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QS et le PQ s'unissent contre la « ségrégation scolaire »

Appuyé par le Parti québécois et Québec solidaire, le « Mouvement l'école ensemble » souhaite mettre un terme à ce qu'il appelle la « ségrégation scolaire » qui limite, selon eux, les perspectives d'avenir des enfants moins doués à l'école ou issus de familles moins nanties. Le mouvement prône la mixité sociale entre les murs des écoles publiques québécoises.

Un texte de Yanick Cyr

S’appuyant sur un rapport du Conseil supérieur de l’enseignement, le coordonnateur du mouvement Stéphane Vigneault souligne qu’au Québec, 41 % des élèves du secondaire fréquentent l’école privée (21 %) ou un programme particulier (20 %) qui sélectionne les élèves les plus performants du secteur public.

« Ça laisse l’école publique commune – ce qu’on peut maintenant appeler l’école ordinaire – avec un fardeau alourdi par une surreprésentation des élèves en difficultés », explique-t-il. De plus, le système fait en sorte de « l’écrémer de ses éléments les plus performants ».

« Le cercle vicieux est ainsi reconduit, poursuit-il. Les parents ont une mauvaise idée de l’école ordinaire, donc se font lancer dans les bras de l’école privée subventionnée ou des projets particuliers sélectifs. »

Le porte-parole du Mouvement l’école ensemble souhaite profiter de la prochaine campagne électorale, qui aura lieu dans quelque 18 mois, pour forcer les candidats députés à se commettre dans ce dossier.

Le collectif de parents estime que le système scolaire québécois est le plus inéquitable de tous au Canada et propose trois mesures afin de remettre l’école publique sur les rails :

  • L’abolition immédiate du financement gouvernemental de l’école privée;
  • La fin de la sélection des élèves qui fréquentent l’école publique;
  • La consolidation de l’aide aux élèves en difficultés en ajoutant une offre d’enseignement enrichi pour les élèves les plus performants.

Québec solidaire (QS), le Parti québécois (PQ) et le Mouvement L'école ensemble partagent le diagnostic posé par le rapport du Conseil supérieur de l'éducation à l'automne 2016, qui qualifait le système scolaire québécois du plus « inégalitaire au Canada ». Les deux partis politiques sont toutefois plus nuancés sur les solutions, notamment en ce qui concerne le financement public de l'école privée.

Les réserves du PQ, l'ouverture de QS

Bien qu’il appuie la recherche de la mixité sociale au sein de l’école québécoise, le PQ diverge touteois d’opinion sur les moyens d’y parvenir. Le porte-parole du PQ en matière d'Éducation, Alexandre Cloutier, a rappelé que son parti veut revoir le financement du système scolaire - tant privé que public – sans pour autant cesser le financement public de l’école privée.

« Il y a des écoles publiques plus coûteuses que l’école privée. Il y a des projets spécifiques qui sont encore moins accessibles dans les écoles publiques que dans les écoles privées. »

« Nous sommes d’avis qu’il faut revoir l’ensemble de l’œuvre, l’ensemble du financement, qu’il doit y avoir un débat de société sur le vivre ensemble et la ségrégation scolaire, souligne M. Cloutier. On pense qu’il y a plusieurs approches possibles et on partage la volonté de s’attaquer à ce vrai problème. »

M. Cloutier rappelle que son parti prône des investissements massifs dans les infrastructures des écoles, un seuil garanti d’accès à des services spécialisés pour les élèves en difficultés, des interventions dès la petite enfance dans les quartiers défavorisés, notamment avec l’implantation de classes de maternelle quatre ans.

De son côté, le porte-parole de QS en matière d'Éducation, Gabriel Nadeau-Dubois convient que les solutions avancées par le collectif sont contenues dans le programme de son parti, mais il se dit ouvert à la discussion notamment sur le financement public de l’école privé.

« Sur quelle période de temps on le diminue ? Qu’est-ce qu’on réinvesti dans l’école publique. Quelle option enrichie on offre aux élèves les plus doués ? Quel type de parcours on peut développer au sein du public pour que tout le monde trouve son compte sans qu’il y ait de sélections élitistes ? », questionne M. Nadeau-Dubois.

« Ce sont des questions qui restent ouvertes, mais sur le fond, on est d’accord avec le diagnostic et les grandes pistes de solutions », poursuit-il.

Tout en convenant que « ségrégation » était un « mot fort » qui pouvait choquer certaines personnes, le député Nadeau-Dubois estime qu’il est nécessaire d’y avoir recours pour « sonner l’alarme et pour souligner une situation qui ne peut plus durer ».

M. Nadeau-Dubois déplore que des jeunes Québécois aient moins de chance de réussir leur vie parce qu’on leur accole une étiquette « d’enfants à problèmes ou d’enfants en difficultés » très tôt dans leur vie. « Notre système d’éducation ne peut être comme un sac de pommes où l’on met les plus belles sur le présentoir et où les plus poquées servent à faire de la compote », a-t-il imagé.

« Notre système d’Éducation doit prendre soin de tous les enfants partout sur notre territoire », a-t-il poursuivi en soulignant que les solutions proposées par le Mouvement L’école ensemble étaient contenues dans le programme de son parti.

Le député de Gouin a également profité de l’occasion pour railler la politique de l’école du futur déposée ce matin par le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx. « C’est bien beau de parler d’architecture et du menu de la cafétéria, mais la question fondamentale pour l’école québécoise du XXIe siècle c’est celle de l’égalité des chances », a-t-il rappelé.

Des parents déchirés

« Les parents ont techniquement le choix de l’école de leur enfant, mais ils n’ont jamais voulu ni choisi la ségrégation scolaire, jamais choisi d’exclure les enfants les plus défavorisés au nom d’une supposée excellence, jamais choisi l’abandon des écoles publiques par les parents de la classe moyenne », déplore une autre membre du Mouvement pour L’école ensemble, Anne-Marie Boucher.

« L’école que l’on appelle aujourd’hui du libre choix, c’est surtout l’école de la libre concurrence, c’est l’école de la libre anxiété face aux examens de sélection », poursuit Mme Boucher.

Mme Boucher avance que les parents n’ont pas à porter l’odieux des choix politiques qui « ont mené à la destruction des écoles québécoises et pour lesquels il n’y a jamais eu de débat public ». Elle interpelle les politiciens pour qu’ils s’engagent à corriger les lacunes du système d’Éducation québécois.

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