Retour

Que pensent les Canadiens des larmes de Justin Trudeau?

Depuis son élection en 2015, le premier ministre Justin Trudeau a été ému aux larmes à quelques reprises. Son émotivité lui a d'ailleurs valu des critiques et des railleries. Mais cette sensibilité pourrait-elle lui nuire?

Un texte de Patricia Bitu Tshikudi

Le politologue Raymond Hébert croit que pour le moment, Justin Trudeau profite d’un bon capital de sympathie de la part des Canadiens.

« On ne remet pas en doute sa sincérité et évidemment ça démontre un visage humain qui n'est pas toujours présent chez les politiciens », dit-il.

Ce dernier ajoute toutefois que Justin Trudeau devra éventuellement faire preuve de plus de retenue, au risque de voir sa sincérité remise en question.

« Je ne pense pas que c'est le cas jusqu'à maintenant, mais le jour pourrait venir où les gens pourraient se dire c'est assez là », ajoute-t-il.

Un changement des mentalités?

Pour la sociologue Chiara Piazzesi, les moments de vulnérabilité du premier ministre demeurent en harmonie avec le personnage et son style.

« En regardant rétrospectivement la manière dont Justin Trudeau a fait sa campagne électorale, dit-elle. [...] Il a effectivement cherché son consensus par ce style, un style d'ouverture, d'empathie et aussi d'enthousiasme et d'émotions qui n’est pas considéré celui de la masculinité stéréotypée. »

Justin Trudeau n'est pas le seul homme politique à avoir versé des larmes devant les caméras. Aux États-Unis, l'ancien président, Barack Obama, n'avait pas su retenir les siennes à quelques reprises au cours de ses deux mandats marqués par plusieurs fusillades.

Pour Chiara Piazzesi, les deux politiciens sont l’exemple d’un changement en cours dans la représentation des modèles masculins.

« [...] Je dirais qu'on met de l'avant d'autres types d'émotions [...] un pouvoir axé sur l'écoute, l'ouverture, l'empathie », dit-elle.

Et si Justin Trudeau avait été une femme ?

Alors que l'émotivité a rarement sa place en politique, la sensibilité du premier ministre est perçue comme une bouffée de fraicheur qui vient bousculer l'image d'austérité souvent associée au pouvoir.

Mais si Justin Trudeau avait été une femme, ses larmes auraient-elles été reçues avec autant de magnanimité ?

Chiara Piazzesi croit que non.

« Il est très probable, sinon certain, que les mêmes types d'expression d'émotions ne seraient pas évalués, légitimés de la même manière si le premier ministre avait été une femme », croit-elle.

Selon elle, les femmes sont encore très souvent sujettes à un traitement moins indulgent que les hommes en politique. Une attitude de deux poids, deux mesures, difficile à changer.

Plus d'articles

Commentaires