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Projet de loi sur la marijuana : Québec est déçu

Québec est « déçu » du projet de loi fédéral sur la légalisation de la marijuana en plus d'avoir « beaucoup de questions » pour Ottawa, a dit la ministre déléguée à la Santé publique Lucie Charlebois en point de presse jeudi.

Visiblement contrariée, la ministre a qualifié de « risible » le financement d'Ottawa pour faire face aux responsabilités additionnelles que le gouvernement fédéral déléguera aux provinces avec la légalisation du cannabis.

« On va avoir besoin d’argent supplémentaire », martèle la ministre Charlebois, en expliquant que ces nouvelles responsabilités impliqueront notamment de former les policiers, les municipalités et les employeurs à la nouvelle réalité.

Lucie Charlebois estime que le projet fédéral suscite beaucoup de questions sans réponse, notamment au chapitre des produits dérivés.

Elle rappelle qu'un comité impliquant 13 ministères se penche déjà sur ce dossier.

« Québec examinera la loi fédérale en profondeur et élaborera une loi-cadre » qui tiendra compte, avant tout, « de la santé et de la sécurité des gens », a conclu la ministre.

La population inquiète

Le porte-parole du Parti québécois en matière de santé publique, Sylvain Pagé, a pour sa part soutient que la population est inquiète et exige la tenue d'une vaste consultation publique à travers le Québec. « Les pères et les mères de famille que nous sommes, nous vivons exactement les mêmes inquiétudes que la population nous confie dans nos bureaux de circonscription, nous envoie comme courriels, comme téléphones. »

De son côté, la Coalition avenir Québec (CAQ) a prévenu que la culture à domicile serait difficile à contrôler. En vertu du projet de loi fédéral, les Canadiens pourront avoir jusqu'à 30 grammes de marijuana en leur possession et ils pourront faire pousser jusqu'à quatre plants chez eux. Les plants ne pourront pas dépasser un mètre de hauteur. Et la quantité de plants, quatre, est par logement, non par personne.

« Est-ce que ça inclut également les chalets, les résidences secondaires, les immeubles à revenu? » a réagi le député caquiste Simon Jolin-Barrette. « Qu'est-ce que ça veut dire ça? On va dire à l'inspecteur municipal : Allez dans les résidences des gens pour vérifier combien de plants de pot sont cultivés? »

Le maire de Montréal Denis Coderrre se pose aussi des questions. « Il faut que tout le monde se parle [...] pour que par la suite moi, comme maire et président de la Communauté métropolitaine de Montréal, ou au niveau de l'Union des municipalités du Québec, qu'on puisse s'asseoir avec les ministres [...] parce que c'est une question de santé publique. Qu'est-ce que ça veut dire concrètement? Est-ce qu'il y a des montants, des ressources qui sont distribués? Est-ce qu'il va y avoir des redevances? »

L'Association des intervenants en dépendance du Québec (AIDQ) tient à un débat public.

« Il est urgent que le gouvernement du Québec, et plus particulièrement le ministère de la Santé et des Services sociaux, mette en place un forum de discussion et de concertation réunissant les experts et les organismes en soutien à l'intervention, afin de se préparer adéquatement à l'adoption de ce projet de loi », a déclaré la porte-parole Lisa Massicotte. Les directeurs de santé publique du Québec sont unanimement en faveur d'une loi qui encadrerait la légalisation du cannabis dans la mesure où un cadre réglementaire complet serait élaboré avant l'entrée en vigueur de la loi.

Même la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) s'est prononcée à ce sujet. Les principales inquiétudes des propriétaires de logements portent sur les plaintes des autres locataires relativement aux odeurs, sur les dommages au logement, ainsi que sur le comportement des locataires ou de leurs invités.

« Même si les propriétaires conservent le droit dans leurs baux d'interdire aux locataires de fumer, faire respecter cette interdiction n'est déjà pas facile. À cela s'ajouteraient le contrôle des plantations et le risque qu'il y ait dans l'immeuble du commerce de marijuana », a déclaré le directeur des affaires publiques de la CORPIQ, Hans Brouillette.

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