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Québec relance la bataille entre ruraux et urbains

Les maires et les MRC des régions rurales s'inquiètent des nouvelles orientations de Québec en matière d'aménagement du territoire qui favorisent la densification et le développement des pôles urbains.

Un texte de Joane Bérubé

Dans le document déposé par Québec pour consultation, le gouvernement semble vouloir renforcer les pôles de service des MRC, voire des régions, ce qui pourrait se faire au détriment des petites collectivités et d’une occupation historique du territoire.

Les orientations gouvernementales en aménagement du territoire (OGAT) favorisent, selon les élus consultés, l’établissement dans les pôles urbains et limitent la construction dans les petites communautés.

Des élus mécontents

Dans la MRC de la Matapédia, où on compte 18 municipalités qui sont, hormis la ville centrale Amqui, des municipalités très rurales, agricoles ou forestières, les orientations gouvernementales ont été mal reçues.

Un peu comme si Québec venait sabrer leurs efforts des dernières années pour se revitaliser. « Ça va à l’inverse du grand bon sens », commente Martin Landry, maire d’Albertville, une petite communauté de 240 habitants.

La semaine dernière, les administrateurs de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) ont dénoncé unanimement les nouvelles orientations. « Il faut faire comprendre au gouvernement que ce n’est pas acceptable ni pour l’économie ni pour le Québec », soutient le maire d’Albertville, qui est aussi administrateur à la FQM.

Il faudra, explique Martin Landry, orienter tout le développement économique, mais aussi urbain et résidentiel vers les plus grands centres de chacune des MRC.

« Ici, ajoute-t-il, dans la Matapédia, il faudrait centraliser tous les développements à Amqui, et une fois plein, se diriger vers Causapscal, Sayabec, et en descendant tranquillement vers les municipalités locales. » Martin Landry, estime que cette centralisation va à l’encontre de la revitalisation des petites municipalités comme la sienne.

Richard Lehoux, président de la FQM, maire de Saint-Elzéar et préfet de la MRC de la Nouvelle-Beauce, est bien d’accord. La proposition gouvernementale, dit-il, entraînera une dévitalisation totale des petits milieux.

Dans le modèle gouvernemental, les revenus des villes centres seront appelés à augmenter, ceux des petits villages vont stagner sinon péricliter faute d’installations adéquates et de services de proximité.

« Est-ce que cela veut dire qu’on veut mettre la clé dans les régions au Québec? Fermer les plus petites municipalités? Qu’on le dise ouvertement. », commente M. Lehoux.

L’aménagement dans les régions rurales a un coût, que ce soit pour le remplacement des réseaux d’aqueduc et d’égout ou pour la proximité de services publics. Les élus le savent bien.

Par contre, l’accent mis sur la densification fait fi des relations entre les communautés, croit Richard Lehoux. Depuis la création des MRC au début des années 80, les maires ont appris à travailler ensemble et à se solidariser, ajoute le directeur général et secrétaire-trésorier de la MRC de la Haute-Gaspésie.

Pôle, urbanisation et occupation du territoire

« Le modèle de pôle de développement, ça ne marche pas. Il faut que tout le monde y trouve son compte », soutient Sébastien Lévesque, dont la MRC s’étale sur plus de 130 kilomètres de côtes.

Il estime que Québec passe à côté de la ruralité. « Ils veulent freiner l’étalement urbain dans les territoires non organisés, mais où est l’étalement urbain dans les territoires non organisés? Le mot urbain ne fonctionne pas. C’est un concept qui ne s’applique pas partout. Vas-tu empêcher le monde de s’établir à Cap-Seize sous prétexte que cela ne répond pas à des obligations gouvernementales? », demande le directeur général de la Haute-Gaspésie.

Martin Landry croit lui aussi que l’urbanisation des territoires ne va pas avec la ruralité. « Le gouvernement, explique-t-il, ne comprend pas ce qui se passe dans les régions rurales. La ruralité ce n’est pas une ferme ici et là, la ruralité c’est plus que ça, ce sont des milieux de vie, ce sont des communautés, des centres villageois et il faut développer ces centres villageois. »

C’est du mur-à-mur, dénonce aussi Richard Lehoux. « Et ça ne tient pas compte de nos particularités », ajoute Sébastien Levesque.

« Il faut essayer de continuer à développer nos forces », plaide le maire d’Albertville qui possède un bon potentiel agricole, mais qui s’est surtout développé autour de la forêt.

« On développe avec ce qu’on est, en fonction de nos propres particularités et tout le monde n’est pas égal sur la ligne de départ. On habite le territoire, prenez-nous en considération, on le connaît », renchérit le DG de la Haute-Gaspésie, Sébastien Lévesque.

Une population, dont le territoire est planifié par d’autres, aménagé par d’autres, géré par d’autres au profit des autres, est réduite à l’insignifiance, ajoute le DG de la Haute-Gaspésie en citant René Lévesque.

Projet de loi 122

La consultation sur les orientations a été lancée très rapidement au printemps dès l’adoption du projet de loi 122. Les MRC avaient jusqu’en juin pour donner leur avis. Les aménagistes des MRC n’ont pas été conviés à la rencontre de présentation ni les municipalités.

Tout au long de l’été, les MRC et les petites municipalités des régions rurales ont voté des résolutions pour demander à Québec de refaire ses devoirs.

Finalement, devant les protestations sur les délais trop courts de la consultation, Québec a accordé plus de temps aux élus.

La consultation aurait dû être faite en amont en intégrant dès le départ les notions de gouvernance et d’autonomie locale, ce qui aurait fait épargner du temps et de l’argent à bien du monde, commente le président de la FQM.

Pour la FQM, la décentralisation vers le monde municipal annoncée par le projet de loi n’a tout simplement pas eu lieu. « On n’est pas dans la perspective de ce qu’on a fait dans les derniers mois avec le ministère », constate Richard Lehoux.

L’approche plus directive du gouvernement est aussi critiquée. « C’est clair qu’il y a là-dedans des éléments très restrictifs sur la capacité des municipalités de décider à l’intérieur des MRC de la forme que prendra leur développement », indique le président de la FQM.

M. Lehoux souhaite que les municipalités puissent reprendre le travail en tant que partenaires. « C’est sûr, dit-il, que cela prend une correction du tir de manière importante. » Le maire d’Albertville, Martin Landry, craint pour sa part que Québec se montre intransigeant. « À ce qu’on en comprend, il n’y a pas de place à modification, à la négociation ni même à la démonstration. »

Le ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire, Martin Coiteux, n’a pas voulu accorder d’entrevue.

Son cabinet précise qu’il a tenu quelque 200 consultations auprès des élus sur les nouvelles orientations gouvernementales et qu’il est bien conscient des préoccupations du milieu municipal.

Les municipalités ont maintenant jusqu’au 1er octobre pour déposer leurs commentaires et leurs avis. Une tournée sera aussi organisée au début de l’année 2018. « Les préoccupations du milieu seront prises en compte », a indiqué la porte-parole du ministre.

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