Les frais accessoires qui sont liés à des soins assurés par le régime d'assurance maladie du Québec sont abolis, a annoncé mercredi le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

Un règlement en ce sens a été entériné mercredi par le Conseil des ministres et entrera en vigueur à la mi-janvier au plus tard.

Le ministre libéral a toutefois souligné que ce règlement ne s'appliquera que pour les soins assurés. Les soins dits privés, comme la chirurgie esthétique ou la chirurgie réfractive au laser, ne sont pas assurés.

Comme exemple de ce qui est assuré, le ministre évoque la visite d'un patient chez son médecin de famille pour une tendinite. « Il n'y aura pas de frais de 50 $, de 70 $, de 25 $, de 10 $, il n'y aura pas de frais, point », a déclaré M. Barrette.

Le ministre évalue les revenus liés à cette pratique très lucrative à 83 millions de dollars, dont 65 millions pour les médecins spécialistes.

Par ailleurs, le transport d'un échantillon biologique au laboratoire, qui n'est pas un service assuré, sera encadré. Les frais ne pourront dépasser 15 $ lorsqu'il s'agit d'un échantillon sanguin, et 5 $, lorsque le prélèvement ne contient pas de sang.

Ces frais de transport pourront toutefois être gratuits lorsque le prélèvement est effectué dans un hôpital ou lorsque le patient décide d'apporter lui-même ses échantillons au laboratoire. Mais si le prélèvement est fait dans un cabinet privé ou dans un centre médical spécialisé, ces frais pourront être facturés au patient.

Le ministre de la Santé du Québec avait annoncé en mai dernier vouloir régler le problème des frais accessoires dans la province

Les médecins absorberont le coût

Le ministre Barrette a dit à maintes reprises que le gouvernement ne donnerait pas d'argent supplémentaire aux médecins pour compenser l'abolition des frais accessoires des soins assurés.

Le ministre explique cette décision par trois facteurs :

  • Le coût des frais accessoires des soins assurés, qui a été estimé par Québec, pourrait être de l'ordre de 10 à 13 millions de dollars;
  • Le rattrapage en matière de rémunération des médecins par rapport aux autres provinces a été accompli;
  • Les autres provinces incluent ces frais dans la rémunération des médecins.

« Il est tout à fait légitime pour le gouvernement [du Québec] de considérer que la rémunération des médecins permet de couvrir les faibles coûts associés à ces actes-là pour lesquels il y avait des frais accessoires dans le passé », a-t-il soutenu.

Gaétan Barrette a par ailleurs affirmé que la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) lui a dit qu'elle prendrait à sa charge les dépenses liées à la majorité des frais auxquels il faisait référence.  

Sur les ondes de Radio-Canada, la présidente de la FMSQ, Diane Francœur, a néanmoins affirmé ne pas avoir été consultée en amont. « Le ministre nous demande un chèque en blanc. Je suis obligée de regarder les nouvelles pour savoir ce qu'il se passe avec lui, car il ne nous dit rien », a-t-elle dit à l'émission 24/60.

Elle dénonce en outre une mesure hâtive et juge que le coût des frais accessoires estimé par Québec n'est pas le bon.

Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, Louis Godin, a indiqué pour sa part qu'il se penchera sur « les coûts pour maintenir les services ». « Il n'y a pas un médecin qui va opérer s'il ne fait pas au moins ses frais », a souligné le président.

Les partis d'opposition disent avoir été copiés

À Québec, le Parti québécois (PQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ) ont soutenu que cette idée leur a été volée et ils ont affirmé que le ministre libéral a reculé dans ce dossier sous la pression populaire.

« Il a entendu ce que j'ai défendu pendant des mois, ce que la population [considérait] comme une injustice », a affirmé la porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé et d'accessibilité aux soins, Diane Lamarre.

« Tout d'un coup aujourd'hui, le Dr Barrette recule. Je ne sais pas qui l'a fait reculer, a affirmé en riant le chef de la CAQ, François Legault. Je veux lire le règlement qui va s'appliquer en janvier avant de trop me réjouir. Mais disons que c'est un pas dans la bonne direction. Je suis content que le Dr Barrette copie, encore une fois, une proposition de la CAQ. »

L'Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic (AQRP) s'est, quant à elle, réjouie de cette annonce par voie de communiqué. « Cette pratique, basée sur le principe de l'utilisateur-payeur était particulièrement néfaste pour les principaux utilisateurs du système de santé, notamment les aînés », peut-on lire.

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