en faveur d'un accord de libre-échange » entre les deux pays, fait remarquer Loïc Tassé.

Justin Trudeau hésite toujours à lancer des négociations formelles sur un tel traité, malgré une forte recommandation en ce sens dans le milieu des affaires, indique l'ancien premier ministre du Québec Jean Charest.

M. Charest est membre du conseil d'administration de la Fondation Asie Pacifique et président honoraire du Conseil commercial Canada-ANASE. D'après lui, l'arrivée de Justin Trudeau est vue comme une occasion à saisir.

« La Chine est devenue incontournable pour tous les pays sur la planète » , ajoute M. Charest, aujourd'hui avocat-conseil dans la firme McCarthy-Tétrault.

À l'heure où un vent de protectionnisme souffle chez notre voisin américain, Justin Trudeau peut difficilement ignorer les appels à une plus grande proximité avec la Chine, son deuxième partenaire commercial en importance. Le renforcement des liens est stratégique pour le Canada, alors que le sort de traités comme le Partenariat transpacifique ou l'accord de libre-échange avec l'Union européenne est toujours incertain.

En ce moment, le commerce de marchandises entre les deux pays s'élève à près de 86 milliards de dollars.

À quel prix?

Tous s'entendent pour dire que le Canada doit être prudent et structurer lentement sa nouvelle relation. Selon Jean Charest, le plus grand défi est d'établir une véritable réciprocité commerciale avec « un pays où la règle de droit n'est pas toujours respectée ».

L'ancien diplomate Charles Burton craint que la Chine ne trouve des moyens de bloquer des produits et services canadiens même dans un contexte de libre-échange. « Le balancier est de leur côté », fait-il valoir.

Le premier ministre Trudeau devra prendre en compte l'opposition de certains groupes proches des secteurs manufacturiers et syndicaux, explique le politologue Loïc Tassé.

C'est toutefois la question des droits de la personne qui continue de soulever le plus de préoccupations. Amnistie internationale dénonce fermement le recours à la peine de mort en Chine et les violations à la liberté d'expression et d'association. L'idée que le Canada puisse signer un traité d'extradition avec la Chine inquiète l'organisation.

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