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Projet Énergie Est : un enjeu électoral au coeur de Saint-Jean, au N.-B.

Le projet d'oléoduc de l'entreprise TransCanada suscite beaucoup d'espoir dans la circonscription de Saint-Jean-Rothesay, au Nouveau-Brunswick, et les candidats conservateur et libéral l'appuient sans réserve, contrairement au NPD.

Un texte de Marilyn Marceau

L'économie de Saint-Jean carbure au pétrole. La raffinerie d'Irving est la plus grande au Canada. C'est là où l'oléoduc de TransCanada terminera sa course, s'il est construit, pour acheminer le pétrole de l'Ouest.

Fort appui à l'oléoduc

« Vous allez constater que la communauté appuie fortement le projet », confie Stephen Alexander, un résident qui travaille dans le secteur du développement économique. Et il avait raison.

« Mon copain travaille dans l'industrie du pétrole, donc le pipeline est très important pour notre famille », affirme Clarissa Sheppard. Elle ajoute que les familles du Nouveau-Brunswick vivent beaucoup de stress, car plusieurs doivent s'exiler pour trouver du travail. Siobhan Higgins est convaincue elle aussi que le projet apportera des emplois dans la région.

La Chambre de commerce de Saint-Jean fait la promotion d'Énergie Est. Son directeur général, David Duplisea, affirme que s'il était construit, « cela marquerait un tournant pour la région ». Il précise que 98 % des membres de la Chambre de commerce appuient la construction de l'oléoduc. Il a donc un mandat clair pour s'en faire un défenseur.

Retombées réelles du projet pour Saint-Jean

Il est difficile de savoir combien d'emplois seront créés à Saint-Jean si le projet Énergie Est est réalisé.

Une étude réalisée pour le compte de TransCanada estime que 2300 emplois directs et indirects seront créés au Nouveau-Brunswick durant la phase de développement et de construction, et que 150 emplois seront maintenus par la suite dans toute la province.

L'oléoduc pourrait amener des centaines de milliers de barils de pétrole additionnels jusqu'à la raffinerie Irving. TransCanada et Irving comptent construire un terminal maritime d'exportation de pétrole au coût de 300 millions de dollars. À long terme, le projet créerait 50 emplois.

Des voix discordantes

Le port de Saint-Jean donne sur la baie de Fundy, où le trafic maritime augmentera inévitablement si l'oléoduc est construit. Lynaya Astephen pense que peu de gens sont préoccupés par l'environnement parce qu'ils sont déjà habitués à « côtoyer » l'industrie pétrolière, à voir de gros bateaux passer près de la ville. Cette résidente a des craintes, notamment pour les pêcheurs de homard. « Ce serait vraiment dangereux pour eux », dit-elle.

Lynaya Astephen aimerait qu'un plus grand nombre de résidents de Saint-Jean s'opposent à l'oléoduc, comme c'est le cas au Québec. « Je ne sais pas pourquoi il y a une différence. C'est dangereux même pour cette province. C'est dangereux pour la baie de Fundy », estime Mme Astephen.

Ce genre de discours trouve un écho dans la population. La Chambre de commerce de Saint-Jean et des citoyens mentionnent qu'il faut, bien sûr, que le projet se réalise de façon sécuritaire.

Marvin Corscaden, par exemple, explique qu'il appuie l'oléoduc, mais pas à n'importe quel prix. « Ils doivent mener les études environnementales nécessaires. C'est primordial. Nous sommes une ville très industrielle et nous devons léguer un environnement sécuritaire à nos enfants », dit-il en regardant son fils à ses côtés.

Positionnement stratégique sur l'oléoduc

L'oléoduc est un enjeu majeur dans la circonscription de Saint-Jean-Rothesay. Le chef du Parti conservateur, Stephen Harper, l'a compris et il est venu en personne vanter les mérites du projet lors d'un arrêt à la raffinerie, le 10 septembre. Le député conservateur sortant, Rodney Weston, répète à qui veut l'entendre que son parti est le seul à donner un appui clair au projet.

Lors des élections de 2011, le Nouveau Parti démocratique avait terminé au deuxième rang. Le NPD mise donc sur cette circonscription, cette fois avec la candidate A. J. Griffin. Elle n'a pas peur de parler de ses doutes par rapport au projet, ce qui la distingue de ses adversaires libéraux et conservateurs.

« Pour être honnête, je ne peux pas militer pour un projet sans savoir si ce sera sécuritaire et si cela créera réellement des emplois pour la région, affirme Mme Griffin. Je ne vais pas appuyer le projet tant que toutes les révisions nécessaires n'auront pas été effectuées. »

Le candidat libéral Wayne Long, pour sa part, tente de s'afficher comme le grand défenseur du projet d'oléoduc. « Si je suis élu, dit-il, je me battrai sans relâche pour que le projet se concrétise. »

Wayne Long va même plus loin que son chef, Justin Trudeau, dans son appui à l'oléoduc. Il ne veut laisser planer aucun doute. Il rassure les électeurs en leur disant que son chef est bel et bien en faveur de l'oléoduc, mais qu'il veut simplement s'assurer que cela se fasse correctement et que tout le monde ait son mot à dire au cours du processus d'approbation.

Il faudra voir si les efforts du candidat libéral pour se démarquer sur cet enjeu suffiront pour déloger le député conservateur sortant, qui avait récolté près de 50 % des suffrages aux dernières élections.

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