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Que des unilingues anglophones dans l'équipe de premier plan d'Andrew Scheer

Pour porter son message en Chambre, le chef du Parti conservateur Andrew Scheer a sélectionné un premier trio uniquement constitué de députés unilingues anglophones, alors qu'il a encore beaucoup de chemin à parcourir pour se faire connaître des Québécois.

Une analyse de Fannie Olivier

Pour illustrer l’annonce de leur nouvelle équipe parlementaire, les conservateurs ont distribué aux journalistes de petites photos ludiques imitant des cartes de hockey.

On y voit les visages souriants des députés qu’Andrew Scheer a sélectionnés pour son premier alignement à la Chambre des communes, au-dessus d’un large bandeau avec leur nom, flanqué d’un unifolié.

Le chef conservateur fraîchement élu a choisi de garder la Manitobaine Candice Bergen au poste de leader en Chambre, un rôle de bagarreuse qu’elle occupait déjà depuis près d’un an. Elle sera épaulée par Chris Warkentin, un Albertain de l’aile antiavortement du parti, qui agissait déjà à titre de leader adjoint. L’ancienne rivale de M. Scheer dans la course à la direction du Parti conservateur, Lisa Raitt, de l’Ontario, lui donnera un coup de pouce à titre de chef adjointe.

Ces trois unilingues joueront ainsi un rôle de premier plan à la période de questions en Chambre, pour interroger les troupes de Justin Trudeau sur ses politiques. Ils seront, avec Andrew Scheer, les voix principales des conservateurs aux Communes.

Dans le paquet de cartes offert aux reporters, on retrouve aussi celle du nouveau whip conservateur, Mark Strahl. La mission de cet autre unilingue anglophone sera surtout d’œuvrer en coulisses, pour s’assurer que l’ensemble de la députation conservatrice patine dans la même direction.

Le député de Richmond-Arthabaska Alain Rayes est le seul élu francophone (et bilingue) à avoir eu droit à une carte à son effigie. Mais il l’a obtenue à titre de lieutenant politique pour le Québec, un rôle dont les fonctions ne sont pas vraiment parlementaires. Ce n’est pas M. Rayes qui disposera du plus de temps de glace aux Communes. On le verra plutôt sur le terrain, dans la province, travailler à mobiliser les électeurs.

Le chef conservateur a bien sûr défendu ses choix, en sous-entendant qu’il n’allait pas laisser son lieutenant québécois poireauter sur le banc. M. Rayes « va prendre sa place dans un rôle très très important, pour développer notre politique, pour gérer notre équipe à la Chambre », a-t-il insisté.

Il a également souligné qu’il avait « confiance » que les membres de son équipe parlementaire améliorent leur maîtrise du français. Mais comme la plupart des gens qu’il a sélectionnés travaillent à Ottawa depuis une dizaine d’années sans pour autant parler la langue de Molière, il serait surprenant qu’ils fassent soudainement des progrès spectaculaires.

Le français de M. Scheer étant encore laborieux, sélectionner un député à l’aise dans les deux langues pour l’appuyer à la période de questions aurait envoyé le message que les francophones auront une voix conservatrice aux Communes.

Quand il faisait campagne lors de la course à la chefferie de son parti, Andrew Scheer s’est fait un point d'honneur de visiter le Québec à plusieurs reprises. Il doit d’ailleurs une partie de sa victoire aux agriculteurs québécois qui se sont rangés derrière lui pour faire obstacle à Maxime Bernier, afin de maintenir le système de la gestion de l’offre.

Le nouveau chef visitera le Saguenay-Lac-Saint-Jean la semaine prochaine.

N’empêche, il aurait pu profiter de cette occasion pour réitérer qu’une future victoire du Parti conservateur passe par des gains au Québec, en s’entourant d’élus bilingues dans sa garde parlementaire rapprochée.

Il aura toutefois l’occasion de se racheter lorsqu’il dévoilera la composition de son cabinet fantôme, avant la rentrée parlementaire cet automne.

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