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Québec ignore la provenance du gaz naturel financé par le Fonds vert

Le gouvernement du Québec puise à même le Fonds vert pour prolonger le réseau de distribution de gaz naturel. Pourtant, il ignore la provenance de cette énergie fossile, une donnée fondamentale pour calculer le bénéfice réel de la transition du mazout ou du diesel vers le gaz.

Un texte d’Alex Boissonneault, correspondant parlementaire à Québec

La province a annoncé mardi un investissement de 7,5 millions de dollars pour construire un nouvel oléoduc dans la MRC de Portneuf. L'argent provient directement du Fonds vert destiné à financer les efforts du Québec pour protéger l'environnement et lutter contre les changements climatiques.

En plus de permettre à des entreprises de la région de Portneuf de réduire leurs coûts énergétiques d'un tiers, le prolongement du gazoduc de Gaz Métro devrait réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, croit Pierre Arcand, ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles.

Cependant, il a avoué qu'il ne connaissait pas la provenance du gaz naturel qui sera transporté.

« En ce sens-là, je ne suis pas en mesure de vous dire si c'est du gaz naturel de schiste ou du gaz naturel de quoi exactement », a-t-il poursuivi.

Une information cruciale

La provenance du gaz naturel est cruciale, selon le consultant en environnement et ex-ministre Daniel Breton.

À son avis, le gaz naturel est encore pire que le pétrole si l’on considère l’ensemble du cycle de production et de distribution. Or, le gaz de schiste serait encore plus nocif, selon lui.

Augmenter les gaz à effet de serre avec le Fonds vert?

« C’est très problématique, abonde Steven Guilbeault, directeur principal de l'organisme écologiste Équiterre. Que le gouvernement ignore [l'origine du gaz] à la limite, ce ne serait pas si grave. Mais si on donne de l’argent à Gaz Métro à partir du Fonds vert et qu’on n’est pas en mesure de savoir quel type de gaz naturel circule dans nos tuyaux au Québec, ça, c’est un problème. »

Selon lui, il est possible de connaître le pourcentage de gaz naturel conventionnel et celui de schiste dans le gazoduc afin de décider d'octroyer une subvention ou non.

Bien que la communauté scientifique n'arrive pas à s'entendre sur l'impact environnemental du gaz de schiste, certaines études démontrent que ce type d'exploitation serait aussi polluant que le charbon, explique M. Guilbeault. « Il ne faut pas jouer à l'autruche parce qu'il y a plus de gaz de schiste sur le marché en Amérique du Nord », ajoute-t-il.

Plusieurs sources

Il est difficile de connaître la provenance exacte de la ressource, a admis la porte-parole de Gaz Métro, Maude Hébert-Chaput. La compagnie s'approvisionne auprès de divers fournisseurs canadiens et américains qui entreposent leur gaz à Dawn, dans le sud l’Ontario.

« Ce carrefour est alimenté par différents bassins de production situés autant au Canada qu'aux États-Unis. Vu la réalité des nombreuses canalisations souterraines partout en Amérique du Nord et leurs interconnexions multiples, il n'est malheureusement pas possible dans ce contexte de connaître la provenance exacte d'une molécule de gaz naturel », a-t-elle expliqué.

Elle a toutefois spécifié qu'en termes de combustion, le gaz permet de réduire du tiers les émissions de GES comparativement au mazout.

Pour le projet à Saint-Marc-des-Carrières, dans Portneuf, Gaz Métro estime la réduction à plus de 1550 tonnes de GES.

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