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Projets de pipelines d'Enbridge : deux annonces imminentes

Plus de dix ans après la naissance du projet, Ottawa doit se prononcer de façon imminente sur le pipeline Northern Gateway, de la pétrolière albertaine Enbridge. Le gouvernement doit aussi annoncer sa décision sur un autre projet d'Enbridge, le remplacement de la Ligne 3, évalué à 7,5 milliards de dollars.

L’annonce, attendue d’ici vendredi, pourrait signer la mort de ce projet controversé, approuvé en 2014 par l’Office national de l’énergie, moyennant 209 conditions.

La Cour d’appel fédérale a renversé l’approbation du fédéral en juin puisque, selon elle, Ottawa n’avait pas fait suffisamment de consultations auprès des Premières Nations. Plus tôt cet automne, le fédéral et Enbridge ont annoncé ne pas vouloir en appeler de la décision.

Trois options s’offrent au gouvernement fédéral : lancer de nouvelles consultations avec les Autochtones, prendre en compte les témoignages déjà recueillis pour revoir sa position ou encore tout simplement laisser tomber le projet, qui prévoit la construction de plus de 1000 km de conduites entre le nord-est d’Edmonton et le port de Kitimat pour exporter vers l’Asie.

Le projet Northern Gateway, estimé à 7,9 milliards de dollars, doit permettre de transporter 525 000 barils par jour.

Proposé en 2006, il a été reporté à plusieurs reprises. Peu après son annonce, de nombreuses communautés autochtones ont commencé à s’y opposer, en raison des risques pour la forêt pluviale Grand Ours et le long des côtes du nord de la province.

Si l'entreprise Enbridge affirme toujours travailler pour développer des relations significatives avec les Premières Nations de Colombie-Britannique, les experts croient plutôt que le projet est mort et enterré.

« J’anticipe qu’avec les montagnes de défis qui se dressent devant Northern Gateway, celui-ci ne sera pas approuvé par le gouvernement fédéral », explique Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal.

Même son de cloche pour le spécialiste en ressources naturelles de l’Université d’Ottawa Jean-Thomas Bernard.

« Le problème de base n’est pas réglé : il n’y a pas suffisamment de capacité pour sortir le pétrole de l’Alberta. Mais Northern Gateway ne sera pas la solution. Les conditions imposées sont beaucoup trop sévères. »

Il faut dire qu’à l’heure actuelle, la quasi-totalité du pétrole produit dans l’Ouest canadien est exportée vers un seul marché, les États-Unis, réduisant ainsi sa valeur sur les marchés.

Mais l’élection de Donald Trump aux États-Unis redonne espoir pour le projet Keystone XL, qui avait été mis sur la glace par l’administration Obama. Ce revirement, s'il se concrétise, pourrait rendre moins urgente la construction d’un pipeline vers l’Asie.

À la limite, selon Jean-Thomas Bernard, le gouvernement pourrait annoncer de nouvelles consultations pour Northern Gateway, une mesure qui serait prise pour acheter du temps, en attendant une annonce en provenance des États-Unis.

Peu d'attention pour le plus gros projet d'Enbridge

Un autre projet du géant Enbridge, le remplacement de la canalisation 3, a beaucoup moins retenu l'attention du public et des manifestants. Ce projet prévoit le remplacement d'une canalisation vieillissante de 1660 km.

Un projet qui, tout comme le projet de pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan, a davantage de chances de voir le jour, selon le spécialiste Pierre-Olivier Pineau. « Trans Mountain de Kinder Morgan et la Ligne 3 de Enbridge devraient être approuvés par le premier ministre : ce sont des remplacements et des ajouts de capacité, sur des pipelines déjà existants. »

L'oléoduc visé par le projet part de Hardisty, en Alberta, croise les Prairies, traverse la frontière canado-américaine près de Gretna, au Manitoba, et se termine à Superior, au Wisconsin, sur les rives du lac Supérieur.

L'oléoduc, construit dans les années 1960, opère actuellement à la moitié de sa capacité après qu'Enbridge eut réduit volontairement la pression en raison d'inquiétudes quant à sa fiabilité. La nouvelle canalisation permettra à l'entreprise d'acheminer 760 000 barils de pétrole par jour.

La pétrolière doit entamer les travaux bientôt, car le département américain de la Justice lui a ordonné en juillet de remplacer l'oléoduc existant d'ici décembre 2017 ou, du moins, d'y effectuer des améliorations importantes.

Cet ordre est compris dans une entente à l'amiable conclue par Enbridge avec le gouvernement américain après la fuite de 3,8 millions de litres de pétrole dans la rivière Kalamazoo, au Michigan, en 2010.

Les groupes militants tournés vers Trans Mountain

Les groupes militants, de leur côté, n’ont pas d’inquiétude par rapport aux annonces qui seront faites d’ici vendredi.

« C’est une promesse électorale de Justin Trudeau de mettre fin à Northern Gateway, souligne Kai Nagata, directeur pour Dogwood Initiative. Dans la lettre de mandat au ministre des Transports Marc Garneau, il lui a demandé de mettre en place un moratoire permanent des pétroliers sur la côte ouest de Colombie-Britannique. »

Le militant a plus d’appréhensions par rapport à la décision du gouvernement concernant l’agrandissement du réseau de Trans Mountain, attendue au plus tard le 19 décembre 2016.

« Si j’étais à Vegas, je ne serais pas tenté de mettre trop d’argent sur la table pour que Kinder Morgan soit rejeté. »

Le projet de Trans Mountain suscite la controverse parmi la population. Dans un sondage dévoilé mercredi, la firme Insights West démontre une forte opposition à la circulation pétrolière le long des côtes de Colombie-Britannique. Selon le sondage en ligne, effectué du 17 au 21 novembre auprès de 805 Britanno-Colombiens, 64 % des répondants ayant voté libéral en 2015 s’opposent aux projets de pipeline.

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