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Quand Stéphane Dion aborde son homologue nord-coréen

Le ministre canadien des Affaires étrangères a abordé le cas d'un pasteur torontois condamné à la prison à vie en Corée du Nord avec son homologue nord-coréen en juillet dernier, a appris CBC. Une rencontre aussi brève que discrète.

Selon le réseau anglais de Radio-Canada, cette rencontre entre Stéphane Dion et Ri Su-yong a eu lieu en marge d'une rencontre de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est, un regroupement de 10 pays asiatiques dont le Canada est un partenaire.

Le chef de la diplomatie canadienne aurait approché M. Ri dans un corridor, vraisemblablement au Centre des congrès de Vientiane, et se serait présenté spontanément à lui avant d'aborder le cas du pasteur Hyeon Soo Lim, qui purge une peine de prison à vie dans un camp de travaux forcés.

Pyongyang l'a reconnu coupable en décembre dernier d'avoir utilisé ses activités religieuses pour comploter dans le but de renverser le régime de Kim Jung-un. Selon un porte-parole de la famille, la santé de Hyeon Soo Lim s'était détériorée lorsqu'il a été visité pour la dernière fois par des diplomates canadiens, en avril.

« Le ministre Dion a saisi l'occasion de soulever un enjeu consulaire important avec son homologue », a commenté un porte-parole du ministre, Joseph Pickerill.

M. Pickerill n'a pas voulu préciser ce que M. Dion a dit à l'occasion de cette rencontre, tenue secrète par le ministère. Selon lui, « aucun engagement n'a été pris » à cette occasion.

De manière générale, Affaires mondiales Canada évite de commenter publiquement le cas du pasteur Hyeon Soo Lim, en soutenant que cette approche est « dans le meilleur intérêt » du pasteur canadien.

L'affaire n'est pas sans rappeler l'approche du gouvernement Trudeau dans le dossier de Homa Hoodfar, cette anthropologue canado-iranienne qui a été détenue pendant 110 jours dans une prison de la République islamique avant d'être libérée.

Quelques semaines avant ce dénouement, le ministre Dion avait rencontré son homologue iranien dans les corridors de l'ONU, tandis que le premier ministre Trudeau avait discuté du dossier avec le ministre des Affaires étrangères d'Oman.

Comme avec la Corée du Nord, le Canada n'a pas de relations diplomatiques avec l'Iran.

La Chine a aussi libéré le Canadien Kevin Garratt le mois dernier, après qu'il eut été détenu deux ans pour espionnage. M. Trudeau avait abordé ce dossier avec son homologue lors de son voyage en Chine, en août dernier.

Trudeau prié d'intervenir

La famille de Hyeon Soo Lim demande au gouvernement canadien d'en faire davantage pour obtenir sa libération. Dans une déclaration publiée la semaine dernière, son Église presbytérienne a aussi demandé au premier ministre de s'impliquer dans ce dossier.

Évoquant les cas de Mme Hoodfar et de M. Garrett, l'Église a pressé le gouvernement « de démontrer la même attention et la même détermination en s'engageant dans des pourparlers diplomatiques avec les responsables nord-coréens ».

« Nous poursuivons chaque voie que nous pouvons, en gardant en tête qu'il s'agit d'un régime imprévisible », a commenté M. Pickerill, en soutenant que les normes qui prévalent ailleurs ne tiennent pas dans le cas de la Corée du Nord. « Nous devons être très prudents. »

Le Canada n'a reconnu la Corée du Nord qu'en 2000, soit 47 ans après la signature de l'accord d'armistice qui a mis fin à la guerre de Corée. Depuis 2010, ces relations sont très sévèrement encadrées, en raison d'« actes d'agression » commis par Pyongyang.

Cette politique « d'engagement restreint » fait en sorte que les relations bilatérales entre les deux pays se limitent aux préoccupations liées à la sécurité régionale, à la situation humanitaire et des droits de la personne en Corée du Nord, aux relations intercoréennes et aux questions consulaires.

Toutes les autres activités de coopération et les communications entre les deux gouvernements ont été suspendues.

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