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Procréation assistée : l'inflexibilité du ministre Barrette dénoncée

Au Québec, les coûts du nouveau programme de procréation assistée ont presque diminué de moitié, mais ils sont lourds de conséquences pour les couples infertiles. Après avoir facilité l'accès à la fécondation in vitro (FIV) en 2010, le gouvernement Couillard a décidé en novembre 2015 de resserrer les critères étant donné les coûts élevés du programme.

Un texte de Marie-Hélène Tremblay, correspondante parlementaire à Québec

Des voix s'élèvent pour dénoncer la rigidité imposée par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, pour avoir accès à la FIV.

Valérie Croteau et Maxime Desgagnés de Château-Richer, près de Québec, sont amoureux depuis sept ans et projettent d'avoir un enfant. Un rêve qui n'est cependant pas aussi accessible qu'ils le croyaient en raison d'une greffe de rein subie par Maxime en 2011. Il doit prendre un médicament, le Myfortic, deux fois par jour pour éviter un rejet. Un avis de Santé Canada recommande cependant de ne pas procréer lors de la prise de ce médicament puisqu’il peut entraîner des malformations et un risque élevé de fausse couche.

Ce médicament permet à Maxime d'avoir une vie normale. Alors plutôt que changer la médication, le couple a une autre carte dans son jeu. « Comme dernière tentative pour sauver mes reins, explique Maxime, les médecins ont décidé d'essayer la chimiothérapie. Il y avait une possibilité que ça me rende stérile, donc je suis allé faire un don de sperme. Une chance, parce qu'on n'aurait aucune chance d'avoir un enfant présentement. »

Le médecin de Valérie leur conseille la fécondation in vitro, compte tenu notamment de la quantité limitée de sperme à leur disposition. « On savait que la fécondation in vitro n'était plus couverte, souligne Valérie. Par contre, on savait qu'il y avait certaines exceptions pour les gens qui avaient eu un cancer ou qui avaient faire de la chimio, on s'est dit : "il y a peut-être un espoir", mais ce n'est pas le cas, on a déchanté. Il n'y a pas eu de cancer, on n’est pas admissibles. »

10 000 $ pour un essai

Le couple n'a pas les moyens de s’offrir une FIV. « Pour un essai, c'est 10 000 $, rappelle Valérie, et il n'y a aucune garantie que ça va fonctionner. »

Le docteur Pierre Miron, président fondateur de la clinique Fertilys, à Laval, affirme que Valérie et Maxime ne sont pas un cas d'exception. « Il y a, dit-il, différentes causes d'infertilité. » Il cite l'exemple d'une patiente atteinte de la maladie de Crohn, qui a subi d'une quinzaine de chirurgies. La fécondation in vitro serait la seule façon pour elle d'avoir un enfant, selon lui, et l'État ne l'aide pas.

Fin de la gratuité de la procréation assistée

Les règles du programme de procréation assistée ont été modifiées en novembre 2015 dans la loi 20. Le ministre de la Santé Gaétan Barrette voulait réduire la facture du programme qui s'élevait en 2014-2015, à 74 millions de dollars.

Depuis près de 18 mois, la FIV est maintenant accessible grâce à un crédit d'impôt. Pour les familles dont le revenu est de moins de 50 000 $ par année, le crédit d'impôt est équivalant à 80 % du coût des traitements. Ce crédit d'impôt diminue jusqu'à 20 % des coûts de traitement pour les couples gagnant plus de 120 000 $.

Cependant, si l'un des conjoints a déjà un enfant, il n'a pas accès au crédit d'impôt, tout comme l'homme vasectomisé ou la femme ligaturée. Enfin, un seul cycle de FIV est permis jusqu'à 37 ans et un deuxième est possible de 38 à 42 ans.

Le ministre de la Santé promettait des économies d'environ 48 millions de dollars par année en modifiant les critères d'accès à la procréation assistée. Selon l’estimation du ministère de la Santé, le programme a coûté, en 2016-2017, 13 millions de dollars. Cependant, il faut ajouter une somme de 22 millions de dollars pour les crédits d’impôt, ce qui représente une facture totale de 35 millions de dollars.

Nouveaux ajustements réclamés

La porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé, Diane Lamarre, croit que des mécanismes de souplesse dans le programme actuel de procréation assistée s’imposent. « Je pense qu’en santé, on ne peut pas toujours avoir du mur à mur. Il y a trop de situations particulières. »

La chercheuse Anick Bérard du centre de recherche du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, à Montréal, croit aussi que des ajustements s’imposent. « Je pense qu'il y a un débat de société à avoir, à savoir est-ce que l'infertilité c'est une condition médicale? À partir du moment où l’on accepte que ce soit une condition médicale, il faut faire en sorte de rembourser pour traiter cette condition-là. »

De son côté, le docteur Pierre Miron trouve que le message du gouvernement Couillard est contradictoire. « On nous dit toujours au gouvernement qu'il manque d'enfants, que le taux de fécondité est très bas; or, il me semble que de donner le signal qu'on abolit le programme de fécondation in vitro, c'est très, très négatif. Avoir des enfants, c'est un don qu'on fait à la société, d'autant que les couples infertiles, ils désirent l'enfant. »

Quant à Valérie Croteau et à Maxime Desgagnés, ils espèrent que leur histoire fera réfléchir le gouvernement. « Je n’avais pas trop d'espoir que ça change quelque chose pour nous, dit Valérie, mais si ça peut changer la situation pour d'autres couples, c'est tant mieux! »

Malgré ce constat, le ministre de la Santé, qui a refusé nos demandes d’entrevues, n’envisage pas de revoir les critères du programme de procréation assistée.

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